La Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) est au cœur d’un nouveau rapport d’Amnesty International consacré aux pratiques de surveillance au Maroc. Dans ce document publié le 1er octobre 2026, l’organisation affirme que la DGST aurait mis en place un vaste dispositif de surveillance visant notamment des journalistes et des défenseurs des droits humains, combinant espionnage numérique, écoutes téléphoniques et surveillance physique.
Intitulé « On commence par le verdict – Au cœur de l’appareil de surveillance marocain », le rapport s’appuie notamment sur le témoignage d’un ancien employé de la DGST, désigné sous le pseudonyme de « Safir », ainsi que sur des analyses de criminalistique numérique, des données ayant fait l’objet de fuites et des entretiens avec dix personnes présentées comme ayant été ciblées.
Selon Amnesty International ces différents éléments permettraient de documenter le fonctionnement d’un système dans lequel surveillance numérique et méthodes conventionnelles seraient utilisées conjointement à l’encontre de journalistes et de militants.
Un ancien agent de la DGST au cœur de l’enquête
Le témoignage de « Safir » occupe une place centrale dans le rapport…Cet ancien employé affirme que des personnes ciblées auraient été filmées ou enregistrées à leur insu dans différents lieux, notamment des bureaux, des voitures, des cafés ou encore des espaces privés.
Il soutient également que des appels téléphoniques étaient interceptés et que les déplacements de certaines personnes étaient suivis.
Plus surprenant encore, le lanceur d’alerte affirme que des boutiques de téléphonie auraient été utilisées pour remettre à certaines cibles des appareils présentés comme neufs mais préalablement compromis par des logiciels espions.
Amnesty indique avoir confronté plusieurs éléments de son témoignage à des sources indépendantes, des preuves techniques et des témoignages de défenseurs des droits humains.
Pegasus au centre des accusations
Le rapport revient également sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group.
Amnesty International affirme désormais identifier la DGST comme l’entité responsable du déploiement de Pegasus au Maroc et lui attribue des opérations visant des militants et des journalistes entre 2017 et 2021.
L’organisation dit également avoir documenté plusieurs méthodes d’infection des appareils : compromission physique des téléphones, liens malveillants nécessitant un clic, attaques dites « zéro clic » ne nécessitant aucune intervention de la victime ou encore attaques par injection réseau.
Ces affirmations interviennent alors que les autorités marocaines ont, à plusieurs reprises, démenti avoir utilisé des logiciels espions pour surveiller leurs citoyens.
103 numéros marocains identifiés
Amnesty International affirme avoir analysé des numéros introduits entre septembre et décembre 2017 dans le système marocain de déploiement de Pegasus.
L’organisation indique avoir pu identifier les propriétaires de 103 numéros marocains figurant parmi les cibles potentielles du logiciel espion.
Parmi eux 65 étaient selon Amnesty, issus de la société civile : 34 défenseurs des droits humains, 22 journalistes ou professionnels des médias, cinq avocats et quatre universitaires.
25 autres numéros étaient associés à des représentants politiques ou à des membres des autorités, tandis que cinq appartenaient à des diplomates ou représentants d’organisations internationales. 8 autres concernaient notamment des personnalités du monde des affaires ou des figures religieuses.
Pour le Security Lab d’Amnesty International la présence précoce de journalistes et de défenseurs des droits humains parmi les numéros introduits dans le système constitue un élément important de son enquête.
Des fournisseurs étrangers également cités
Au delà des accusations adressées aux autorités marocaines, Amnesty s’intéresse à la provenance des technologies utilisées.
Le rapport cite plusieurs sociétés étrangères spécialisées dans les technologies de surveillance, parmi lesquelles NSO Group l’ancienne société italienne Hacking Team devenue Memento Labs ainsi que Gamma Group et FinFisher.
Amnesty estime que ce dossier soulève ainsi la question de la responsabilité des entreprises et des États exportateurs de technologies de surveillance susceptibles d’être utilisées pour porter atteinte aux droits fondamentaux.
Memento Labs a indiqué à l’organisation ne disposer actuellement d’aucun contrat actif avec une agence marocaine. Verint a pour sa part précisé s’être séparée de l’activité concernée en février 2021. Amnesty affirme n’avoir reçu aucune réponse des autres entreprises sollicitées avant la publication de son enquête.
Amnesty dit n’avoir reçu aucune réponse des autorités
L’organisation affirme avoir écrit aux autorités marocaines quatre semaines avant la publication de son rapport afin de leur communiquer ses principales conclusions et de recueillir leurs observations. Selon Amnesty International aucune réponse ne lui était parvenue au moment de la publication.
Le rapport intervient dans un contexte où les autorités marocaines ont déjà rejeté à plusieurs reprises les accusations selon lesquelles elles auraient utilisé des logiciels espions pour surveiller des citoyens.
Amnesty International appelle désormais à l’ouverture d’une enquête « indépendante et efficace » sur les cas de surveillance qu’elle affirme avoir documentés. L’organisation demande également aux États de suspendre l’exportation vers le Maroc de logiciels espions et d’autres technologies intrusives tant que des garanties suffisantes en matière de respect des droits humains ne sont pas mises en place.
Les conclusions présentées dans ce rapport demeurent celles d’Amnesty International et les accusations qu’il contient sont contestées, dans leur principe, par les démentis formulés par les autorités marocaines concernant l’utilisation de logiciels espions contre leurs citoyens.






