Le gouvernement de Fatima Zahra Mansouri remet la question du pouvoir d’achat au premier plan. À l’issue d’une réunion consacrée, ce mardi 3 novembre, à la situation économique, au niveau des prix et à leur impact sur le quotidien des citoyens, l’exécutif a décidé de mettre en place une commission interministérielle chargée de surveiller les marchés et de limiter la volatilité des prix. Une initiative qui soulève des interrogations de fond sur la nature et l’ampleur de l’intervention attendue pour soulager les ménages marocains.
Ce geste intervient dans une conjoncture sensible : moins de trois semaines après la présentation de la déclaration gouvernementale devant le Parlement, qui a fait de l’autonomisation économique et de la justice sociale ses priorités, et alors que s’ouvre l’examen du projet de loi de finances (PLF) 2027, porteur d’un ensemble de mesures fiscales et sociales destinées à absorber la vague de cherté.
Lors de la présentation de son programme, le 19 octobre dernier, la cheffe du gouvernement avait placé la protection de la vie quotidienne des citoyens en tête des engagements du mandat, aux côtés de la généralisation de la couverture sanitaire, de l’amélioration du revenu des retraités et du soutien aux catégories vulnérables.
390 milliards de dirhams pour 2027-2031
Les chiffres communiqués par Mme Mansouri devant la Chambre des conseillers en donnent la mesure. Le programme gouvernemental 2027-2031 mobilise une enveloppe globale de 390 milliards de dirhams, dont 93 milliards pour le soutien au pouvoir d’achat et 108 milliards pour le chantier de la protection sociale. À eux deux, ces axes absorbent 201 milliards de dirhams, soit plus de la moitié du total.
Reste à passer des engagements à l’action. Le premier PLF du gouvernement contient justement des mesures directes qui visent les revenus salariaux et les dépenses des ménages.
Impôt sur le revenu : 87 % des salariés exonérés
La principale mesure est l’ajustement du barème de l’impôt sur le revenu. Selon Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Efficacité publique, l’exonération des salaires nets ne dépassant pas 10 000 dirhams par mois sera appliquée dans sa totalité à partir de janvier 2027. Les estimations officielles prévoient que la part des salariés entièrement exonérés atteindra environ 87 %, contre 13 % seulement de contribuables encore assujettis.
Si cette réforme doit injecter des liquidités supplémentaires dans les salaires des fonctionnaires et des ouvriers concernés, elle reste sans effet direct sur les personnes qui ne relèvent pas du secteur organisé, ni sur les ménages vivant de revenus irréguliers ou de petites activités de subsistance.
Aides directes et retraites
Sur le volet du soutien social direct, le PLF 2027 prévoit une hausse progressive du minimum accordé aux ménages ciblés, de 500 à 600 dirhams par mois en 2027, avec l’objectif d’atteindre à terme 1 000 dirhams. Contrairement au contrôle des marchés, il s’agit d’une injection financière directe dans le revenu des bénéficiaires.
Côté retraites, M. Lekjaa a annoncé un relèvement progressif des pensions minimales jusqu’à 3 000 dirhams d’ici 2030, avec des paliers de 1 700 dirhams en 2027, 2 000 dirhams en 2028 et 2 500 dirhams en 2029. Ce programme doit améliorer la situation de 557 492 retraités et bénéficiaires relevant des différentes caisses.
Cette architecture traduit une volonté de diversifier les leviers : allègement de la fiscalité, hausse des transferts directs et revalorisation des pensions. Mais l’effet réel varie selon la source de revenu de chaque catégorie. Les salariés profitent de la baisse d’impôt, tandis que l’aide directe est destinée aux ménages inscrits au Registre social unifié. L’efficacité de ces mesures dépendra donc de leur capacité à atteindre les couches les plus durement touchées par la flambée des prix.
Électricité, transport et carburants
Côté dépenses, le gouvernement entend aussi alléger les charges des ménages, avec un mécanisme de soutien aux factures d’électricité domestique ne dépassant pas 100 dirhams par mois. Inscrite dans le PLF 2027, cette mesure concerne environ six millions d’abonnés, pour une enveloppe estimée à 2,8 milliards de dirhams. Elle vise à réduire une dépense essentielle plutôt qu’à distribuer des liquidités, et son efficacité dépendra des conditions d’éligibilité et de la capacité des ménages à rester sous le plafond.
L’action publique s’étend également au transport de marchandises et de voyageurs, artère qui détermine le coût d’acheminement des denrées vers les marchés de détail. Selon le rapport sur la compensation annexé au PLF 2027, le soutien exceptionnel accordé aux transporteurs a atteint 2,488 milliards de dirhams, afin d’absorber les hausses successives des carburants et de préserver les équilibres du marché.
Ce dispositif prend d’autant plus d’importance que les prix à la pompe ont de nouveau grimpé début novembre : le litre de gasoil a franchi la barre des 17 dirhams, ravivant la crainte d’une répercussion du coût de l’énergie sur les prix finaux. À la différence des aides directes, le soutien aux transporteurs cherche à freiner la transmission des hausses vers le consommateur en plafonnant les coûts logistiques. Son efficacité suppose toutefois un suivi rigoureux de son effet réel sur la stabilité des prix des produits de base.
Le défi de la volatilité des prix
Malgré ces mesures, la volatilité des prix des produits de base reste le principal défi, au risque de neutraliser les gains prévus pour les citoyens. Les prix nationaux dépendent de facteurs climatiques et économiques liés à la production agricole, aux chaînes d’approvisionnement et au coût de l’énergie, ainsi qu’aux fluctuations des marchés mondiaux. Protéger le pouvoir d’achat suppose donc de corriger les déséquilibres structurels des circuits de distribution et d’intermédiation. D’autant qu’un ralentissement de l’inflation signifie que les prix augmentent moins vite, et non qu’ils reviennent à leur niveau antérieur.
Séduisantes sur le papier, ces mesures restent pour l’heure des engagements consignés dans des projets de texte. L’enjeu véritable sera leur mise en œuvre concrète, et la question de savoir si les Marocains en ressentiront les effets dans leur quotidien au moment du bilan des 100 premiers jours du gouvernement Mansouri.
Pouvoir d’achat : le gouvernement Mansouri crée une commission de contrôle des marchés






