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UIT : le mystère persiste autour du département des sciences de l’information et de la communication

Alors que l’Université Ibn Tofail de Kénitra s’apprête à accueillir les nouveaux bacheliers au titre de l’année universitaire 2026-2027, une interrogation persiste et prend désormais une dimension institutionnelle : qu’est devenu le département des sciences de l’information et de la communication, dont la création avait été approuvée par le conseil de l’université ?

Pour la deuxième année consécutive, cette structure ne figure pas dans la carte universitaire de l’établissement. Une absence qui interpelle les futurs étudiants et leurs parents, mais également la communauté universitaire et, au-delà, les responsables chargés de l’élaboration et de la validation de l’offre pédagogique.

Le dossier soulève une série de questions auxquelles aucune réponse publique suffisamment détaillée ne semble, à ce jour, avoir été apportée : comment une création approuvée par le conseil de l’université a-t-elle pu ne jamais apparaître dans l’offre de formation ? Quelles procédures restent à accomplir ? Quelle autorité est compétente pour en décider l’activation ? Et pourquoi le dossier demeure-t-il en suspens ?

Le point de départ de cette affaire remonte au 23 janvier 2025. Lors de sa quatrième session du huitième mandat, le conseil de l’Université Ibn Tofail aurait approuvé la décision n° 59/25, portant création du département des « sciences de l’information et de la communication » au sein de la Faculté des Lettres, des Langues et des Arts.

L’information ne relève donc pas d’une simple annonce informelle ou d’un projet resté au stade de l’intention. Elle a également fait l’objet d’une question écrite au Parlement, adressée au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. L’approbation de cette décision devait logiquement ouvrir la voie à sa mise en œuvre administrative et pédagogique, puis à l’intégration du département dans l’offre universitaire destinée aux étudiants. Pourtant, quelques mois plus tard, le département demeurait absent.

La surprise fut particulièrement grande lors de la publication de l’offre de formation au titre de l’année universitaire 2025-2026. Malgré la décision prise quelques mois auparavant par le conseil de l’université, le département des sciences de l’information et de la communication n’apparaissait pas dans la carte universitaire. Selon les éléments évoqués dans les données parlementaires, la note ministérielle n° 25/158 du 29 juillet 2025 ne comprenait pas ce département.

Dès lors, la problématique changeait de nature. Il ne s’agissait plus de s’interroger sur l’opportunité de créer une nouvelle structure, puisque sa création avait déjà été approuvée au niveau universitaire. La véritable question devenait celle de son non-aboutissement administratif et institutionnel.

Saisie du dossier, la Chambre des représentants a obtenu une réponse gouvernementale le 7 mai 2026. Dans cette réponse, le ministère n’a pas retenu la notion de « gel » du département. La non-intégration de celui-ci serait plutôt liée au non-achèvement des procédures réglementaires requises. Cette explication apporte un élément de réponse, mais laisse subsister plusieurs zones d’ombre.

Quelles sont précisément les procédures qui n’ont pas été finalisées ? Des observations ont-elles été formulées à l’encontre du projet ? Si oui, lesquelles ? Ces observations concernent-elles les aspects pédagogiques, administratifs ou réglementaires ? Le conseil de l’université en a-t-il été officiellement informé ? Le dossier a-t-il été retourné à l’établissement afin de procéder aux éventuelles corrections nécessaires ?

Autant de questions qui méritent des réponses précises, notamment parce qu’elles concernent directement l’avenir académique de plusieurs générations d’étudiants. L’affaire prend une dimension particulière lorsqu’on examine l’histoire académique de l’Université Ibn Tofail dans le domaine de l’information, du journalisme et de la communication. L’établissement dispose déjà d’une expérience significative dans ce secteur. La Faculté des Lettres, des Langues et des Arts a notamment proposé par le passé une formation universitaire spécialisée dans la presse écrite et électronique.

L’université a également développé un Master en journalisme et médias, comprenant des enseignements consacrés notamment au journalisme d’investigation, aux nouveaux médias numériques, aux systèmes de gestion de contenu ainsi qu’à l’éthique et à la législation des médias. Cette dynamique s’est poursuivie au niveau doctoral avec une formation intitulée « Journalisme et nouveaux médias », autour de problématiques liées aux transformations numériques du paysage médiatique.

L’université a ainsi constitué, au fil des années, un capital pédagogique et scientifique dans un domaine aujourd’hui au cœur des mutations technologiques. Le paradoxe est donc manifeste : comment une institution qui dispose d’une expérience de formation et de recherche allant jusqu’au doctorat dans le domaine des médias et de la communication peut-elle se retrouver sans département dédié à cette discipline dans son offre destinée aux nouveaux bacheliers ?

Le contraste apparaît encore davantage lorsqu’on observe l’activité scientifique récente de l’établissement. En 2026, plusieurs travaux doctoraux soutenus à l’Université Ibn Tofail ont porté sur des problématiques directement liées à l’information, à la communication et aux transformations numériques : intelligence artificielle dans les médias, communication gouvernementale numérique, création de contenus numériques ou encore éducation aux médias et lutte contre les fausses informations sur les plateformes numériques.

Autrement dit, l’université ne semble pas dépourvue de compétences, de chercheurs ou d’expertise dans ce domaine. Elle dispose d’enseignants, de formations antérieures, de travaux scientifiques et d’une expérience accumulée. D’où une interrogation supplémentaire : pourquoi cet acquis ne peut-il pas être mobilisé au bénéfice des nouveaux bacheliers souhaitant s’orienter vers les sciences de l’information et de la communication ?

Au-delà des procédures administratives et des compétences institutionnelles, ce sont les étudiants qui se retrouvent directement confrontés aux conséquences de cette situation. Pour un nouveau bachelier, les questions de procédures réglementaires ou de validation administrative sont secondaires. Sa préoccupation est beaucoup plus concrète : où peut-il poursuivre les études correspondant à son projet académique ?

Pour les étudiants de Kénitra et des provinces voisines, l’Université Ibn Tofail représente naturellement une institution de proximité. L’absence du département peut ainsi contraindre certaines familles à envisager une inscription dans une autre ville, avec les dépenses supplémentaires que cela implique en matière de logement, de transport et de vie universitaire. Pour certains étudiants, cette situation peut également remettre en question une orientation construite depuis plusieurs années.

La publication de la nouvelle note ministérielle du 31 juillet 2026, relative à l’inscription des nouveaux étudiants dans les établissements universitaires à accès ouvert pour l’année 2026-2027, remet une nouvelle fois le dossier au centre des interrogations. La nouvelle campagne d’inscription implique notamment la publication et la mise à jour des offres de formation destinées aux futurs étudiants. Or, une nouvelle fois, le département des sciences de l’information et de la communication n’apparaît pas dans la carte universitaire de l’Université Ibn Tofail. Après une première absence en 2025-2026, cette situation se prolonge donc pour une deuxième année consécutive.

Le projet est-il simplement reporté ? Est-il suspendu dans l’attente d’une régularisation ? A-t-il fait l’objet d’un refus ? Ou certaines étapes administratives doivent-elles encore être accomplies ? La différence entre ces différentes hypothèses n’est pas anodine. Pour les étudiants et leurs familles, elle conditionne directement leurs choix d’orientation. Le dossier ne constitue d’ailleurs plus une simple revendication interne à l’université.

Dès octobre 2025, le député Brahim Aaba avait adressé une question écrite concernant le sort du département des sciences de l’information et de la communication à l’Université Ibn Tofail, en interrogeant le gouvernement sur les raisons ayant empêché la mise en œuvre de la décision prise par le conseil de l’université. Le dossier est ensuite réapparu dans les échanges parlementaires en 2026, notamment autour de la relation entre la décision du conseil universitaire et l’élaboration de la carte pédagogique.

Cette dimension parlementaire confère désormais à l’affaire une portée qui dépasse largement le cadre d’une revendication estudiantine locale. Qui décide, finalement ? Au cœur du dossier se trouve une question fondamentale relative à la gouvernance universitaire.Si le conseil de l’université approuve la création d’un département, quelle est la portée exacte de cette décision ?

Si cette approbation ne suffit pas à permettre son inscription dans la carte universitaire, quelles sont les étapes complémentaires prévues par la réglementation ? Quelle instance intervient ensuite ? Quel est le rôle respectif de l’université et du ministère de tutelle ? À quel moment une décision universitaire devient-elle effectivement opérationnelle ?

Ces interrogations renvoient à une problématique plus large : celle de l’autonomie des universités, de la répartition des compétences entre les établissements et l’administration centrale, ainsi que de la transparence des procédures de création et d’accréditation des formations. L’enjeu n’est pas de mettre en opposition l’université et le ministère, mais de déterminer avec précision le cheminement institutionnel d’une décision et les responsabilités de chaque partie.

Si le projet n’a pas pu aboutir, ils souhaitent connaître les raisons précises. Si des réserves ont été émises, ils demandent qu’elles soient identifiées. Si des documents ou procédures sont encore nécessaires, ils souhaitent savoir lesquels. Et si le projet demeure réalisable, ils veulent connaître les conditions permettant son intégration dans une prochaine carte universitaire. L’absence prolongée d’informations précises entretient, au contraire, une forme d’incertitude autour du dossier.

Plus d’un an et demi après la décision du conseil de l’Université Ibn Tofail, alors que le dossier a déjà fait l’objet d’interrogations parlementaires et que le département demeure absent de la carte universitaire pour la deuxième année consécutive, la question prend une dimension nouvelle. Il ne s’agit désormais plus seulement de savoir où se trouve un département universitaire. Il s’agit de comprendre comment une décision adoptée par une instance universitaire peut rester sans traduction concrète dans l’offre de formation, quelles sont les procédures qui encadrent sa mise en œuvre et quelles autorités disposent du pouvoir de décision final.

Pour les familles, l’enjeu est également celui du droit à une information claire sur les formations accessibles aux étudiants, de l’égalité des chances et de la prévisibilité des parcours universitaires. Dans une discipline profondément transformée par le numérique, l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux et les nouvelles plateformes médiatiques, la question de la formation aux métiers de l’information et de la communication revêt par ailleurs une importance particulière. L’Université Ibn Tofail possède déjà un patrimoine académique et scientifique conséquent dans ce domaine. Son conseil a approuvé la création d’un département dédié. Pourtant, deux années universitaires plus tard, celui-ci demeure absent de la carte.

Où est passé le département des sciences de l’information et de la communication de l’Université Ibn Tofail, et pourquoi sa création n’a-t-elle toujours pas été concrétisée ? Une réponse claire du gouvernement, du ministère de tutelle et de l’université permettrait non seulement de lever les incertitudes des étudiants et de leurs familles, mais également d’éclairer le fonctionnement des mécanismes de décision qui régissent aujourd’hui l’enseignement supérieur marocain.

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