La victoire du Parti Authenticité et Modernité (PAM) aux élections législatives a remis Fouad Ali El Himma sous les projecteurs. Dans un reportage publié lundi 12 octobre, intitulé « Au Maroc, la consécration de Fouad Ali El Himma, l’homme de l’ombre au service de Mohammed VI », Le Monde établit un lien entre l’arrivée du parti à la tête du prochain gouvernement, dirigé par Fatima Zahra Mansouri, et le renforcement de la position du conseiller du roi, dont le nom reste associé aux grandes évolutions politiques du royaume depuis plus de vingt ans.
Selon le quotidien, le PAM, arrivé en tête du scrutin du 23 septembre 2026 et chargé de former l’exécutif, serait sur le point d’atteindre l’objectif qui présidait à sa création en 2008 : bâtir une force capable de rivaliser avec le Parti de la justice et du développement (PJD), de référence islamiste, et de diriger le gouvernement.
Mme Mansouri deviendrait à cette occasion la première femme à occuper ce poste au Maroc.
Le journal insiste sur l’écart entre le titre officiel de M. El Himma et son influence réelle. Conseiller du roi sur le papier, il jouerait un rôle bien plus large dans la gestion de dossiers politiques et sécuritaires. Omar Brouksy, ancien correspondant de l’Agence France-Presse au Maroc, le décrit comme un homme de confiance du souverain, aux fonctions qui dépassent celles d’un conseiller traditionnel.
Cette proximité remonte, rappelle Le Monde, aux années passées au Collège royal de Rabat, où M. El Himma a fait ses études aux côtés du futur roi. D’autres figures de l’entourage royal en sont issues, comme Rachid Cherrabi et Yassine Mansouri, patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), chargée du renseignement extérieur.
Son parcours officiel débute en 1999, quand il est nommé secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, quelques mois après l’accession de Mohammed VI au trône. Son poids, selon des témoignages cités par le journal, a rapidement dépassé le cadre de ses fonctions : il serait devenu une figure influente dans les relations entre les responsables gouvernementaux et les centres de décision.
Le quotidien lui attribue un rôle dans la gestion des dossiers de politique intérieure et de sécurité, en particulier après les attentats de Casablanca de mai 2003, qui avaient fait 45 morts. Il relie cette période à un durcissement de l’approche sécuritaire, marqué par des pressions sur certaines voix politiques et journalistiques et par des arrestations de personnes soupçonnées d’adhérer à des idées islamistes radicales, en s’appuyant sur d’anciens rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch.
Le Monde s’interroge aussi sur l’après-Mohammed VI. Lorsque le trône reviendra au prince héritier Moulay Hassan, les réseaux d’influence constitués sous le règne actuel ne se perpétueront pas forcément sous la même forme, estime le journal, qui n’exclut pas que le futur souverain préfère s’entourer de nouveaux visages. L’article mentionne l’ancienneté de la relation entre M. El Himma et le roi, ainsi que ses liens avec la princesse Lalla Salma, mère du prince héritier, sans y voir un indice décisif de son avenir.
Le reportage revient enfin sur les étapes du parcours politique de l’intéressé. En 2008, il fonde le PAM, avant de quitter le parti en 2011, en pleine contestation du Mouvement du 20 février, dont les slogans le visaient et l’accusaient de corruption et de clientélisme. Quelques mois plus tard, il rejoint le cabinet des conseillers du roi, poursuivant son action depuis l’intérieur du Palais, à distance de la direction du parti qu’il avait contribué à créer.
Il reste, selon l’article, l’une des personnalités que le souverain consulte sur de nombreux dossiers. S’appuyant sur le livre d’Omar Brouksy consacré à la fin de règne, le journal lui prête un rôle dans les dernières étapes de l’élaboration de la version marocaine du plan d’autonomie pour le Sahara, présenté à l’ONU fin octobre 2025. Il évoque aussi une réunion entre le roi, M. El Himma et Abdellatif Hammouchi, patron de la Sûreté nationale et de la DGST, à la veille du discours d’ouverture de la session parlementaire de 2025, consacrée aux revendications du mouvement « GenZ ». Selon la version rapportée, les deux responsables avaient alors conclu que la situation restait sous contrôle.
Entre le retour du PAM au premier plan et le maintien de M. El Himma au cœur du cercle royal, Le Monde propose ainsi une lecture qui lie les recompositions partisanes à la continuité des centres d’influence, tout en laissant ouverte la question de la résistance de cette position aux changements politiques et institutionnels à venir.






