Le quotidien belge De Standaard a ouvert un large débat autour des opérations de démolition ayant touché des quartiers résidentiels à Rabat et Casablanca, donnant la parole à des familles qui ont perdu leur logement dans un contexte marqué par des désaccords concernant les indemnisations et les solutions de relogement.
Selon l’enquête publiée le 13 août, Rabat a connu au cours de l’année dernière la démolition de centaines de bâtiments dans le cadre de projets routiers, hôteliers et urbains. Le journal cite l’avocat et membre du conseil communal Farid Mehdaoui, selon lequel plus de 10 000 familles auraient perdu leur logement depuis fin 2024.
D’après les données rapportées par le journal, l’indemnisation prévue pour les logements enregistrés s’élève à 13 000 dirhams par mètre carré. Certains habitants concernés estiment toutefois que ce montant ne correspond pas à la valeur réelle des biens immobiliers.
À Casablanca, l’enquête s’est particulièrement intéressée au projet de la « Route Royale », qui s’étend sur plus d’un kilomètre et doit relier la mosquée Hassan II au centre administratif de la ville. Le projet prévoit notamment la réalisation d’infrastructures hôtelières et commerciales ainsi que de nouveaux espaces urbains.
Sur la base d’une analyse d’images satellitaires couvrant la période allant d’août 2025 à mai 2026, De Standaard estime que les démolitions réalisées dans le périmètre du projet ont concerné plus de 15 hectares. Le journal évalue également à plus de 4 000 le nombre de familles affectées, en s’appuyant sur des données officielles relatives à la densité de population.
L’enquête fait état de délais parfois courts accordés à certaines familles pour quitter leur logement. Les autorités auraient proposé à plusieurs personnes concernées de s’installer dans de nouveaux quartiers, notamment Hay Nassim, avec une aide de 9 000 dirhams destinée à couvrir six mois de loyer.
En revanche, le journal rapporte les critiques d’avocats et de militants concernant le coût des solutions de relogement et leur éloignement du centre-ville, ainsi que les charges liées à l’acquisition de certains appartements et aux frais qui y sont associés.
Le quotidien belge évoque également d’importants écarts entre certaines indemnisations et la valeur marchande des biens immobiliers. Dans certains cas, les montants auraient atteint environ 1 400 dirhams par mètre carré, contre des estimations du marché comprises entre 10 000 et 20 000 dirhams par mètre carré, selon des déclarations attribuées à une avocate et membre du Parti du progrès et du socialisme.
De son côté, Kenza Chraïbi, présidente de l’arrondissement de Sidi Belyout, a affirmé que les opérations de démolition sont également liées à la sécurité des habitants. Elle a expliqué que des commissions spécialisées avaient réalisé des expertises sur plusieurs bâtiments et les avaient classés parmi les constructions présentant un risque en raison de leur possible effondrement.
Kenza Chraïbi estime à environ 1 910 le nombre de familles vivant dans des bâtiments classés dangereux. Elle a également précisé que les décisions d’expropriation et la détermination des indemnisations sont prises par une commission regroupant plusieurs institutions et organismes publics.
L’enquête aborde également les conséquences sociales et urbaines de ces opérations. Le chercheur et anthropologue Stefano Portelli estime que l’attente prolongée avant la démolition peut contribuer à la dégradation des quartiers, en raison notamment de la diminution des investissements des propriétaires et des difficultés d’accès au financement bancaire.
De son côté, l’écrivain et ancien ministre marocain de la Culture Mohamed Achaari met en garde contre les conséquences de la disparition de quartiers historiques sur la mémoire collective. Il souligne que le développement urbain dépend également de la manière dont les projets sont mis en œuvre et du degré d’implication des habitants dans les décisions qui concernent leurs espaces de vie.
Selon le quotidien belge, la Coupe du monde 2030 constitue l’un des facteurs parmi plusieurs transformations urbaines et immobilières en cours. « De Standaard » indique avoir sollicité des éclaircissements auprès de plusieurs institutions gouvernementales, collectivités territoriales et organismes officiels, précisant qu’au moment de la publication de l’enquête, il n’avait pas encore reçu leurs réponses.






