La scène politique vit au rythme d’une surprise électorale. Rahou El Hilaâ, député de la circonscription de Rommani-Tiflet, a entamé les préparatifs pour acter son retour au Parti du Progrès et de Socialisme (PPS), qu’il avait quitté il y a environ quinze ans pour rejoindre le Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM). Cette démarche, qui intervient à la veille des élections prévues en septembre prochain, vient bouleverser les équilibres au sein d’une circonscription historiquement considérée comme un fief électoral de l’ancien parti communiste.
Si le retour d’El Hilaâ dans le giron du « Livre » se concrétise, il s’agira du deuxième événement de ce genre après celui de la figure politique de premier plan Mohamed Boudra. L’ancien maire d’Al Hoceïma avait lui aussi quitté le PPS il y a environ dix-sept ans pour le PAM, une décision qui avait à l’époque provoqué une onde de choc au sein du PPS — alors dirigé par Ismaïl Alaoui —, dont Boudra était membre du bureau politique.
Toutefois, le paradoxe réside dans le fait que le PAM, qui n’avait pas toléré le départ d’El Hilaâ lorsqu’il siégeait au bureau politique du PPS, semble aujourd’hui peu enclin à le retenir.
Une source fiable au sein de la direction du PAM a ainsi révélé que le parti « l’autorisera très probablement à partir et à se présenter sous les couleurs du PPS s’il le souhaite », tout en insistant sur le fait qu’El Hilaâ « ne figure pas sur les listes du parti pour les élections de septembre ». De son côté, le député réfute catégoriquement l’idée selon laquelle d’éventuelles poursuites judiciaires à son encontre expliqueraient le refus de son parti actuel de lui accorder son investiture.
Il semble que le PAM oriente désormais sa boussole vers un nouveau profil : l’homme politique montant Rachid Sababou, membre du conseil de la région de Rabat, même si cette candidature dans une circonscription aussi disputée constituera pour lui une première expérience électorale.
Dans l’autre camp, la position du PPS reste entourée de flou. El Hilaâ a affirmé ne pas s’être encore entretenu avec le secrétaire général, Nabil Benabdallah, au sujet de son retour, tout en se montrant confiant quant à l’issue de la démarche et en exprimant sa satisfaction à l’idée de réintégrer sa « safe zone politique d’autrefois ».
Bien que Benabdallah ait préféré ne pas commenter ces informations pour le moment, le parti semble avoir grandement besoin de reconquérir son influence dans cette circonscription, où il a perdu son poids électoral depuis le départ d’El Hilaâ en 2011. Le PPS avait pourtant tenté d’y investir son cousin, Ahmed El Hilaâ, lors des législatives de 2016, mais ce dernier est décédé l’année dernière après avoir, lui aussi, fini par rejoindre le PAM.
Il convient de rappeler que Rahou El Hilaâ — qui avait présidé par le passé une commission d’enquête parlementaire sur les détournements de fonds à la CNSS, débouchant sur l’inculpation de plusieurs hauts responsables — considère le siège de Rommani comme un acquis garanti, lançant ainsi un défi manifeste aux mutations politiques actuelles.






