La revue « Courrier international », qui appartient au groupe français « Le Monde », estime que la crise liée au franchissement massif de jeunes Marocains vers Ceuta pourrait avoir des répercussions politiques sur le gouvernement d’Aziz Akhannouch, dans un contexte marqué par les critiques visant son bilan économique et social, notamment en ce qui concerne la situation de la jeunesse. La revue s’interroge ainsi sur la question de savoir si le chef du gouvernement pourrait payer électoralement le prix de cette crise lors des prochaines élections législatives prévues le 23 septembre prochain.
Dans un article publié hier mercredi 19 août 2026, intitulé « Le Premier ministre marocain fera-t-il les frais de la crise de Ceuta ? », la revue affirme que l’épisode du franchissement massif de jeunes Marocains vers Ceuta « a laissé des traces » sur le gouvernement Akhannouch, auquel l’article reproche notamment de négliger les jeunes.
Selon « Courrier international », l’afflux massif vers Ceuta intervient dans un contexte marqué par une hausse des critiques à l’égard des performances du gouvernement, particulièrement sur la question de la jeunesse. La revue présente le chômage des jeunes et le « sentiment de corruption » comme deux facteurs à l’origine de cet exode, que le média décrit comme l’expression du mécontentement de la « génération Z ».
La revue souligne le paradoxe entre ce sentiment de mécontentement et les indicateurs de croissance économique du Maroc, rappelant que l’économie du Royaume a enregistré une croissance de 4,9 % en 2025, selon les données de la Banque mondiale.
Toutefois, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), cette croissance ne s’est pas traduite dans les mêmes proportions sur le marché de l’emploi. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage s’est établi à 10,8 % pour l’ensemble de la population active, tandis qu’il a atteint 29,2 % chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans.
Dans ce contexte, le site « Afrik » décrit Ceuta comme un « révélateur du malaise de la jeunesse marocaine », après l’arrivée de plus de 60 000 personnes dans la ville occupée. « Courrier international » cite également l’Association marocaine des droits humains (AMDH), qui a fait état de 130 victimes et de dizaines de personnes portées disparues lors de l’opération de franchissement massif, tout en réclamant l’ouverture d’une « enquête indépendante ».
L’article ne limite toutefois pas les répercussions de la crise de Ceuta à la seule question du chômage. Il les inscrit également dans le contexte des critiques liées à la corruption et à la gouvernance publique, présentées comme l’un des facteurs alimentant le mécontentement à l’égard du gouvernement actuel.
La revue rappelle que le Maroc occupe la 91e place sur 182 pays dans le classement de Transparency International, au même rang que la Tunisie, l’Inde et l’Albanie, et à proximité de l’Algérie, classée 109e. Dans le même contexte, la revue évoque les critiques adressées à la gestion de la vie politique par le gouvernement Akhannouch, notamment les accusations récurrentes de conflits d’intérêts dans plusieurs dossiers. Elle s’arrête notamment sur le « chevauchement entre les intérêts économiques privés et les responsabilités gouvernementales », y compris au sein du Parlement.
Il convient de rappeler que le chef du gouvernement et ancien président du Rassemblement national des indépendants (RNI) avait annoncé plus tôt dans l’année qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat lors des prochaines élections législatives. Le parti a élu Mohamed Chouqi, également homme d’affaires, à sa présidence pour succéder à Akhannouch.
Cependant, selon l’article, le retrait d’Akhannouch de la course électorale ne signifie pas pour autant son retrait de la campagne. Il continue en effet à mener des activités en soutien à son parti. Dans ce contexte, « Courrier international » revient sur la visite effectuée par Akhannouch dans la région d’Al Haouz le 17 août, au cours de laquelle le chef du gouvernement a mis l’accent sur le bilan de la reconstruction après le séisme de septembre 2023.
Selon les chiffres présentés par Akhannouch lors de cette visite, 50 000 logements ont été reconstruits ou réhabilités, tandis que plus de 60 000 familles sinistrées ont bénéficié d’une « aide mensuelle d’urgence pendant plus d’un an », dans l’attente de la réhabilitation de leurs habitations.
La revue présente toutefois une autre image de cette visite, soulignant que certaines rencontres avec les habitants ont été marquées par des tensions. Des citoyens ont notamment protesté, estimant avoir été exclus des aides liées aux conséquences du séisme. « Courrier international » évoque ensuite la possibilité de voir émerger un autre nom sur la scène politique à l’approche des prochaines élections, faisant référence à Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football et ministre délégué chargé du Budget, qui a récemment rejoint le Parti authenticité et modernité (PAM), à l’approche des élections législatives.
L’article inscrit cette évolution dans le contexte des préparatifs du Maroc pour accueillir la Coupe du monde 2030 et des investissements liés à cet événement. « Courrier international » s’interroge également sur la possibilité de transférer la légitimité acquise par Lekjaa dans le domaine du football à la gestion des affaires de l’État, estimant que cette dernière est beaucoup plus complexe et englobe des dossiers quotidiens qui dépassent largement le cadre sportif.
La revue estime enfin que la controverse autour de Lekjaa reflète une crise au sein des partis politiques marocains, qui seraient « incapables de former de nouveaux dirigeants au sein de leurs propres rangs ».






