Les chiffres contenus dans le projet de loi de finances 2027 mettent en lumière la persistance des déséquilibres financiers qui pèsent sur le pôle audiovisuel public marocain. La Société nationale de radiodiffusion et de télévision et Soread 2M ont clôturé l’année 2025 avec des pertes nettes cumulées de 487 millions de dirhams, malgré la progression de certaines recettes, les opérations de soutien financier et les restructurations engagées.
La SNRT a terminé l’exercice 2025 sur une perte nette de 131 millions de dirhams, contre 410 millions en 2024. De son côté, Soread 2M a enregistré un déficit net de 356 millions de dirhams, quasiment stable par rapport aux 360 millions de l’année précédente.
Si la situation de la SNRT s’est améliorée par rapport à 2024, ses comptes continuent de soulever des interrogations sur sa capacité à atteindre l’équilibre financier.
Son chiffre d’affaires a pourtant progressé de 53 %, passant de 439 millions de dirhams en 2024 à 672 millions en 2025. Cette hausse n’a toutefois pas suffi à dégager un résultat positif.
L’augmentation des revenus provient notamment du produit de la taxe destinée à la promotion du paysage audiovisuel, qui a atteint 428 millions de dirhams. Sur ce montant, 155,5 millions correspondent à des arriérés versés par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable au titre de la période 2022-2024.
Malgré une réduction de 68 % de la perte nette, l’activité d’exploitation de la SNRT reste déficitaire. Son résultat d’exploitation s’est établi à moins 303,2 millions de dirhams en 2025, contre moins 581,1 millions un an auparavant.
La situation de 2M apparaît encore plus tendue.
Le chiffre d’affaires de la chaîne a reculé de 10 % pour s’établir à 375 millions de dirhams, dont 357 millions issus des recettes publicitaires. Son résultat d’exploitation a, lui, affiché une perte de 303 millions de dirhams.
La perte nette de 356 millions de dirhams représente ainsi un montant presque équivalent à l’ensemble de son chiffre d’affaires annuel, malgré une présence toujours forte sur le marché publicitaire.
Pour renforcer sa structure financière, le capital de Soread 2M a été augmenté de 1,102 milliard de dirhams, passant de 359 millions à 1,461 milliard de dirhams, notamment grâce à la conversion de créances détenues par l’État en capital.
Les besoins liés au fonctionnement courant ont également nécessité la mobilisation de 221 millions de dirhams sous forme d’avances en comptes courants d’associés, ce qui témoigne de la persistance des besoins de financement de l’entreprise.
Les indicateurs d’audience montrent pourtant que les médias publics conservent une place importante dans les habitudes des Marocains.
En 2025, les téléspectateurs ont passé en moyenne trois heures et 48 minutes par jour devant la télévision. Sur cette durée, 38 minutes ont été consacrées aux chaînes de la SNRT, qui ont enregistré une part d’audience de 16 %.
Les radios du groupe ont pour leur part atteint 28 % de part d’écoute.
2M a conservé une part d’audience proche de 25 % et capté 65,8 % des investissements publicitaires télévisés bruts. Malgré cette position dominante sur le marché publicitaire, la chaîne a continué à accumuler d’importantes pertes.
Les productions nationales ont représenté environ 82 % de sa grille de programmes au cours de la même année.
Le développement numérique des médias publics n’a pas non plus suffi à redresser leurs comptes.
À la fin de 2025, la chaîne Al Aoula comptait environ 3,3 millions d’abonnés sur YouTube, tandis que la plateforme « Forja » avait enregistré 55 millions de vues et 4,3 millions d’utilisateurs cumulés.
La chaîne d’information de la SNRT a atteint 26,9 millions de vues sur YouTube.
De son côté, 2M comptait 10,1 millions d’abonnés sur la plateforme, soit 800.000 de plus qu’en 2024.
Ces performances numériques illustrent une progression de l’audience en ligne, mais posent également la question de leur rentabilité et de leur capacité à générer de nouvelles ressources susceptibles de réduire la dépendance au financement public.
Parallèlement, les investissements de la SNRT ont diminué, passant de 283 millions de dirhams en 2024 à 197 millions en 2025.
Sur ce montant, 109,7 millions ont été consacrés aux équipements audiovisuels, 32,2 millions aux équipements de diffusion télévisuelle et 54,8 millions aux équipements informatiques, aux logiciels, aux travaux d’aménagement et à d’autres immobilisations.
Ces résultats interviennent alors que la restructuration du pôle audiovisuel public se poursuit.
Le processus comprend notamment l’intégration de Medi 1 TV et de Radio Méditerranée Internationale, ainsi que le regroupement progressif des différentes composantes du secteur sous l’égide de la SNRT.
Le 24 avril 2026, les participations détenues par l’État dans Soread 2M ont été transférées à la SNRT, faisant de cette dernière l’actionnaire majoritaire de la deuxième chaîne dans le cadre du projet d’unification des ressources et des moyens du pôle public.
Les perspectives pour 2026 renforcent toutefois les inquiétudes.
Les documents accompagnant le PLF 2027 tablent sur un recul du chiffre d’affaires de la SNRT à 624 millions de dirhams, contre 672 millions en 2025.
Surtout, les pertes pourraient atteindre 463 millions de dirhams en 2026, contre 131 millions un an plus tôt, soit une multiplication par plus de trois et demi.
Ces chiffres montrent que les difficultés du pôle audiovisuel public ne relèvent plus seulement d’un problème de revenus ou d’audience. Elles posent aussi la question du modèle économique, de la maîtrise des charges et de l’efficacité des restructurations engagées.
Alors que les audiences restent importantes et que la présence numérique progresse, l’enjeu devient désormais de savoir si la réorganisation du secteur permettra réellement de réduire les déficits ou si elle se limitera à déplacer les déséquilibres financiers d’une structure à une autre.






