La gouvernance de Tanger traverse une situation institutionnelle particulièrement inhabituelle. Alors que le maire de la ville, Mounir Lymouri, se trouve toujours en détention provisoire dans le cadre de l’affaire dite des « bulletins électoraux », le Conseil communal vient de perdre son deuxième adjoint, Noureddine Chankachi, décédé ce mardi 27 octobre 2026 après une période marquée par la dégradation de son état de santé. Cette disparition intervient dans un contexte déjà fragilisé par l’absence forcée du président du Conseil communal.
Mounir Lymouri est placé en détention provisoire depuis le début du mois d’octobre dans le cadre de l’enquête ouverte après la découverte, le jour des élections législatives du 23 septembre, d’un sac contenant des bulletins de vote liés à un bureau installé à l’école Al Qods, dans le quartier Casabarata.
Le juge d’instruction près la Cour d’appel de Tanger le poursuit notamment pour des faits présumés liés à l’atteinte aux opérations de vote dans le but de modifier ou de tenter de modifier les résultats du scrutin, à la participation à la falsification d’un document public et à des faits de corruption. Son interrogatoire détaillé a été reporté au 3 novembre en raison de son état de santé.
Son absence a déjà profondément modifié le fonctionnement politique de la commune. Lors de la session ordinaire d’octobre, c’est Mohamed Ghilan El Ghazouani, premier adjoint au maire, qui avait présidé les travaux du Conseil en l’absence de Lymouri. La session avait notamment permis l’adoption du projet de budget de la commune pour 2027.
La mort de Noureddine Chankachi ajoute désormais un nouvel élément d’incertitude à une équipe municipale déjà contrainte de fonctionner sans son président. Élu au Conseil communal de Tanger sous les couleurs du Parti de l’Istiqlal en 2021, Chankachi occupait le poste de deuxième adjoint au maire. Il avait notamment la charge de dossiers liés au sport, au marché de gros des fruits et légumes ainsi qu’à certaines missions administratives dans le domaine de l’urbanisme.
Son état de santé l’avait toutefois éloigné de plusieurs activités politiques ces derniers mois. En août, les structures locales de l’Istiqlal avaient déjà exprimé leur solidarité à son égard et souhaité son rétablissement. Sa disparition ne laisse pas juridiquement Tanger sans direction, puisque le premier adjoint continue d’assurer certaines fonctions dans le cadre des mécanismes prévus par la loi. Elle accentue néanmoins l’impression d’une gouvernance municipale placée sous forte pression.
Le site officiel de la commune recense encore plusieurs autres adjoints au maire, ce qui garantit théoriquement la continuité administrative et institutionnelle du Conseil communal. Mais la question dépasse désormais la seule continuité des services.
L’absence prolongée de Mounir Lymouri pose la question de la direction politique effective de la commune, de la répartition des délégations et de la capacité de l’actuelle majorité municipale à conserver sa cohésion dans une période où le fauteuil de maire fait déjà l’objet de nombreuses spéculations.
La loi organique relative aux communes prévoit qu’en cas d’absence ou d’empêchement du président pendant une période prolongée, l’un de ses adjoints le remplace temporairement selon l’ordre établi. Plusieurs sources locales évoquent ainsi la possibilité d’un transfert plus large des compétences du maire vers son premier adjoint si l’empêchement devait se prolonger. La situation judiciaire de Lymouri reste néanmoins déterminante pour la suite.
À ce stade, son placement en détention provisoire ne constitue pas une condamnation et il demeure présumé innocent jusqu’à une décision définitive de la justice. Mais plus son absence se prolonge, plus la question de la stabilité de la gouvernance tangéroise risque de s’imposer dans le débat local.
Tanger se retrouve ainsi dans une configuration singulière : son maire est derrière les barreaux dans l’attente de la poursuite de l’instruction, son deuxième adjoint vient de disparaître et son premier adjoint assure déjà une partie de la continuité institutionnelle.
Pour une ville engagée dans de grands projets urbains, économiques et infrastructurels, l’enjeu dépasse les équilibres entre partis. Il concerne désormais la capacité du Conseil communal à garantir une direction politique claire et à poursuivre ses projets sans que les turbulences judiciaires et humaines qui frappent son exécutif ne se transforment en paralysie institutionnelle.






