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Incendies en Algérie : 12 morts, et la question des moyens aériens reste sans réponse

Les incendies se sont de nouveau imposés au cœur de l’actualité en Algérie, où une nouvelle vague de feux de forêt et de végétation s’est transformée en tragédie humaine, faisant 12 morts et des dizaines de blessés. Un drame qui remet au premier plan une question récurrente chaque été : pourquoi les incendies continuent-ils à faire des victimes dans un pays disposant d’importantes ressources financières et ayant annoncé, depuis plusieurs années, le renforcement de sa flotte aérienne destinée à la lutte contre les feux ?

Le ministre algérien de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a annoncé que le bilan s’était alourdi à 12 morts : cinq à Jijel, quatre à Béjaïa et trois à Tizi Ouzou. Un bilan ultérieur a également fait état de 54 blessés. La Protection civile avait annoncé, mercredi après-midi, l’enregistrement de 131 incendies dans 15 wilayas, avant que des données ultérieures ne portent ce nombre à 159 foyers.

Il ne s’agit pas d’une journée isolée. Les communiqués officiels témoignent d’une pression continue au cours de la semaine : la Protection civile a recensé 60 incendies de végétation entre les 23 et 24 août, puis 74 incendies entre les 24 et 25 août, avant la forte explosion du nombre de foyers mercredi. Jusqu’aux premières heures de jeudi, les autorités n’avaient pas publié de bilan définitif et consolidé des superficies brûlées, exprimées en hectares, tandis que les opérations d’extinction et d’évacuation se poursuivaient dans plusieurs régions.

Cette nouvelle vague intervient après une autre série d’incendies survenue en juillet dernier, qui avait fait six morts. La Protection civile avait également annoncé, le 28 juillet, avoir maîtrisé 1.968 incendies déclarés depuis le 8 juillet, dont 667 feux de forêts, de broussailles et de maquis, ainsi que 1.301 incendies ayant touché des cultures agricoles, des arbres fruitiers et des palmeraies. Le bilan humain connu des deux vagues d’incendies de juillet et août 2026 s’élève ainsi à au moins 18 morts.

La mémoire algérienne reste marquée par des bilans encore plus lourds. En 2022, le ministère de l’Intérieur avait annoncé 47 décès, 1.607 foyers d’incendie et près de 28.000 hectares détruits. En juillet 2023, les incendies avaient fait à eux seuls 34 morts, dont dix militaires, tandis que la superficie touchée durant la saison 2023 avait dépassé 41.000 hectares.

Les dégâts ont fortement diminué au cours des deux saisons suivantes. En 2024, la Direction générale des forêts avait recensé 732 foyers ayant détruit environ 3.484 hectares, soit l’un des niveaux les plus bas depuis l’indépendance. En 2025, la superficie affectée avait atteint près de 5.289 hectares.

Toutefois, la baisse des surfaces brûlées durant deux années ne fait pas disparaître la question de l’adéquation des moyens d’intervention aérienne à l’étendue du territoire algérien et à ses capacités financières. Depuis les incendies de 2021, les autorités ont annoncé l’acquisition d’avions Beriev Be-200 et AT-802 Air Tractor, ainsi que le recours à des hélicoptères militaires. Une partie de ces moyens reste néanmoins limitée en capacité d’emport ou n’est pas spécifiquement conçue pour des opérations intensives de lutte aérienne contre les incendies, ce qui pose la question de leur suffisance lorsque des dizaines de foyers éclatent, en quelques heures, dans des wilayas éloignées les unes des autres.

Compte tenu de l’étendue du pays et de ses quelque 4,1 millions d’hectares de forêts, le problème ne résiderait donc pas uniquement dans l’absence de moyens, mais également dans la manière dont ils sont mobilisés et dans l’ampleur des investissements effectivement consacrés à la construction d’un véritable système de lutte aérienne adapté aux risques.

Avec ses ressources financières, l’Algérie aurait pu mettre en place une flotte plus importante et progressive d’avions spécialisés dans la lutte contre les incendies, de type Canadair ou équivalent, répartie sur plusieurs bases et capable d’intervenir rapidement et simultanément. Un tel dispositif pourrait également s’accompagner d’un renforcement des systèmes d’alerte précoce, de la prévention, des pistes forestières et des capacités d’intervention locales.

Le dossier des incendies a également revêtu une dimension politique ces dernières années. Après la catastrophe de 2021, le discours officiel algérien avait développé la thèse du « complot », accusant notamment les mouvements MAK et Rachad. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Ramtane Lamamra, avait alors affirmé que le Maroc coopérait avec ces deux mouvements, tandis que les médias officiels avaient évoqué des soutiens extérieurs, notamment du Maroc et d’Israël.

En 2024, le délégué national aux risques majeurs, Hamid Afra, avait pour sa part déclaré que les incendies de forêt en Algérie étaient d’« origine humaine », qu’il s’agisse d’actes criminels volontaires ou de comportements involontaires.

Entre les promesses répétées de renforcer la flotte aérienne, les acquisitions effectivement réalisées et le retour des incendies meurtriers en 2026, la tragédie actuelle pose une question fondamentale : celle de la capacité de l’État algérien à transformer ses moyens matériels en un véritable système de prévention et de réponse, capable d’empêcher que chaque nouvel été ne reproduise les mêmes scènes d’évacuation, de deuil et d’attente avant l’extinction du dernier foyer d’incendie.

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