Le roi Mohammed VI a nommé, vendredi, Samir Belfkih ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, tout en lui confiant la fonction de porte-parole du nouveau gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri. Cette nomination propulse l’universitaire et dirigeant du Parti authenticité et modernité au premier plan de l’exécutif après un parcours mêlant recherche académique, expérience parlementaire et responsabilités territoriales.
Samir Belfkih succède ainsi à Fatima Ezzahra El Mansouri, qui dirigeait ce département depuis 2021 avant son accession à la tête du gouvernement. Il remplace également Mustapha Baitas dans la fonction de porte-parole de l’exécutif.
Figure à la fois politique et académique du PAM, Belfkih a déjà siégé au bureau politique de la formation et s’était porté candidat au secrétariat général du parti en 2020. Ces dernières années, il avait progressivement retrouvé une place importante dans la vie organisationnelle et politique du parti.
Originaire de Sefrou, le nouveau ministre a construit une grande partie de son parcours dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. Ses travaux et responsabilités se sont notamment concentrés sur les questions de formation, d’enseignement supérieur et d’évaluation des politiques éducatives.
Il a exercé comme chercheur et enseignant dans plusieurs établissements marocains et français, notamment aux universités Montpellier II et Lille II, ainsi qu’à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès. Il a ensuite rejoint l’Université Ibn Tofail de Kénitra, où il a dirigé une équipe de recherche scientifique.
Samir Belfkih a également dirigé l’École nationale supérieure d’arts et métiers de Rabat, relevant de l’Université Mohammed V. À la tête de cet établissement spécialisé dans la formation d’ingénieurs et la recherche dans les secteurs industriels et technologiques, il a participé à plusieurs initiatives visant à rapprocher les cursus de formation des besoins des entreprises, particulièrement dans les domaines de l’industrie, de l’innovation et de la transformation numérique.
Son expérience s’est aussi étendue au Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Il y a siégé en tant que membre et présidé la commission permanente chargée de la gouvernance, prenant part aux débats portant sur la réforme de l’enseignement, le financement du système éducatif et le développement de la recherche scientifique. Son entrée dans la vie parlementaire remonte aux élections législatives de 2011, lorsqu’il avait été élu député sous les couleurs du Parti authenticité et modernité sur la liste nationale.
Entre 2011 et 2016, il a notamment siégé au sein de la Commission de l’intérieur, des collectivités territoriales, de l’habitat et de la politique de la ville. Un passage qui lui avait permis de travailler sur plusieurs dossiers aujourd’hui directement liés aux compétences du ministère qu’il s’apprête à diriger.
Son activité parlementaire avait également porté sur des questions telles que la réforme des programmes scolaires, le respect des normes environnementales par les entreprises industrielles et différents dossiers de politiques publiques.
Belfkih a ensuite acquis une expérience dans la gestion territoriale en tant que membre du Conseil de la région Rabat-Salé-Kénitra, où il a présidé l’instance chargée du développement économique. Une fonction qui l’a conduit à travailler notamment sur les questions d’investissement et de développement territorial.
En janvier 2016, il intègre le bureau politique du PAM avant de se présenter, quatre ans plus tard, à la succession à la tête du parti lors du quatrième congrès national organisé à El Jadida en février 2020.Il avait alors affronté plusieurs candidats, dont Abdellatif Ouahbi, avant d’annoncer son retrait de la course et sa démission de ses responsabilités partisanes, dénonçant à l’époque l’absence, selon lui, de conditions permettant une compétition démocratique satisfaisante. Le congrès s’était finalement achevé par l’élection d’Abdellatif Ouahbi au secrétariat général.
Samir Belfkih est par la suite revenu au premier plan du PAM. En 2026, il figurait de nouveau parmi les membres du bureau politique et participait régulièrement aux discussions consacrées au renouvellement du fonctionnement partisan, à la réforme des institutions et au renforcement de la confiance dans la vie politique.
En juillet dernier, lors d’une rencontre organisée par la Fondation Fkih Tetouani, il avait notamment appelé à revoir les méthodes de travail politique et à améliorer les performances des partis et des institutions représentatives, estimant que les transformations sociales et économiques imposaient une adaptation des mécanismes de gestion des affaires publiques.
Quelques semaines plus tard, il défendait le bilan du PAM en rappelant que le parti avait passé près de treize années dans l’opposition avant cinq années de participation à la gestion gouvernementale. En septembre, il avait également présenté plusieurs axes du programme électoral de la formation sous le slogan « Pour changer de trajectoire ».
Son arrivée à la tête du ministère de l’Aménagement du territoire intervient dans un contexte où les villes marocaines font face à une pression croissante sur le logement, le foncier et les infrastructures. L’expansion urbaine rapide, les besoins en logements, la révision des documents d’urbanisme et la lenteur de certaines procédures administratives figurent parmi les principaux chantiers qui attendent le nouveau ministre.
Il travaillera aux côtés de Fatima Saadi, nommée ministre déléguée chargée de l’Habitat et de la Politique de la ville, dans le cadre de la nouvelle répartition des compétences au sein de l’exécutif. Parmi les dossiers prioritaires figurent la modernisation de la législation urbanistique, l’accélération de l’élaboration des documents de planification, l’amélioration de la coordination entre agences urbaines, collectivités territoriales et administrations centrales ainsi que l’encadrement de l’investissement immobilier.
Ces problématiques prennent une dimension particulière dans des régions connaissant une forte croissance urbaine, notamment Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. L’expansion rapide de Tanger et de sa périphérie, la hausse de la demande en terrains aménagés, les difficultés liées à certaines autorisations et la nécessité d’accompagner les nouveaux projets résidentiels et industriels imposent une planification plus anticipée.
Le ministère devra également poursuivre les programmes de réhabilitation des médinas, améliorer la qualité des espaces urbains et réduire les écarts entre quartiers correctement équipés et zones ayant connu une urbanisation rapide sans développement équivalent des services publics. À cette lourde responsabilité sectorielle s’ajoute désormais celle de porte-parole du gouvernement.
Samir Belfkih sera chargé de communiquer les décisions prises à l’issue des Conseils de gouvernement, de répondre aux interrogations des médias et d’expliquer les principales orientations de l’exécutif à l’opinion publique.
Cette double fonction le place au cœur de deux enjeux particulièrement exposés : d’un côté, la gestion de politiques urbaines et territoriales qui touchent directement le quotidien des citoyens et l’investissement, de l’autre, la responsabilité de porter publiquement la parole du gouvernement El Mansouri.
Son arrivée au gouvernement marque ainsi le passage d’un parcours construit entre université, Parlement, région et parti à une fonction exécutive où l’expertise technique devra désormais se traduire en décisions publiques et en capacité à les défendre devant l’opinion.






