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Younes Bjijou, du management hospitalier au ministère de la Santé

Le Roi Mohammed VI a nommé ce vendredi 16 octobre 2026, le professeur Younes Bjijou ministre de la Santé et de la Protection sociale dans le nouveau gouvernement conduit par Fatima Ezzahra El Mansouri. Il succède à Amine Tahraoui et prend en charge l’un des portefeuilles les plus exposés du nouvel exécutif.

Attribué à l’Union socialiste des forces populaires, ce ministère revient à un profil venu du monde académique et de la gestion d’établissements de santé à but non lucratif. Avant son entrée au gouvernement, Younes Bjijou occupait le poste de directeur délégué de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé, institution créée en 2023 et active dans les soins, la formation universitaire, la recherche scientifique et l’innovation.

Son arrivée au ministère remet ainsi au centre du débat une question sensible pour le secteur : celle de l’articulation entre l’hôpital public, les institutions sanitaires reconnues d’utilité publique et le secteur privé. Un enjeu d’autant plus important que la réforme du système de santé repose désormais sur la recherche de nouvelles complémentarités sans compromettre l’égalité d’accès aux soins.

Sur le plan académique, Younes Bjijou a enseigné l’anatomie, la chirurgie expérimentale et la microchirurgie à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat relevant de l’Université Mohammed V. Avant de rejoindre la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé, son parcours avait également été lié à la Fondation Cheikh Khalifa Ben Zayed à Casablanca. Il a ensuite pris la direction déléguée de la Fondation Mohammed VI, qui supervise notamment l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé ainsi que l’Hôpital universitaire international Mohammed VI à Rabat et à Bouskoura.

Sous sa direction, la Fondation a renforcé son offre hospitalière et universitaire tout en développant plusieurs partenariats dans les domaines de la recherche, de la formation et de l’innovation médicale. En janvier 2026, Younes Bjiou avait notamment reçu deux certifications HQE de niveau « exceptionnel », délivrées par l’organisme français CERTIVEA, pour l’Hôpital universitaire international Mohammed VI et l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé à Rabat. Ces distinctions portent sur la performance environnementale, la gestion des ressources et de l’énergie ainsi que l’intégration de solutions durables dans les infrastructures.

La période durant laquelle il a dirigé la Fondation a également été marquée par une multiplication des accords de coopération dans le secteur de la santé. En juillet 2024, une convention avait été conclue avec Tamwilcom afin de soutenir les startups et les projets innovants dans les technologies de la santé, notamment à travers le réseau du fonds Innov Invest et l’accès aux infrastructures et aux compétences de la Fondation.

Un an plus tard, en juillet 2025, un accord de coopération avait été signé avec AstraZeneca Maroc pour développer des centres d’excellence consacrés aux maladies rares. Le partenariat portait notamment sur le diagnostic avancé, les tests génétiques, l’amélioration du parcours des patients, la formation du personnel médical et paramédical ainsi que le développement de la recherche clinique.

La dimension internationale de son parcours s’est également renforcée au cours des derniers mois. En février 2026, la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé a conclu un partenariat avec le ministère mauritanien de la Santé et l’Organisation mondiale de la santé afin de renforcer les capacités du système sanitaire mauritanien dans plusieurs domaines, notamment la vaccination, la santé publique, l’épidémiologie et la gestion des projets sanitaires.

En mai de la même année, un autre accord a été signé avec l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé à l’occasion du salon GITEX Future Health Africa. Il concernait notamment la recherche, l’innovation, la formation, la pharmacovigilance et le renforcement des capacités en matière de sécurité sanitaire.

Younes Bjijou s’est également impliqué dans la coopération sanitaire africaine. En tant que secrétaire permanent de l’Académie africaine des sciences de la santé, lancée à Dakhla en novembre 2024, il a participé à plusieurs initiatives consacrées à la souveraineté sanitaire, à la recherche et au développement des compétences médicales sur le continent.

En novembre 2025, il avait présidé le comité d’organisation du premier Sommet africain sur les systèmes de santé et la souveraineté sanitaire à Dakhla. Les débats avaient porté sur le financement des systèmes de santé, la gouvernance, l’accès aux soins, la production de médicaments et le renforcement de la recherche scientifique en Afrique.

Lors de différentes interventions publiques en 2026, Younes Bjijou avait également défendu un modèle de réforme fondé sur la proximité territoriale, la réduction des inégalités d’accès aux soins et le renforcement du pouvoir décisionnel au niveau régional.
Il avait notamment insisté sur le potentiel de la numérisation et de l’intelligence artificielle dans l’amélioration des services de santé tout en mettant en garde contre le risque de voir la fracture numérique aggraver les disparités existantes.
Son arrivée au ministère constitue désormais un changement d’échelle.

Le nouveau ministre devra passer de la gestion d’établissements spécialisés et de projets d’innovation à la conduite d’un système public confronté à des difficultés beaucoup plus larges. Le déficit en médecins et en personnel infirmier, la migration des compétences médicales, les disparités territoriales ainsi que la qualité des services hospitaliers figurent parmi les dossiers les plus urgents.

À cela s’ajoute la poursuite du déploiement de l’Assurance maladie obligatoire, avec la question centrale de son financement et de sa soutenabilité à long terme. Le nouveau ministre sera également attendu sur la réforme des établissements hospitaliers, l’amélioration de la gouvernance du secteur et la concrétisation des groupements sanitaires territoriaux. Mais l’un des enjeux les plus scrutés concernera probablement son domaine d’expérience le plus direct : la relation entre secteur public, structures privées et institutions sanitaires à but non lucratif.

Le défi sera de mobiliser les différentes composantes de l’offre de soins pour augmenter les capacités du système sans créer une santé à plusieurs vitesses. C’est sur cette capacité à transformer une expertise institutionnelle en amélioration concrète du service public que sera jugé le passage de Younes Bjiou de la Fondation au ministère.

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