Éducation

Éducation aux médias : une thèse primée ouvre de nouvelles pistes contre la désinformation

Le chercheur Younes Othmani a obtenu son doctorat dans le cadre de la formation doctorale en Journalisme et Médias modernes à la Faculté des Langues, des Lettres et des Arts de l’Université Ibn Tofal de Kénitra, à l’issue de la soutenance de sa thèse intitulée « L’éducation aux médias et son rôle dans la lutte contre les fausses informations sur les plateformes numériques », réalisée sous la codirection des professeurs Mhammed Hamouche et Aziza El Mkinssi.

Dans sa présentation, Younes Othmani a proposé une analyse socio-technique approfondie de l’environnement informationnel contemporain. Il a expliqué que l’essor des plateformes numériques a progressivement affaibli le rôle traditionnel des médias comme gardiens de l’information, créant ainsi une fragilité structurelle de l’écosystème médiatique et transformant les pratiques des utilisateurs.

Selon le chercheur, les algorithmes des réseaux sociaux imposent désormais une logique fondée sur « l’économie de l’attention », privilégiant la rapidité et les réactions émotionnelles afin de maximiser les revenus, au détriment de la vérification, de la rigueur et de l’objectivité. Dans ce contexte, la désinformation et les fake news ne relèvent plus de comportements isolés, mais constituent un phénomène complexe susceptible de menacer la sécurité informationnelle et l’équilibre intellectuel de la société.

Sur le plan méthodologique, la recherche combine une enquête quantitative menée auprès d’un échantillon représentatif de la population marocaine et une série d’entretiens qualitatifs approfondis avec des experts et universitaires spécialisés dans les médias. Cette approche mixte a permis de croiser les données statistiques avec une analyse interprétative approfondie des mécanismes de diffusion de la désinformation.

Les travaux ont notamment conduit à l’élaboration d’un nouveau concept scientifique, qualifié de « schizophrénie technologique », destiné à décrire l’écart entre une forte conscience théorique des risques liés à la désinformation et la faiblesse des compétences pratiques de vérification des contenus numériques. L’étude révèle ainsi que 86,8 % des personnes interrogées n’ont jamais bénéficié d’une formation formelle en éducation aux médias, tandis que 68,5 % continuent de fonder leur jugement sur des critères subjectifs, tels que la réputation de la source, plutôt que sur des outils de vérification numérique, comme la recherche inversée d’images.

La thèse formule enfin une série de recommandations articulées autour de quatre axes complémentaires : l’institutionnalisation de l’éducation aux médias dans les politiques publiques, son intégration transversale dans les programmes scolaires avec la formation des enseignants, le renforcement de la coopération entre les institutions publiques et la société civile pour généraliser les actions de sensibilisation, ainsi que le développement des compétences individuelles en matière de vérification de l’information et de signalement des contenus trompeurs.

Le jury lui a décerné le titre de docteur avec la mention Très honorable, avec une recommandation de publication, saluant la qualité scientifique du travail et la pertinence d’un sujet qui s’inscrit au cœur des enjeux contemporains de la communication numérique, dans un contexte marqué par la prolifération de la désinformation et les profondes mutations des réseaux sociaux.

Le jury était composé des professeurs Omar Mahdioui, président et rapporteur, Mehdi Aamri et Talekmas Elmansouri, rapporteurs, ainsi que Zakaria Arsalane et Bilal Daoud, examinateurs.

Le jury a unanimement salué la qualité scientifique de ce travail, mettant en avant la solide expérience professionnelle du chercheur dans les domaines de la radio et de la communication institutionnelle. Il a estimé que cette recherche constitue une contribution majeure aux études marocaines sur les médias et ouvre de nouvelles perspectives pour promouvoir la citoyenneté numérique et renforcer la culture de l’esprit critique au Maroc.

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