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Pour Emmanuel Macron, une rentrée pleine de points d’interrogation

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Selon Les Échos du ce Lundi 21 Août 2023; Emmanuel Macron réunit à l’Elysée le Conseil des ministres de rentrée. Entre les projets de loi qui s’annoncent difficiles (immigration, budget 2024), la recherche de compromis avec les oppositions et la course à sa succession qui démarre fort, la reprise ne sera pas apaisée.

Jeudi 17 août, après la cérémonie du 79e anniversaire de la libération de Bormes-les-Mimosas, où il se rend tous les ans depuis 2018, Emmanuel Macron s’est offert un petit bain de foule.

Satisfaction pour le président : aucune casserole n’est venue s’incruster pour perturber le moment, comme cela avait été le cas à chacun de ses déplacements en France au printemps dernier, après la réforme des retraites. Mais les incertitudes de la rentrée vont rapidement se substituer à la douceur du Var pour le chef de l’Etat,qui réunit mercredi à l’Elysée le Conseil des ministres de rentrée.

La feuille de route du gouvernement est connue : elle a été détaillée par Emmanuel Macron lors du Conseil des ministres du 21 juillet, au lendemain du remaniement. Planification écologique, immigration, finances publiques, travail… Dans l’immédiat, le gouvernement doit gérer la canicule qui touche la moitié sud de la France en veillant à ne pas répéter les erreurs de 2003.

Après une première année marquée par la réforme des retraites,Emmanuel Macron veut embrayer rapidement. Mais au lendemain d’un remaniement à l’ampleur limitée – huit départs et autant d’arrivées – qui est loin d’avoir résolu le problème de la simple majorité relative à l’Assemblée nationale, dans la foulée du maintien sans réel enthousiasme d’Elisabeth Borne à Matignon, et après des émeutes au début de l’été dont l’ampleur a surpris tout le monde, la rentrée du chef de l’Etat comporte plus d’incertitudes que de lignes directrices.

Après avoir vu les cent jours « post-retraites » percutés par les émeutes de la fin du mois de juin, Emmanuel Macron essaie de reprendre la main. Début août, dans les colonnes du « Figaro Magazine », il a promis une « initiative politique d’ampleur » pour la fin de l’été, mais les contours en restent flous.

But de l’opération : après une année marquée par de fortes tensions sur les retraites mais aussi des compromis sur d’autres textes au Palais-Bourbon avec la droite et, parfois, une partie de la gauche, trouver des voies de passage avec les formations politiques de l’arc républicain, sur des sujets clés comme l’écologie, les services publics, le travail, l’ordre, le progrès, l’immigration. « Il va être obligé de donner une forme d’impulsion, car il a donné le sentiment de ne plus avoir la main au cours des derniers mois », analyse la politologue Chloé Morin.

Deux projets de loi s’annoncent particulièrement difficiles et feront figure d’épreuve de vérité : l’immigration et la loi de finances pour 2024. Sur le premier, le jeu de poker menteur avec Les Républicains (LR) va reprendre, après avoir défrayé la chronique tout au long de l’année dernière.

Un compromis respectant l’équilibre du projet semble aujourd’hui hors d’atteinte et l’ombre du 49-3 plane au-dessus du texte. Elle plane aussi sur le budget, qui promet des hausses d’impôts à même de hérisser la droite. A l’automne, le gouvernement Borne jouera sa survie, sous la menace constante d’une motion de censure de LR qui pourrait rassembler les voix des députés de gauche et du Rassemblement national. « Il n’y a pas de majorité de rechange », a martelé Emmanuel Macron fin juillet, à la télévision. L’offensive de Darmanin L’autre fait politique de la rentrée est l’offensive du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Après avoir échoué à prendre Matignon au début de l’été, l’élu du Nord va, pour la première fois, rassembler ses soutiens dimanche 27 août à Tourcoing, ville dont il a été maire avant d’entrer au gouvernement en 2017. Le locataire de la Place Beauvau entend faire une démonstration de force – une centaine de parlementaires, pas uniquement Renaissance, et plusieurs ministres sont attendus – pour se positionner en vue de l’élection présidentielle de 2027. « Ce qui m’intéresse, ce n’est plus de regarder ce qu’il s’est passé en 2017 et en 2022. Ce qui m’inquiète maintenant, c’est ce qui se passera en 2027 », a-t-il lâché la semaine dernière au « Figaro ».

L’offensive de Gérald Darmanin marque une étape supplémentaire, et significative, dans la course à la succession d’Emmanuel Macron, dont la fin du mandat n’est pourtant que dans trois ans et demi. Le danger pour le président sortant est de voir ses ministres et anciens ministres se déchirer dès maintenant pour tenter de lui succéder, au risque de créer un climat délétère au sein du gouvernement et de la majorité et une « chiraquisation » d’Emmanuel Macron, en référence au second mandat (2002-2007) de Jacques Chirac, marqué par les rivalités.

Edouard Philippe se prépare depuis le lancement de son mouvement, Horizons, il y a deux ans ; Bruno Le Maire est également sur la ligne de départ. Ils ne sont pas les seuls, dans un contexte où la gauche est plus divisée que jamais, LR encore très fragile et le RN de Marine Le Pen en position de force.

La première victime de cette offensive du ministre de l’Intérieur risque d’être Elisabeth Borne, dont la légitimité et l’autorité sont ressorties affaiblies par sa première année à Matignon et la réforme des retraites. « Les poids lourds du gouvernement ont besoin de se construire une autonomie propre pour peser après 2027 », note Chloé Morin.

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