La vague de mécontentement et de protestation se poursuit depuis l’ouverture du nouveau siège du bureau de liaison israélien à Rabat. Des observateurs estiment que cette démarche intervient à un moment particulièrement sensible pour la cause palestinienne, alors que la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza se poursuit.
Les protestataires considèrent que la réactivation du bureau témoigne de la poursuite du processus officiel de normalisation, malgré les manifestations et les actions organisées au Maroc pour s’y opposer. Ils estiment également que les justifications et les références à la « paix » utilisées pour promouvoir cette normalisation ont désormais perdu leur fondement, selon Aziz Hnaoui, secrétaire général de l’Observatoire marocain contre la normalisation. Pour Mouad El Jahri, coordinateur national du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation, cette démarche s’inscrit dans une série de formes de coopération maroco-israélienne appelées, selon lui, à s’élargir.
Mouad El Jahri, coordinateur national du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation, a déclaré que l’ouverture du nouveau siège du bureau de liaison israélien à Rabat « vient confirmer la persistance du régime marocain dans sa coopération avec l’entité sioniste, malgré tous les crimes graves qu’elle a commis et continue de commettre contre le peuple palestinien ».
Dans une déclaration a la presse; El Jahri a ajouté que cette coopération « se manifeste à travers des démarches programmées pour être mises en œuvre prochainement ». Il a notamment évoqué une visite qui serait prévue du vice-ministre israélien des Affaires étrangères au Maroc, ainsi que la reprise des vols entre Tel-Aviv et Marrakech à raison de deux vols par semaine.
Il a également évoqué la participation de la société israélienne d’industrie aéronautique « IAI » à un salon qui devrait se tenir à Marrakech au début du mois d’octobre. Selon lui, le Maroc avait déjà conclu avec cette entreprise des accords portant sur l’acquisition d’armements. El Jahri considère que ces démarches s’inscrivent dans la continuité du processus de normalisation engagé précédemment entre Rabat et Tel-Aviv. Il cite notamment l’adhésion précoce du Maroc au « Conseil de la paix », sa participation aux « forces de soutien à la stabilité à Gaza », ainsi que la réalisation d’essais d’armes israéliennes et américaines à Tan-Tan.
Ces développements interviennent également, selon lui, dans le contexte de la création du « Centre africain d’entraînement et d’expérimentation multidomaine », connu sous l’acronyme « AMTEC » à Tan-Tan. Ce centre a été créé dans le cadre d’un mémorandum d’entente entre les Forces armées royales marocaines et le commandement américain pour l’Afrique. Selon les données officielles américaines, il est consacré à l’entraînement, à l’expérimentation et à l’innovation dans plusieurs domaines militaires.
De son côté, Aziz Hnaoui, secrétaire général de l’Observatoire marocain contre la normalisation, a déclaré que celui-ci « condamne cette démarche qui traduit la poursuite de la normalisation avec l’entité sioniste terroriste et criminelle, malgré les massacres et les tueries commis contre le peuple palestinien ».
Hnaoui a évoqué les chiffres relatifs aux victimes à Gaza ainsi que les destructions provoquées par la guerre, avant d’estimer que les références à la « paix » sur lesquelles reposait le processus de normalisation n’existent plus. Il a expliqué que ces références comprenaient notamment « la solution à deux États, Jérusalem-Est, le droit au retour, etc. », considérant qu’Israël a remis en cause ces fondements à travers ses politiques et ses positions officielles. Hnaoui a déclaré que « le bureau de liaison continue d’exister, et qu’il est même inauguré après avoir été largement aménagé », ajoutant que cela intervient « malgré les manifestations du peuple marocain et son rejet de la normalisation ».
Il a qualifié cette inauguration de « démarche misérable », affirmant qu’elle est rejetée par le peuple marocain et qu’elle ne saurait, selon lui, passer inaperçue. Il s’est également arrêté sur la présence du drapeau israélien dans le bâtiment, affirmant que le bureau « n’a pas pu hisser le drapeau israélien sioniste bien haut sur une façade ou un mât, mais l’a maintenu à une faible hauteur ». Hnaoui estime que cette situation revêt une portée symbolique, affirmant que « l’abaissement du drapeau du prétendu bureau de liaison sioniste symbolise un bureau dont le statut a été usurpé et imposé au Maroc, et que les Marocains n’accepteront en aucun cas ».
De son côté, El Jahri estime que le processus de normalisation avec Israël « se fait bien entendu contre la volonté du peuple marocain ». Il affirme que les Marocains ont exprimé, à travers « diverses manifestations et marches massives », ainsi que par l’intermédiaire d’organisations et de forces civiles, leur « rejet absolu de la normalisation avec l’entité sioniste criminelle ». Le coordinateur national du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation a également réaffirmé la poursuite de la mobilisation contre la normalisation, déclarant : « Il ne fait aucun doute que la lutte de notre peuple se poursuivra et aboutira à l’expulsion des sionistes de notre pays ».
À noter que l’équipe du bureau de liaison israélien a déménagé dans un nouveau siège situé avenue Mehdi Ben Barka, dans le quartier Souissi à Rabat, après avoir quitté ses anciens locaux situés avenue Annakhil, dans le quartier Hay Riad. Le nouveau siège se trouve dans une zone qui abrite plusieurs ambassades et missions diplomatiques étrangères. Le même secteur avait déjà accueilli le bureau de liaison israélien durant la période précédente des relations officielles entre le Maroc et Israël, dans les années 1990.
Le mercredi 12 août 2026 au matin, le bâtiment a connu ce qui semblait être une ouverture opérationnelle, avec l’arrivée de plusieurs employés, parallèlement à une présence sécuritaire renforcée aux alentours, ainsi qu’à la présence d’agents de sécurité privée. Selon les constatations effectuées sur place, certains travaux d’aménagement se poursuivaient encore aux abords du bâtiment, notamment au niveau de l’entrée. Des caméras de surveillance étaient également visibles sur le toit de l’édifice. Un drapeau israélien était par ailleurs visible à l’intérieur du bâtiment, mais semblait partiellement dissimulé aux regards depuis l’extérieur et installé à une faible hauteur, selon les constatations sur place.






