Une vague d’indignation sans précédent déferle sur les camps de Tindouf. Confrontée à l’effondrement d’une vaste escroquerie financière et à la montée en puissance de réseaux criminels armés, la population interpelle directement la direction du Polisario et ravive le débat sur la responsabilité juridique et humanitaire de l’Algérie, pays hôte.
Une escroquerie financière à grande échelle
Le déclencheur de cette ébullition populaire remonte au 13 septembre, date de la faillite retentissante de la société « Infravest pour le BTP et l’Investissement » et de la fuite de son directeur général, Salamou Aba Ali El Bar. Selon le forum Forsatin, l’entreprise s’appuyait sur une chaîne de Ponzi et un discours moralisateur pour appâter les ménages en leur promettant des rendements mirobolants pouvant atteindre 70 %.
Aujourd’hui, des centaines de familles déplorent la perte d’importantes économies, amassées en dinars algériens et en ouguiyas mauritaniens. La fuite du dirigeant à travers des points de passage contrôlés par les forces algériennes a immédiatement suscité des soupçons de complicité et de protection au plus haut niveau de la direction du Polisario. Face à l’inaction des dirigeants de Rabouni, de nombreux épargnants ont manifesté devant le siège de l’entreprise pour exiger la restitution de leurs fonds.
Guerre de territoires et prolifération d’armes
À cette faillite économique s’ajoute un climat d’insécurité grandissant. Des affrontements armés ont éclaté dans les daires de Dcheira et Guelta, au cœur de la « wilaya de Laâyoune ». Ces règlements de comptes, sur fond de contrôle du trafic de stupéfiants, ont mis en lumière la circulation d’armes à feu, de munitions ainsi que d’importantes quantités de cocaïne et de psychotropes.
Les mesures d’urgence décrétées par le Polisario — couvre-feu, interdiction des véhicules sans immatriculation et saisie de faux documents — sont perçues par les résidents comme un simple colmatage incapable d’endiguer les réseaux mafieux. Excédées, des femmes sont descendues dans la rue pour dénoncer la gestion d’Ibrahim Ghali et réclamer des comptes.
L’Algérie face à ses responsabilités internationales
Ces évènements reposent brutalement la question du vide juridique et sécuritaire qui prévaut à Tindouf. Alors qu’Alger refuse de prendre en charge la gestion des camps situés sur son propre territoire, la communauté internationale s’interroge sur le rôle de l’État hôte.
Lors de la réunion du Comité permanent du HCR le 9 septembre à Genève, l’ambassadeur du Maroc, Omar Zniber, a rappelé l’urgence d’apporter des solutions pérennes (retour volontaire, réinstallation ou intégration). Il a également souligné le manque de transparence entourant plus de 90 millions de dollars d’aides internationales versées depuis 2021, en l’absence constante d’un recensement officiel de la population des camps.
Entre scandale financier, règlements de comptes et contestation sociale, la situation à Tindouf dépasse désormais la simple urgence humanitaire pour devenir un test décisif quant au maintien du statu quo dans la région.






