La restructuration du paysage universitaire marocain et la concrétisation de la justice spatiale exigent du temps, de la méthode et d’imposants moyens financiers et humains. C’est en substance le message délivré par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Azzedine El Midaoui, devant les parlementaires. Répondant aux critiques relatives au rythme d’exécution des projets, le ministre a tranché d’emblée : le gouvernement ne dispose d’aucune « baguette magique » pour éponger les déficits cumulés du secteur en l’espace d’un an ou deux.
Une refonte fondée sur la rationalité scientifique
Fini le temps de la prolifération anarchique d’antennes universitaires pour satisfaire des doléances locales, assure le ministre. La tutelle privilégie désormais une démarche globale pour redessiner la carte universitaire sur la base d’indicateurs objectifs.
Face à la pression de l’hémicycle, Azzedine El Midaoui a rappelé que l’émergence d’un établissement requiert un processus rigoureux : études techniques, assise foncière, mobilisation des ressources et bouclage des procédures réglementaires. Le bilan d’étape reste toutefois ambitieux : sur la période 2025-2026, le ministère a finalisé le projet de carte universitaire et le Schéma directeur de l’enseignement supérieur, tout en engageant la création de 81 nouveaux établissements — entre réalisations effectives et projets programmés d’ici la fin de l’année.
Redécoupage territorial : Draâ-Tafilalet et l’éclatement d’Ibn Zohr
Le nouveau découpage répond à une logique de proximité et de spécialisation économique :
Draâ-Tafilalet : Cap sur la création d’une université autonome à Errachidia. Les établissements implantés à Ouarzazate, Zagora et Tinghir quitteront le giron de l’Université Ibn Zohr d’Agadir pour rejoindre le futur pôle régional. Dans cette configuration, Ouarzazate fera office de pôle universitaire d’appui, rapprochant l’offre de formation des spécificités socio-économiques locales.
Université Ibn Zohr (Agadir) : Le géant universitaire du Sud s’apprête à être scindé en cinq entités distinctes pour désengorger ses structures : Laâyoune, Dakhla, Guelmim, ainsi que deux universités distinctes situées à Agadir et Aït Melloul.
Safi : Une université indépendante verra également le jour pour désengorger les grands centres urbains nationaux.
Démarrage pragmatique dans des locaux provisoires
Pour contourner les retards de chantier et éviter aux étudiants d’attendre trois à quatre ans la livraison de bâtiments définitifs, le ministère a opté pour un déploiement en parallèle : le lancement effectif des cours s’effectue dans des structures provisoires mobilisées en coordination avec d’autres départements ministériels (Agriculture, Jeunesse et Sports).
Cette approche pragmatique s’accompagne du recrutement progressif des corps pédagogique et administratif pendant que se poursuivent les travaux de construction, comme c’est déjà le cas sur les sites de Taza et Taounate.
Justice spatiale n’est pas synonyme d’hyper-proximité
Recadrant le débat institutionnel, Azzedine El Midaoui a tenu à préciser que la justice spatiale ne signifie pas l’implantation d’une université dans chaque province. Une telle démarche isolerait les étudiants dans leur périmètre d’origine et restreindrait la mobilité académique. L’équilibre réside, selon lui, dans la création d’établissements performants, capables de répondre aux besoins régionaux tout en attirant des talents à l’échelle nationale et internationale.
Equivant la polémique en séance plénière sur les bourses, le logement étudiant ou la recherche scientifique, le ministre s’est dit prêt à aborder ces dossiers complexes au sein de la commission parlementaire spécialisée. Il a conclu en rappelant que la refonte en cours s’inscrit dans la continuité de la Vision stratégique 2015-2030 et de la loi-cadre de l’éducation, appelant à une convergence étroite entre la tutelle, les présidences d’universités et les autorités territoriales pour garantir la durabilité des investissements publics.






