La Fête de la Jeunesse au Maroc n’est pas simplement une date inscrite au calendrier des fêtes nationales. Elle ne devrait pas non plus être réduite à une occasion liée à l’anniversaire du Roi. Revenir à l’origine de cette célébration révèle en effet que, dès l’aube de l’indépendance, l’État marocain a voulu faire de la jeunesse une question nationale à part entière, en associant la construction du Maroc nouveau aux générations montantes, appelées à faire passer le pays du temps de la résistance au colonialisme à celui de la construction des institutions, de l’économie, de l’école, des infrastructures, de l’administration et de la société moderne.
Lorsque le Roi Mohammed V décida, en 1956, d’instaurer la Fête de la Jeunesse et de la lier à l’anniversaire du Prince héritier de l’époque, Moulay El Hassan, il ne s’agissait pas d’un simple choix protocolaire. Le Roi Mohammed VI est par la suite revenu sur la philosophie de cette décision, expliquant que Mohammed V considérait alors le Prince héritier comme le modèle d’une jeunesse enthousiaste, appelée à prendre part à la bataille du développement et à la lutte contre le sous-développement. L’objectif de cette célébration était également de maintenir le contact avec les générations montantes, de s’intéresser à leurs préoccupations et à leurs problèmes et de œuvrer à leur intégration dans la société. Le 21 août figure toujours officiellement, en 2026, parmi les fêtes nationales en tant que Fête de la Jeunesse.
Ainsi, alors que le Maroc s’apprête à célébrer la Fête de la Jeunesse le 21 août 2026, soixante-dix années se sont écoulées depuis la création de cette célébration en 1956. Soixante-dix années durant lesquelles le Maroc a changé, la jeunesse a changé, et les moyens d’exprimer l’ambition, la colère, la contestation et l’appartenance ont évolué. Mais une même question demeure : comment faire de la jeunesse une force de construction plutôt qu’une énergie gaspillée, et comment lui faire croire que son avenir se trouve dans son pays et non ailleurs ?
Si l’on veut comprendre ce que signifiait l’attention portée à la jeunesse durant les premières années de l’indépendance, l’une des images les plus éloquentes n’est ni un discours, ni un slogan, ni un festival, mais une véritable route creusée par les bras de milliers de jeunes au cœur des montagnes du Nord : la Route de l’Unité.
Le matin du 5 juillet 1957, le Roi Mohammed V donna le coup d’envoi du chantier national de la Route de l’Unité. Le Prince héritier Moulay El Hassan joua alors un rôle direct dans la mobilisation de la jeunesse, la supervision du projet et le contact avec les volontaires. L’idée allait bien au-delà de la construction d’une simple voie terrestre. Le Maroc sortait à peine d’un régime de protectorat qui avait divisé le pays en différentes zones d’influence. Il s’agissait désormais de réunir les territoires séparés par les frontières coloniales et de faire en sorte que le Marocain venu du Sud, du Centre ou du Nord ait le sentiment de participer concrètement à la construction d’un même pays.
Environ 12 000 jeunes Marocains répondirent à l’appel. Venus de régions et de milieux différents, leur présence sur le chantier ne se limita pas à fournir une main-d’œuvre gratuite. Le site se transforma en une sorte d’école nationale à ciel ouvert : parallèlement au travail de terrain, les volontaires recevaient des enseignements éducatifs et théoriques ainsi que des formations civiles et militaires. Ils y apprenaient la discipline, la coopération, le travail collectif, le sacrifice et le service de l’intérêt général, tandis que le Prince héritier Moulay El Hassan participait à la mobilisation, à la supervision et à l’encouragement des participants.
Le chantier de la Route de l’Unité n’était donc pas une simple mobilisation symbolique de la jeunesse. Il s’agissait d’un projet de terrain minutieusement organisé et réalisé dans un délai exceptionnel. Les travaux commencèrent le 5 juillet 1957 et, un peu plus de trois mois plus tard, la route était achevée au début du mois d’octobre de la même année. Les jeunes volontaires avaient réalisé le tronçon reliant Taounate à Ketama sur une distance d’environ 60 kilomètres, selon les documents du projet et les sources officielles, même si certaines publications portant sur l’ensemble de l’axe entre les deux régions évoquent près de 80 kilomètres.
L’importance de cette route dépassait largement sa longueur. Elle permettait d’établir une liaison terrestre directe entre des régions qui, avant l’indépendance, étaient réparties entre la zone du protectorat français au Centre et au Sud et la zone du protectorat espagnol au Nord. Elle contribua ainsi à faciliter la liaison entre Fès et les profondeurs du Rif en direction d’Al Hoceima, alors que les anciennes frontières coloniales entravaient les déplacements entre ces territoires.
Les quelque 12 000 jeunes ne furent pas mobilisés simultanément sur le chantier. Ils furent répartis en trois contingents successifs, à raison d’environ 4 000 volontaires par mois. Chaque groupe passait près d’un mois sur le chantier et ses membres étaient répartis entre les camps et les différents sites de travaux le long du tracé, où ils participaient au creusement, à l’aménagement des pistes, au nivellement du terrain et à diverses autres tâches. En parallèle, ils recevaient des cours d’éducation nationale, de formation civique et technique ainsi que certaines formations militaires.
La Route de l’Unité n’était donc pas seulement une route construite par les bras de la jeunesse. Elle constituait, comme le résumait sa philosophie à l’époque, un chantier où les jeunes construisaient la route tandis que la route contribuait, elle aussi, à construire une nouvelle génération de jeunes du Maroc indépendant.
La Délégation interministérielle chargée des anciens résistants et anciens membres de l’Armée de libération a décrit cette expérience comme un modèle de travail bénévole et un espace de formation de l’homme marocain autour des valeurs de citoyenneté, d’initiative et de don de soi.
La grandeur de cette expérience réside dans le fait que l’État ne s’était pas contenté de dire aux jeunes : « Vous êtes l’avenir du Maroc », avant de les laisser attendre cet avenir. Il leur avait présenté un véritable projet et leur avait dit, dans les faits : voici votre pays, voici sa terre, voici les outils pour le construire ; participez à sa construction.
C’est pourquoi la Route de l’Unité est restée bien plus qu’une route. Elle a incarné une idée politique et éducative d’une grande profondeur : le meilleur moyen d’ancrer le patriotisme chez les jeunes n’est pas de multiplier les discours sur la signification de la patrie, mais de les associer à sa construction.
Dès lors, près de sept décennies plus tard, une question, non dénuée d’amertume, peut être posée : où sont les nouvelles « Routes de l’Unité » que nous proposons à la jeunesse de 2026 ? Quels sont les grands chantiers dans lesquels un jeune d’aujourd’hui peut se sentir acteur, et non simple spectateur ?
C’est également au cours de cette même année où naissait la Fête de la Jeunesse que commença à se structurer l’une des institutions de jeunesse les plus importantes de l’histoire politique et sociale du Maroc moderne : la création de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) en 1956.
Née dans le contexte du passage de la résistance au colonialisme à la construction de l’État, elle s’intéressa, dans ses premières années, aux questions universitaires et sociales des étudiants, avant de devenir progressivement un acteur politique et intellectuel influent, traversé par différents courants et affrontements idéologiques.
Cette étape est importante, car elle confirme que la jeunesse marocaine n’a jamais été, depuis l’indépendance, une masse silencieuse se contentant de recevoir les décisions. Elle a participé aux débats sur l’école, l’université, la démocratie, la société, la justice et la politique. À certaines périodes, le mouvement étudiant et l’État ont connu des confrontations et des tensions aiguës. Mais tout cela fait désormais partie de l’histoire du Maroc et démontre que lorsque les jeunes ne trouvent pas leur place au sein des institutions, ils cherchent d’autres espaces pour s’exprimer.
C’est ici qu’apparaît une autre dimension de la politique de jeunesse : il ne s’agit pas seulement de fournir des écoles, des infrastructures sportives ou des espaces de loisirs. Il faut également reconnaître au jeune le droit d’avoir une opinion, une voix et une position, y compris lorsque celle-ci est critique ou différente.
La Marche verte, en 1975, allait offrir une autre illustration de la capacité du Maroc à mobiliser ses citoyens, parmi lesquels un grand nombre de jeunes hommes et de jeunes femmes, autour d’une cause nationale fédératrice.
Après l’annonce de la Marche par le défunt Roi Hassan II en octobre 1975, 350 000 volontaires et volontaires se dirigèrent, le 6 novembre, vers les provinces du Sud, dans l’une des plus importantes mobilisations populaires pacifiques de l’histoire contemporaine du Maroc. Ils étaient accompagnés et encadrés par 70 000 civils et militaires.
Entre la Route de l’Unité et la Marche verte, dix-huit années s’étaient écoulées, mais l’esprit était presque le même : dans les deux expériences, le citoyen, et la jeunesse avec lui, n’était pas un simple spectateur de l’événement. Il participait à sa construction.
Sur la Route de l’Unité, il portait la pioche. Lors de la Marche verte, il portait le drapeau, le Coran et le portrait du symbole du pays à l’époque, le Roi Hassan II. Dans les deux cas, il avait le sentiment de participer à une cause qui dépassait l’individu et de jouer un rôle direct dans sa réalisation. Mais les générations changèrent, et le Maroc lui-même évolua. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, une autre question commença à s’imposer : que faire après l’école et l’université ? Et où travailleront les jeunes qui obtiennent leur diplôme chaque année ?
Le chômage des jeunes et des diplômés apparut alors comme un problème social et politique qui ne pouvait être traité par les seuls slogans. C’est dans ce contexte que fut créé, en 1991, le Conseil national de la jeunesse et de l’avenir, chargé de se pencher sur les questions du chômage, de l’insertion des jeunes, de la formation et de l’emploi.
Cette évolution traduisait la prise de conscience, à cette époque, que la question de la jeunesse n’était plus seulement culturelle ou sportive. Elle se trouvait désormais au cœur de l’économie, du marché du travail et de la stabilité sociale. Cette étape mérite également d’être soulignée, car la transformation était profonde : le jeune auquel le Maroc demandait, en 1957, de se porter volontaire pour construire une route devenait, dans les années 1990, un jeune qui frappait à la porte de l’État pour lui demander de trouver un chemin vers l’emploi.
Avec l’accession du Roi Mohammed VI au trône en 1999, la jeunesse demeura au cœur du discours royal. La Fête de la Jeunesse fut désormais célébrée le 21 août, date anniversaire du Roi, sans que la philosophie originelle de cette célébration ne change.
Le Roi Mohammed VI a, à plusieurs reprises, donné une définition claire de ce que devrait signifier l’attention portée à la jeunesse. Il l’a qualifiée de « véritable richesse du pays », soulignant notamment, dans son discours du 20 août 2018, qu’il n’avait aucun sens d’exiger du jeune qu’il assume son rôle si les opportunités et les qualifications nécessaires ne lui étaient pas offertes. Il s’agit, expliquait-il, de choses concrètes : l’éducation, l’emploi, la santé, mais aussi, en amont, la confiance et l’espoir en l’avenir.
Il avait également appelé à réformer les programmes d’emploi des jeunes, à revoir la formation professionnelle, à encourager l’entrepreneuriat et l’auto-emploi et à mieux adapter la formation aux besoins du marché du travail.
C’est ici que nous touchons au cœur du problème : au cours des dernières décennies, le Maroc n’a pas manqué de programmes, d’institutions, de discours et d’initiatives destinés à la jeunesse. Au contraire, les programmes d’éducation, de formation professionnelle, d’emploi, l’Initiative nationale pour le développement humain, le soutien aux entreprises, le sport, la culture et bien d’autres dispositifs se sont accumulés. Mais l’efficacité de cette politique ne se mesure pas uniquement au nombre de programmes lancés. Elle se mesure au nombre de jeunes dont la vie a réellement changé grâce à ces programmes.
Quelle est la valeur d’un programme d’emploi s’il n’atteint pas le chômeur ? Quelle est l’utilité d’un centre de jeunesse si le jeune n’y trouve rien qui l’attire ? Quelle est la valeur d’une école si l’élève en sort sans les compétences lui permettant de construire son avenir ? Et que vaut un discours sur l’espoir lorsque le jeune voit l’émigration comme une possibilité plus proche que celle de trouver un emploi dans sa propre ville ?
L’année 2011 marqua ensuite une nouvelle étape dans l’expression politique et sociale de la jeunesse marocaine. Avec la vague de contestation qui traversait alors le monde arabe, le mouvement du 20 février s’appuya largement sur la jeunesse et sur les réseaux sociaux pour se mobiliser. Des manifestations eurent lieu dans plusieurs villes marocaines, réclamant des réformes politiques, constitutionnelles et sociales, l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, l’amélioration des conditions de vie, l’emploi des chômeurs et l’élargissement des services sociaux.
Les jeunes du 20 février ne portaient pas les pioches comme ceux de la Route de l’Unité. Ils portaient des téléphones et des pancartes. Cette fois, il ne s’agissait pas d’ouvrir une route entre Taounate et Ketama, mais d’ouvrir de nouvelles voies vers la participation politique, la dignité et la justice sociale.
Le discours royal du 9 mars 2011 lança le processus de révision constitutionnelle, qui aboutit à l’adoption d’une nouvelle Constitution la même année. Il serait toutefois inexact de réduire l’ensemble de la réforme constitutionnelle aux seules manifestations du 20 février. Mais il serait tout aussi inexact d’ignorer que ce mouvement, conjugué au contexte régional et au climat de contestation, constitua une composante essentielle de l’environnement ayant rendu la réforme plus urgente.
Le même message historique réapparaît ici sous une autre forme : lorsque les jeunes disposent d’un canal de participation leur permettant de s’exprimer, ils l’utilisent ; lorsque les canaux se ferment, ils en cherchent d’autres.
La dynamique de l’expression de la jeunesse ne s’est pas arrêtée avec le reflux du mouvement du 20 février. Les revendications sociales et territoriales réapparurent avec force lors du Hirak du Rif, en 2016 et 2017, puis lors des manifestations de Jerada en 2018. Les questions de l’emploi, des services publics, du développement et de la justice territoriale figuraient au cœur d’une partie importante de ces mobilisations.
Plusieurs rapports internationaux ont considéré ces manifestations comme l’une des principales vagues de mobilisation sociale qu’ait connues le Maroc après les événements de 2011. Mais la transformation majeure ne concernait pas uniquement les revendications. Elle concernait également le moyen utilisé pour les exprimer.
Une nouvelle génération se formait silencieusement. Elle ne lisait pas les journaux comme ses parents, n’attendait pas le communiqué d’un parti ou d’un syndicat pour se forger une opinion et n’avait pas nécessairement besoin d’un siège, d’une réunion ou d’une structure organisationnelle pour se mobiliser.
À la fin du mois de septembre 2025, le nom de Gen Z apparut au Maroc. Un mouvement de jeunesse décentralisé, mobilisé dans une large mesure à travers les plateformes sociales, notamment Discord, TikTok et Instagram, portant des revendications centrées sur la santé, l’éducation, l’emploi, la justice sociale et la lutte contre la corruption.
Plusieurs villes connurent des manifestations, certaines pacifiques, tandis que d’autres zones furent marquées par des actes de violence, des affrontements, des pertes humaines et matérielles ainsi que des arrestations. Mais le message politique et social plus profond était clair : une nouvelle génération veut être entendue, mais elle ne fait plus nécessairement confiance aux moyens traditionnels qui permettaient aux générations précédentes de faire entendre leur voix.
Le gouvernement avait alors fait part de sa compréhension des revendications sociales, tandis que le discours royal prononcé à l’ouverture du Parlement, le 10 octobre 2025, mettait l’accent sur la priorité accordée à la création d’emplois pour les jeunes ainsi qu’au développement de l’éducation et de la santé, c’est-à-dire précisément les dossiers qui se trouvaient au cœur des expressions de la jeunesse.
Dès lors, une question s’impose : les revendications de la jeunesse ont-elles réellement beaucoup changé ? En 1991, la question était celle de l’emploi des jeunes. En 2011, les mots d’ordre étaient la dignité, la justice et l’emploi. En 2018, le discours officiel insistait sur l’éducation, la formation, l’emploi et la confiance. En 2025, la Gen Z manifestait pour la santé, l’éducation et l’emploi.
Lors de la vague de franchissements collectifs vers Ceuta à la fin du mois de juillet, des dizaines de milliers de personnes se dirigèrent vers la zone frontalière. Parmi les personnes ayant tenté le passage figuraient un grand nombre de jeunes et de mineurs. Les événements se soldèrent par des drames humains, le retour de la majorité des migrants au Maroc et le maintien de milliers de personnes dans la ville, parmi lesquelles plus d’un millier de mineurs non accompagnés, selon les données relayées par les autorités et les rapports espagnols.
La vague de Ceuta ne constitue pas un « mouvement de jeunesse » au sens politique du terme, car les motivations migratoires sont complexes et multiples. Mais la présence d’un si grand nombre de jeunes et de mineurs prêts à prendre des risques face à la mer et à la frontière constitue, qu’on le veuille ou non, un message social qu’il faut savoir lire.
Le jeune qui crie sur une place publique peut être entendu et dialoguer. Mais le jeune qui se jette à la mer a peut-être atteint un stade où il n’attend même plus le dialogue. De la pioche de la Route de l’Unité à l’écran du téléphone, puis aux barrières de Ceuta… qu’est-ce qui a changé ?
Ces différentes images résument peut-être les soixante-dix dernières années mieux que des centaines de rapports. Un jeune de 1957 portant une pioche et construisant la Route de l’Unité. Un jeune de 1975 participant à la Marche verte. Un étudiant des années 1960 et 1970 discutant, débattant et manifestant à l’université. Un jeune des années 1990 tenant son diplôme et cherchant un emploi. Un jeune de 2011 brandissant une pancarte du mouvement du 20 février. Un jeune de 2025 tenant un téléphone et rejoignant Discord pour organiser sa mobilisation. Puis, en 2026, un jeune ou un mineur debout sur la plage de Fnideq, regardant Ceuta.
Il ne s’agit pas d’une image d’un déclin de la valeur de la jeunesse marocaine, ni d’une preuve automatique d’un affaiblissement du patriotisme ou du sentiment d’appartenance. C’est plutôt le signe que les canaux d’expression de l’énergie de la jeunesse ont changé, et que la véritable question est désormais de savoir où orienter cette énergie.
Les jeunes qui ont construit la Route de l’Unité n’étaient pas nécessairement meilleurs par nature que ceux d’aujourd’hui. Ils avaient simplement trouvé un projet clair, une place au sein de ce projet et un rôle à travers lequel leur contribution était reconnue.
Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas moins disposés à construire. Ils réussissent dans les universités, les entreprises, la technologie, le sport, les arts et la recherche scientifique, au Maroc comme à l’étranger. Mais ils veulent sentir que la compétence ouvre les portes, que l’effort permet de progresser, que l’école conduit à une opportunité, que la loi protège tout le monde, que leur région n’est pas condamnée à la marginalisation en raison de son éloignement du centre et que leur voix est entendue avant de se transformer en cri.
La Fête de la Jeunesse doit devenir une journée de reddition de comptes nationale Le meilleur moyen de célébrer la Fête de la Jeunesse n’est donc pas de dire aux jeunes, une fois par an, qu’ils sont l’avenir du pays, avant de revenir dès le lendemain aux mêmes dossiers. La Fête de la Jeunesse, dans sa philosophie originelle, était bien plus ambitieuse. Mohammed V en avait fait un pari sur la génération appelée à construire le Maroc indépendant. Le Roi Hassan II avait fait de la jeunesse un partenaire dans de grands chantiers nationaux, avant de se trouver confronté, à la fin de son règne, à la question du chômage et de créer une institution dédiée à la jeunesse et à l’avenir.
Mohammed VI a, à travers ses discours successifs, fait de l’éducation, de la formation, du travail, de la santé, de la confiance et de l’espoir les conditions nécessaires à l’accomplissement du rôle national de la jeunesse. Il a également recommandé de soutenir l’implication des jeunes dans la vie politique et ordonné la mise en place d’un soutien financier et logistique à leur candidature lors des différentes échéances nationales, à commencer par les élections législatives, puis les élections communales et autres scrutins, jusqu’à leur accès aux postes de responsabilité et de leadership.
Un rendez-vous au cours duquel nous devrions savoir ce qui a été accompli durant l’année pour réduire le chômage, combien de jeunes sont sortis de la situation de NEET — ni en études, ni en formation, ni en emploi —, combien de projets portés par des jeunes ont réussi, combien de jeunes ont trouvé un logement et un emploi, comment l’école, l’université et la formation professionnelle ont évolué, ce qui a été fait pour les jeunes des villages, des montagnes et des régions frontalières, et surtout ce qui fait qu’un jeune refuse l’émigration tandis qu’un autre en rêve et qu’un troisième risque sa vie pour y parvenir.
Entre le jeune qui portait sa pioche sur la Route de l’Unité, celui qui brandissait des slogans et des pancartes pour porter des revendications sociales, économiques et éducatives dans l’espace public, celui qui a transféré sa mobilisation dans le monde numérique et celui qui met aujourd’hui son corps en jeu dans les eaux de la Méditerranée, les moyens, les circonstances et les générations ont changé. Mais une vérité demeure : la jeunesse est une énergie immense. Soit nous lui ouvrons une voie vers la construction, soit elle cherchera elle-même une autre voie.






