à la unePolitique

PPS : Benabdallah dénonce les dérives électorales tout en se rapprochant de la majorité

Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a choisi d’entrouvrir la porte du gouvernement tout en multipliant les critiques à l’égard des élections ayant façonné la nouvelle carte politique. Un discours riche en signaux traduisant la volonté du PPS de se rapprocher de la majorité que Fatima Ezzahra El Mansouri s’emploie à constituer.

Lors de la session extraordinaire du Comité central, tenue ce mardi 6 octobre au matin, Benabdallah a demandé au « Parlement du parti » de donner mandat au Bureau politique pour gérer la prochaine étape, une formule qui offre à la direction une marge de manœuvre pour poursuivre les négociations autour d’une éventuelle participation au gouvernement.

Devant ses camarades, le discours de Benabdallah semblait préparer le terrain politique à un passage vers la majorité. Il a évoqué une « forte adhésion » à la vision défendue par son parti et un climat de confiance lors des consultations, tout en reconnaissant que les divergences qui avaient marqué les premières réunions du Bureau politique se sont considérablement atténuées.

Le secrétaire général du PPS a révélé que le Bureau politique avait tenu cinq réunions en l’espace d’une semaine. L’option de l’opposition est restée sur la table, face à celle d’une participation gouvernementale qu’il a qualifiée de difficile, avant de demander un mandat pour poursuivre la gestion des consultations.

Sur le volet électoral, le ton de Benabdallah a toutefois été radicalement différente, il a reconnu que l’orientation générale des autorités lors des élections législatives avait été celle de la non-intervention dans le processus électoral, aussi bien avant que pendant la campagne, estimant qu’il s’agissait d’une avancée par rapport aux scrutins précédents.

Après cette appréciation positive, Benabdallah a vivement critiqué ce qu’il a présenté comme l’utilisation de moyens financiers considérables par plusieurs candidats. Il a notamment évoqué le dépassement du plafond légal des dépenses électorales ainsi que le recours à des « pratiques corrompues » pour séduire les électeurs.

Le secrétaire général du PPS a également cité les événements survenus à Tanger comme une illustration, selon son appréciation politique, de ces pratiques. Une référence politiquement sensible au moment où son parti cherche à se frayer un chemin vers le gouvernement dont les négociations sont conduites par la dirigeante du PAM.

Benabdallah a par ailleurs soulevé la question du retard dans l’annonce des résultats et critiqué la remise tardive des procès-verbaux dans plusieurs circonscriptions, parfois jusque tard dans la nuit ou aux premières heures de la matinée, considérant cette situation comme contraire à la loi.

À travers ce discours, Benabdallah se retrouve ainsi face à une équation politique délicate : critiquer certains aspects ayant accompagné le processus électoral, dénoncer l’argent et les « pratiques corrompues », puis envisager une participation à un gouvernement issu des résultats de ce même scrutin.

L’équation devient d’autant plus sensible au regard du nouveau langage adopté par le secrétaire général du PPS pour évoquer les consultations avec El Mansouri. Après avoir reconnu l’existence d’importantes divergences au sein du Bureau politique, il parle désormais d’une « convergence profonde, solide et cohérente » des positions, ainsi que de « réponses responsables et rassurantes » reçues par son parti de la part de ses interlocuteurs.

Il a également fait état d’une « réceptivité et d’une interaction positives » autour des questions soulevées par le PPS, avant d’énumérer plusieurs points de convergence programmatique concernant notamment le pouvoir d’achat, les catégories vulnérables, la classe moyenne et les réformes sociales.

Ce discours ouvre largement la voie à une participation gouvernementale, d’autant que Benabdallah a demandé que le Bureau politique soit mandaté pour gérer la prochaine étape, plutôt que de faire trancher directement la question par le Comité central.

Le secrétaire général du « Livre » est ainsi appelé à concilier les deux dimensions d’un même discours politique : d’un côté, les critiques portant sur les conditions ayant entouré les élections, l’utilisation de l’argent, les « pratiques corrompues » et les retards dans la remise des procès-verbaux ; de l’autre, la mise en avant de la convergence, de la confiance et des réponses jugées rassurantes de la part de ceux qui conduisent les négociations pour la constitution du gouvernement.

La référence à Tanger renforce encore la portée politique du message dans cette phase sensible des négociations. Le rapport politique présenté n’attribue toutefois pas directement, dans le passage consacré à cet épisode, la responsabilité de ces faits au Parti authenticité et modernité (PAM), une nuance essentielle dans la lecture des déclarations de Benabdallah.

Cinq réunions du Bureau politique en une semaine, d’importantes divergences au départ, puis une large convergence, des réponses jugées « rassurantes » de la part des interlocuteurs et, enfin, une demande de mandat ouvert pour gérer la suite : autant d’éléments qui dessinent une trajectoire évoluant rapidement vers une clarification de la position du PPS vis-à-vis du nouveau gouvernement.

Si les négociations débouchent sur la participation du PPS au gouvernement El Mansouri, le discours électoral de Benabdallah sera lui-même soumis à l’épreuve de la comparaison : de sévères critiques sur le déroulement du scrutin face à une volonté de rejoindre l’exécutif issu de ses résultats. Benabdallah devra alors relever un défi politique de taille : expliquer la courte distance séparant son discours de contestation du langage de la « convergence profonde » et des « réponses rassurantes » à l’approche d’une éventuelle entrée au gouvernement.

Related Posts

Leave A Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *