La crise grandissante entre le Ministère de la Justice et l’Association des Barreaux du Maroc a franchi un nouveau palier de tension après l’annonce par cette dernière d’une série de mesures de protestation inédites. Ces décisions interviennent en réaction à ce qu’elle considère comme des déclarations offensantes tenues par le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, lors des discussions relatives au projet de loi régissant la profession d’avocat.
Dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion ouverte de son bureau à Rabat, l’Association a exprimé sa vive indignation face à ce qu’elle qualifie de « discours de stigmatisation et de dénigrement » visant les avocats et leurs institutions professionnelles. Elle estime que les récentes déclarations du ministre s’inscrivent dans une série de positions portant atteinte à la profession, à son statut constitutionnel et à son rôle dans la défense des droits et des libertés.
L’Association considère également que les accusations formulées par le ministre sous la Coupole du Parlement sont dépourvues de fondement objectif et constituent une tentative de discréditer les efforts déployés par les institutions représentatives des avocats pour préserver l’indépendance de la profession et défendre ses acquis.
Selon elle, ces déclarations s’inscrivent dans une logique de justification de la méthode adoptée par le ministère dans la conduite de la réforme de la profession, une approche jugée unilatérale et ne respectant pas les principes de concertation et de consensus avec les instances concernées.
Le communiqué consacre également une large place à la défense de la mutuelle des barreaux, présentée comme un acquis social et stratégique au bénéfice des avocats et de leurs familles. L’Association affirme que cette institution est soumise aux mécanismes légaux de contrôle financier et administratif et que les rapports officiels ont confirmé la régularité de sa gestion et la qualité de sa gouvernance.
Au-delà de la dénonciation des propos du ministre, l’Association a annoncé plusieurs mesures concrètes. Elle a notamment décidé de saisir le Chef du gouvernement afin de l’informer de ce qu’elle qualifie de discours accusateur et hostile à l’égard de la profession. Elle a également chargé la présidence de l’Association et celle de la mutuelle d’organiser une rencontre avec les médias afin d’exposer leur position et de répondre aux accusations formulées ces dernières semaines.
Dans ce qui apparaît comme la mesure la plus significative, l’Association a annoncé un arrêt national d’avertissement des prestations professionnelles durant une semaine complète, du 15 au 21 juin 2026. Elle justifie cette décision par la nécessité de défendre l’indépendance de la profession et de préserver ses institutions. L’organisation n’exclut pas, par ailleurs, le recours à des formes de protestation plus radicales si aucun dialogue sérieux n’est engagé autour du projet de loi.
Cette escalade illustre l’ampleur du désaccord entre les représentants de la profession et le ministère de la Justice quant à l’avenir de l’organisation du métier d’avocat et au contenu du nouveau texte législatif. Alors que le ministère affirme vouloir moderniser le cadre juridique de la profession et renforcer sa gouvernance, les avocats estiment que plusieurs dispositions envisagées portent atteinte à leur indépendance et affaiblissent le rôle de leurs institutions représentatives.
Dans un contexte où chaque partie campe sur ses positions, la crise semble appelée à se prolonger dans les semaines à venir. L’Association a d’ailleurs annoncé la poursuite de ses réunions afin d’évaluer l’évolution de la situation et d’adopter les mesures qu’elle jugera nécessaires pour défendre une profession qu’elle veut « forte, libre et indépendante ».






