Rim Chabat, présidente du groupe Mouvement Populaire (MP) à la Chambre des représentants, a soumis le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 à l’épreuve de sa capacité à répondre aux attentes sociales et économiques des Marocains. Elle s’est interrogée sur la mesure où les chiffres et les crédits annoncés se traduisent concrètement sur le plan du pouvoir d’achat, de l’emploi et des services publics, et ce, dans un contexte marqué par la persistance de la vie chère et l’aggravation de plusieurs dysfonctionnements sociaux.
Lors de la discussion générale du projet, ce mercredi 28 octobre 2026, au sein de la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants, Mme Chabat a soulevé des interrogations concernant les équilibres financiers sur lesquels repose le projet, notamment en ce qui concerne la hausse de la dette et du déficit, la portée limitée de l’investissement dans la création d’emplois, ainsi que la cohérence entre les prévisions gouvernementales et les contraintes économiques auxquelles fait face le pays.
L’intervenante a estimé que les hypothèses de croissance économique appellent à une certaine prudence, sur fond de persistance des incertitudes à l’échelle internationale. Elle a souligné l’adoption dans le projet d’un prix du baril de pétrole de type Brent fixé autour de 75 dollars, et de 600 dollars la tonne de gaz butane, des hypothèses qui pourraient être impactées par les fluctuations géopolitiques et leurs répercussions sur les équilibres financiers.
Dans ce contexte, Mme Chabat a rappelé que la dette publique a atteint, selon les données qu’elle a présentées, 66,9 % du Produit Intérieur Brut (PIB), estimant que ces indicateurs posent des défis quant à la capacité des finances publiques à répondre aux besoins croissants sans compromettre les équilibres économiques.
La présidente du groupe Mouvement Populaire a ensuite abordé le dossier du pouvoir d’achat, relevant la baisse des crédits alloués à la Caisse de compensation, qui passent de 22 milliards de dirhams en 2026 à 19,4 milliards de dirhams dans le PLF 2027, et ce malgré la persistance des pressions liées à la cherté des prix et du coût de la vie.
Elle s’est également interrogée sur l’impact effectif de la baisse progressive de l’Impôt sur le Revenu (IR), étalée sur cinq ans, pour alléger le fardeau des classes moyennes, en particulier à la lumière des répercussions inflationnistes de ces dernières années et de la pression qu’elles ont exercée sur les budgets des ménages.
S’agissant de l’État social, Mme Chabat a averti que l’élargissement de la couverture sociale ne suffit pas à lui seul à garantir l’accès des citoyens aux services de base, signalant la persistance des difficultés d’accès aux soins, notamment dans les zones rurales, en raison du déficit en infrastructures et en équipements sanitaires.
Elle a soulevé à cet égard la problématique des lits hospitaliers, évoquant un déficit avoisinant les 400 000 lits selon les données présentées, et estimant que la résorption de cette pénurie demeure l’un des principaux défis pour améliorer l’offre de soins et garantir un accès plus équitable aux services thérapeutiques.
Les critiques du groupe Mouvement Populaire ne se sont pas limitées au secteur de la santé, mais se sont étendues à l’enseignement supérieur. Mme Chabat s’est attardée sur la situation d’environ 1,3 million d’étudiants universitaires, dont plus de 87 % poursuivent leurs études dans des établissements à accès ouvert, d’après les chiffres avancés lors de son intervention.
Elle a mis en lumière les difficultés rencontrées par de nombreux étudiants pour l’obtention des bourses universitaires, les critères d’attribution ne reflétant pas toujours la situation sociale réelle des familles, et a exigé une révision de ces critères afin de garantir l’orientation du soutien vers les catégories les plus nécessiteuses.
Elle a également appelé au versement mensuel des bourses universitaires au lieu d’un versement trimestriel, permettant ainsi aux étudiants de gérer régulièrement leurs frais d’études et de subsistance, tout en critiquant la privation de certains étudiants de ces aides au motif que leurs familles bénéficient du soutien social direct. Elle a insisté sur la nécessité d’adopter des critères plus équitables tenant compte des besoins réels des ménages.
Sur le volet de l’emploi, la présidente du groupe Mouvement Populaire a déploré ce qu’elle a qualifié d’absence de vision chiffrée claire pour lutter contre le chômage, en particulier parmi les jeunes, les diplômés et les lauréats des établissements d’enseignement et de formation, s’interrogeant sur les mesures concrètes que le gouvernement compte déployer pour élargir les opportunités d’insertion professionnelle.
Elle a appelé, dans le même sillage, à clarifier les dispositions destinées aux jeunes non scolarisés, sans emploi et ne bénéficiant d’aucune formation, face aux difficultés persistantes d’accès au marché du travail et aux défis que cela impose aux politiques publiques de l’emploi.
Sur le plan de l’équité territoriale, Mme Chabat a pointé du doigt la lenteur dans la mise en œuvre de la déconcentration administrative et du transfert des compétences aux régions et aux préfectures, estimant que la persistance des disparités spatiales interroge l’efficacité des politiques publiques à garantir une répartition équitable des investissements et des services de base entre les différentes régions.
Elle a également exhorté à accélérer l’officialisation de la langue amazighe au sein de l’administration, à travers l’adoption des mesures nécessaires pour concrétiser cet engagement dans les services publics, consolidant ainsi sa place dans la vie administrative et garantissant le respect de son statut constitutionnel.
Mme Chabat a conclu son intervention en doutant de la capacité du projet de loi de finances 2027 à honorer l’engagement de créer un million de postes d’emploi, compte tenu des défis liés à la croissance, à l’investissement et à la montée du chômage. Elle a réaffirmé que l’évaluation des politiques gouvernementales doit se fonder sur des résultats tangibles ayant un impact direct sur le pouvoir d’emploi, le pouvoir d’achat et la qualité des services publics, au-delà des seuls objectifs affichés.






