Dans un nouveau tournant du paysage gouvernemental marocain, Khalid Hatimi quitte le monde de l’entreprise et de l’agroalimentaire pour prendre la tête du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire. Il a été nommé vendredi par le roi Mohammed VI au sein du gouvernement conduit par Fatima Ezzahra El Mansouri, en remplacement d’Ahmed El Bouari.
Cette nomination intervient alors que l’agriculture marocaine fait face à des défis de plus en plus lourds, entre raréfaction des ressources hydriques, recul de certaines productions et hausse du coût des denrées alimentaires. Autant de dossiers qui placent ce département stratégique au cœur des priorités du nouvel exécutif.
Khalid Hatimi arrive au gouvernement avec une expérience principalement forgée dans le secteur privé. Il a notamment occupé les fonctions de président-directeur général d’Atlas Bottling Company, filiale de Diana Holding active dans l’industrie agroalimentaire et les boissons.
Son parcours l’a ainsi conduit à gérer des activités industrielles, des chaînes d’approvisionnement et des réseaux de distribution, des domaines directement liés aux problématiques de production, de commercialisation et de disponibilité des produits de grande consommation.
Tanger constitue l’une des principales étapes de sa carrière professionnelle. La ville abrite des installations de la société spécialisée dans la production, l’embouteillage et la distribution de boissons gazeuses, dont l’activité industrielle s’étend également à Oujda. Cette expérience managériale a précédé son entrée plus affirmée dans la vie politique et institutionnelle.
Sur le plan partisan, Khalid Hatimi s’est imposé au sein du Parti authenticité et modernité. Il s’était présenté sous les couleurs du PAM lors des élections législatives de 2021 dans la circonscription de Taroudant-Sud et avait remporté un siège à la Chambre des représentants. Au Parlement, il avait intégré le groupe du parti et participé aux discussions portant notamment sur les questions économiques et financières.
Son poids au sein du PAM s’est renforcé en mai 2024 avec son élection au bureau politique dans le cadre de la liste proposée par la direction collégiale du parti, alors conduite notamment par Fatima Ezzahra El Mansouri, aujourd’hui cheffe du gouvernement.
Son parcours institutionnel a toutefois connu une nouvelle inflexion en juillet 2026 lorsqu’il a quitté la Chambre des représentants après avoir présenté sa démission de son mandat parlementaire. La Cour constitutionnelle avait constaté, dans une décision rendue le 16 juillet, la vacance de son siège dans un contexte lié à sa candidature au Conseil de l’Autorité nationale de régulation de l’électricité.
Avant son entrée au gouvernement, Hatimi avait également pris part au débat sur plusieurs dossiers économiques et budgétaires au sein de son parti. Il s’était notamment intéressé au projet de loi de finances 2025 en mettant l’accent sur l’investissement, l’emploi et la soutenabilité des finances publiques. Des thématiques qui croisent aujourd’hui directement les enjeux auxquels il devra répondre à la tête d’un ministère dont le champ d’action s’élargit désormais explicitement à la souveraineté alimentaire.
L’intégration de cette notion dans l’intitulé même du département n’est pas anodine. Elle traduit l’importance croissante accordée au renforcement de la production nationale, à la réduction des vulnérabilités liées aux marchés extérieurs et à la capacité du Maroc à protéger ses chaînes d’approvisionnement face aux crises internationales.
Khalid Hatimi devra gérer ces dossiers aux côtés d’Ahmed Mehdi Mezouari, nommé ministre délégué chargé de la Pêche maritime, dans le cadre d’une nouvelle répartition des responsabilités au sein d’un secteur qui associe agriculture, économie rurale, ressources halieutiques et sécurité alimentaire. L’agenda du nouveau ministre s’annonce particulièrement chargé.
La gestion de l’eau destinée à l’agriculture figurera parmi ses principales urgences dans un contexte de stress hydrique structurel. À cela s’ajoutent l’amélioration des rendements, le soutien aux petits agriculteurs, le développement des industries agroalimentaires ainsi que la réforme des circuits de commercialisation.
La question des prix constituera également un test majeur. Les écarts observés entre les prix à la production et ceux supportés par le consommateur alimentent depuis plusieurs années les critiques sur le fonctionnement des chaînes de distribution et le rôle des intermédiaires.
Le ministre sera également attendu sur la capacité du Maroc à renforcer la production locale de certains produits essentiels et à réduire sa dépendance aux importations sans compromettre la compétitivité du secteur. Il devra surtout trouver un équilibre délicat entre l’agriculture tournée vers l’exportation et les besoins du marché intérieur. Une équation qui suppose de préserver les performances du Maroc sur les marchés internationaux tout en garantissant une offre suffisante de produits alimentaires à des prix compatibles avec le pouvoir d’achat des ménages.
Entre expérience entrepreneuriale et responsabilité gouvernementale, Khalid Hatimi ouvre donc une nouvelle étape de son parcours. Le véritable enjeu sera désormais de savoir si son expérience dans l’industrie et la gestion des chaînes d’approvisionnement pourra être transposée à un secteur agricole confronté à des contraintes bien plus larges, sociales, territoriales et environnementales.
Sa réussite ne se mesurera pas uniquement à la performance des filières ou aux volumes de production. Elle dépendra surtout de sa capacité à transformer la notion de souveraineté alimentaire en résultats concrets pour les agriculteurs comme pour les consommateurs.






