Les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur la situation du marché du travail au troisième trimestre 2026 ont remis le dossier du chômage au cœur du débat économique et social. Le taux de chômage au sens strict est monté à 10,5 %, en hausse de 0,9 point par rapport au trimestre précédent. Il atteint 30,5 % chez les jeunes de 15 à 24 ans et 16,7 % chez les femmes.
Dans sa note publiée le mardi 3 novembre, le HCP fait état d’une baisse nette d’environ 173 000 du nombre d’actifs occupés par rapport au deuxième trimestre, ainsi que d’un indicateur composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre qui s’établit à 19,6 %. Ces chiffres illustrent l’ampleur du défi auquel sont confrontées les politiques publiques pour offrir des emplois suffisants et stables.
Ces indicateurs placent le gouvernement de Fatima Zahra Mansouri face à un test politique sur ses promesses en matière d’emploi, même si les résultats portent sur une période antérieure à son investiture en octobre dernier et ne peuvent donc pas être considérés comme le bilan de son action.
Le programme gouvernemental 2026-2031 érige en priorité l’insertion des jeunes dans l’éducation, la formation et l’emploi. Il prévoit, à partir de 2027, de former 100 000 jeunes par an en fonction des besoins des entreprises et de permettre à environ 100 000 jeunes par an d’accéder à une première expérience professionnelle, tout en accompagnant 60 000 entreprises et en portant progressivement la capacité de formation à 150 000-200 000 bénéficiaires par an.
Le programme table aussi sur une croissance économique moyenne d’environ 5 %, avec une attention particulière pour les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, que la cheffe du gouvernement estime à quelque 2,9 millions.
Pour mémoire, le Parti Authenticité et Modernité (PAM), dont la coordinatrice dirige le gouvernement, s’était engagé dans son programme électoral à créer un million d’emplois nets en cinq ans et à ramener le chômage à 7 % d’ici 2031. Ce qui relance la question de la capacité de l’exécutif à traduire ses engagements en résultats concrets sur le marché du travail.
« Distinguer les symptômes du chômage de ses causes structurelles »
Dans une déclaration à Belpresse, l’analyste économique et politique Driss Aissaoui a estimé que les mesures annoncées traduisent une ambition claire et ciblent de réels aspects de la crise de l’emploi. Mais, selon lui, juger de leur efficacité suppose de distinguer le traitement des manifestations immédiates du chômage de celui de ses causes structurelles.
M. Aissaoui a expliqué que le pari sur la formation et la première expérience professionnelle peut atténuer l’un des principaux obstacles rencontrés par les jeunes et les diplômés : l’exigence d’une expérience préalable à l’embauche. Il a toutefois insisté sur le fait que l’offre de stages, aussi large soit-elle, ne garantit pas automatiquement une insertion définitive, faute d’une demande réelle des entreprises en main-d’œuvre qualifiée.
Le problème, a-t-il souligné, ne tient pas seulement au nombre de demandeurs d’emploi, mais aussi à la nature de la croissance et à sa capacité à produire des emplois stables. Certains secteurs moteurs ne créent pas d’emplois au rythme voulu, tandis que l’emploi rural reste très sensible aux aléas climatiques et aux sécheresses à répétition.
À ses yeux, des taux de croissance élevés ne suffisent pas à résoudre la crise du chômage s’ils ne se traduisent pas par un volume et une qualité d’emplois à la hauteur. Le véritable défi consiste à renforcer le lien entre investissement et création d’emplois, en particulier dans les secteurs capables d’absorber le nombre croissant de jeunes qui arrivent sur le marché du travail.
L’analyste s’est également arrêté sur le pari des grands projets liés à l’organisation de la Coupe du monde 2030, qui peuvent donner un coup de fouet important au bâtiment, aux services et aux transports. Mais ils soulèvent, selon lui, la question de la pérennité des emplois une fois les chantiers terminés : l’essentiel n’est pas de comptabiliser les emplois créés pendant la phase de réalisation, mais de savoir s’ils pourront se transformer en activités productives garantissant revenu et stabilité professionnelle à long terme.
Concernant le chômage des diplômés, M. Aissaoui a souligné que l’élargissement de la capacité de formation ne suffit pas à combler le fossé entre les sorties de l’université et les besoins des entreprises. Il a appelé à revoir le système d’orientation et de formation, à développer les compétences techniques, numériques et linguistiques, et à relier les parcours éducatifs aux besoins réels de l’économie nationale.
Il a ajouté que la persistance de l’emploi informel et du sous-emploi oblige à regarder la qualité des emplois, et pas seulement leur nombre : réduire le taux de chômage n’a pas l’effet social escompté si cela passe par des emplois précaires, dépourvus de protection sociale et de stabilité.
M. Aissaoui a conclu que l’atteinte des objectifs en matière d’emploi exige de passer de programmes conjoncturels à des réformes plus profondes : soutien aux petites et très petites entreprises, mise en œuvre des politiques à l’échelle territoriale, orientation de l’investissement vers l’industrie et les activités innovantes à forte valeur ajoutée, et placement de la création d’emplois stables au centre des critères de réussite des politiques économiques.
Entre les objectifs affichés et les chiffres du HCP, l’épreuve décisive du gouvernement Mansouri tiendra donc à sa capacité à convertir croissance et investissement en emplois effectifs pour les jeunes, les femmes et les diplômés, et à présenter un bilan mesurable, distinguant les bénéficiaires des formations des postes réellement créés en net.






