Les célébrations de la fête nationale espagnole organisées cette semaine par l’ambassade d’Espagne à Rabat et le consulat général du Royaume ibérique à Tanger ont été marquées par une absence inhabituelle de plusieurs responsables marocains de premier plan. Ce retrait protocolaire intervient au même moment que la visite effectuée par le roi Felipe VI et la reine Letizia à Sebta et Melilla les 13 et 14 octobre, dans un contexte diplomatique particulièrement sensible entre Rabat et Madrid.
À Rabat, l’ambassade d’Espagne a organisé lundi 12 octobre une réception à l’occasion de la fête nationale. Selon l’agence espagnole EFE, aucun ministre marocain ni haut responsable gouvernemental n’a pris part à la cérémonie, pourtant traditionnellement fréquentée par des représentants de premier rang. Plusieurs hommes d’affaires marocains étaient présents, mais le niveau de représentation officielle est resté particulièrement bas.
L’agence espagnole a également relevé un autre détail inhabituel : l’absence du discours que l’ambassadeur d’Espagne prononce généralement lors de ce type de réception. Dans un environnement diplomatique où les gestes protocolaires sont rarement anodins, cette combinaison d’absences n’est pas passée inaperçue.
Le même constat a été observé à Tanger. Le consulat général d’Espagne y a organisé mercredi 14 octobre une réception à l’occasion de la fête nationale, mais plusieurs responsables marocains habitués à participer à ce rendez-vous diplomatique n’étaient pas présents.
Parmi les absents figuraient notamment le wali de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Younes Tazi, ainsi que le wali de la sûreté de Tanger. D’autres responsables territoriaux et sécuritaires qui participaient régulièrement à cette cérémonie n’y ont pas non plus pris part.
La réception a néanmoins réuni un responsable du secteur de la santé, plusieurs représentants de la société civile ainsi que des invités issus d’autres secteurs. Mais l’absence des principaux responsables locaux donne à cette séquence une portée qui dépasse le simple protocole.
Ces réceptions diplomatiques constituent habituellement des espaces de contact institutionnel entre les autorités marocaines et les représentations étrangères. Une baisse aussi visible du niveau de représentation officielle peut donc être interprétée comme un signal, surtout lorsqu’elle intervient dans un contexte bilatéral marqué par une question de souveraineté aussi sensible que celle de Sebta et Melilla.
Le calendrier renforce cette lecture. Les célébrations espagnoles ont précédé de quelques heures le déplacement du roi Felipe VI et de la reine Letizia à Sebta, avant leur visite à Melilla le lendemain. Cette tournée royale possède une portée politique évidente. Pour Madrid, elle constitue une affirmation de souveraineté sur les deux villes. Pour Rabat, qui continue de les revendiquer et de les considérer comme relevant de son intégrité territoriale, le déplacement ne pouvait être perçu comme un simple acte protocolaire.
Le quotidien espagnol El País a d’ailleurs relié le faible niveau de représentation marocaine lors de la réception organisée à Rabat au climat diplomatique entourant la visite royale, estimant que cette retenue pouvait être interprétée comme un signe de distance entre les deux pays. Rabat n’a toutefois pas choisi l’escalade ouverte. Aucun rappel d’ambassadeur ni communiqué de condamnation n’a accompagné la visite de Felipe VI. Le contraste avec 2007 est à ce titre particulièrement révélateur.
En novembre 2007, la visite de l’ancien roi Juan Carlos Ier et de la reine Sofia à Sebta et Melilla avait provoqué une crise diplomatique beaucoup plus visible. Le Maroc avait alors rappelé temporairement son ambassadeur à Madrid, tandis que le Parlement marocain avait exprimé de vives critiques à l’égard de ce déplacement.
Près de vingt ans plus tard, la réaction semble prendre une forme différente. L’absence de plusieurs responsables marocains lors des célébrations espagnoles suggère davantage une diplomatie de la distance qu’une confrontation frontale. Ce positionnement permet à Rabat de manifester son désaccord sans compromettre l’ensemble de la relation avec Madrid, devenue stratégique dans les domaines économique, sécuritaire et migratoire.
La coopération entre les deux pays demeure dense. Mais la séquence de cette semaine rappelle qu’elle n’a pas effacé les différends historiques. Autour de Sebta et Melilla, les symboles continuent de compter. Et cette fois, ce sont précisément les absences marocaines dans les cérémonies espagnoles qui donnent le ton.






