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Le PAM au pied du mur : quand l’exercice du pouvoir remplace les promesses

Pour le Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM), le temps de la séduction politique est révolu. L’heure n’est plus à convaincre les Marocains de sa capacité à porter une alternative ou à vendre de nouvelles visions pour la gestion des affaires publiques. Désormais, le parti est sommé de transformer les grands discours de campagne en résultats tangibles, mesurables dans le quotidien des citoyens.

Vainqueur des législatives de 2026 et propulsé à la tête du gouvernement sous la houlette de Fatima-Zahra Mansouri, le PAM aborde une séquence inédite. Les promesses électorales ne suffisent plus à façonner son image ; c’est le bilan brut, concret, qui fera office de juge de paix.

La dure loi de la réalité face aux grands chantiers

Le défi majeur qui s’impose aujourd’hui au parti au pouvoir réside dans ce fossé abyssal entre le tableau idyllique peint durant la campagne et la réalité socio-économique du pays. Le PAM s’est présenté aux urnes muni d’un programme audacieux, articulé autour de cinq grands pactes : pouvoir d’emploi, insertion des jeunes, citoyenneté, sécurité, souveraineté stratégique et croissance durable. Un catalogue d’engagements assorti de chiffres précis et vertigineux : mobiliser 350 milliards de dirhams sur cinq ans (70 milliards par an), viser une croissance de 5 %, ramener le chômage à 7 % d’ici 2031, créer 200 000 postes nets par an, doubler l’aide sociale directe à 1 000 dirhams ou encore garantir un minimum de 3 000 dirhams de pension de retraite.

En qualifiant ce programme de « contrat de cinq ans » mûri par des mois de simulations financières, Fatima-Zahra Mansouri avait placé la barre très haut. Une stratégie qui offre l’avantage de la clarté, mais expose le parti à une redevabilité implacable pour chaque chiffre brandi.

Or, la réalité économique a ses propres rythmes, souvent bien plus lents — ou plus violents — que les agendas partisans. Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le chômage a frôlé les 10,8 % au premier trimestre 2026, s’envolant à près de 29,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans. Des chiffres têtus qui rappellent l’ampleur de la tâche, d’autant plus que la création de 200 000 postes par an ne se décrète pas : elle exige des indicateurs de suivi réguliers, bien loin des simples effets d’annonce.

Pouvoir d’achat et climat social : un baromètre sous tension

Du côté du pouvoir d’achat, le test est tout aussi périlleux. Le citoyen ne mesure pas la santé de l’économie aux seules courbes de l’inflation, mais à ce qu’il lui reste dans le portefeuille une fois payés le loyer, l’épicerie, les transports et les factures. Les enquêtes du HCP trahissent d’ailleurs ce malaise persistant : plus de 61 % des ménages s’attendent à une aggravation du chômage, tandis que la quasi-totalité d’entre eux (92,5 %) jugent l’épargne illusoire.

Face à cette anxiété, le programme gouvernemental présenté par Mme Mansouri au Parlement tente de parer au plus pressé : revalorisation de l’aide sociale, prise en charge partielle des petites factures d’électricité, réforme progressive de l’impôt sur le revenu et relèvement des petites pensions. Mais ces mesures, pour salutaires qu’elles soient, se heurtent à la complexité chronique des finances publiques et aux lenteurs de la machine administrative.

Entre équilibres politiques et impératif de confiance

Autre écueil de taille pour le PAM : sa position au sein de l’exécutif. S’il s’impose comme la première force politique avec 97 sièges, il ne dispose pas d’une majorité absolue. Gouverner implique des compromis constants avec les alliés de la coalition. Dès lors, le grand écart permanent entre les promesses d’un programme partisan et les arbitrages dictés par les équilibres budgétaires risque de fragiliser la ligne du parti.

Cette équation politique s’inscrit en outre dans un contexte de défiance démocratique, marqué par un taux de participation électorale plafonnant à 38 %. L’arrivée de Fatima-Zahra Mansouri à la Primature constitue une rupture historique et un formidable symbole, mais la symbolique ne nourrit pas les urnes sur le long terme. Le gouvernement devra reconquérir une base électorale désabusée par des années de promesses non tenues.

L’heure des comptes

Le PAM ne peut pas non plus faire table rase du passé. Déjà aux responsabilités lors de la précédente législature à travers la gestion de plusieurs portefeuilles clés, le parti ne peut plus jouer les néophytes. Transparence, lutte contre les conflits d’intérêts, moralisation de la vie publique et criminalisation de l’enrichissement illicite : autant de bannières qu’il lui faudra brandir en actes, sous peine de voir le vernis s’écailler.

Entre la rhétorique enchanteresse des campagnes et la rudesse de la gestion des affaires courantes, le PAM passe l’examen de sa maturité politique. Ce ne sont ni les communiqués de presse ni les bilans d’étape en trompe-l’œil qui sauveront la mise, mais l’impact direct et mesurable des politiques publiques sur le pouvoir d’achat, l’école, l’hôpital et l’emploi. Le « contrat de cinq ans » est signé ; reste désormais à en honorer chaque ligne, sous le regard vigilant des citoyens.

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