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Ghana et le Polisario : Le double jeu d’Accra entre Rabat et Alger passé au crible

L’accueil réservé, lundi à Accra, par le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, au représentant du Front Polisario, Tayaâ Sid el-Bachir — qui a présenté une copie de ses lettres de créance en tant que prétendu « ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire » —, relance le débat sur l’orientation de la position ghanéenne concernant la question du Sahara marocain. Cette démarche intervient quelques mois seulement après l’annonce par Accra de son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie, avant qu’elle ne réaffirme dans la foulée la constance de sa position sur le dossier du Sahara en retirant sa reconnaissance à la « république fantoche ».

Pour Mohamed Chiker, expert et analyste politique, la réception du représentant du Polisario reflète un recul par rapport à la décision de suspendre les relations avec le Front et la position de soutien à l’initiative marocaine, liant cette initiative à un ensemble de facteurs internes et externes entourant la décision ghanéenne.

Dans une déclaration à Belpresse , M. Chiker a indiqué que la position favorable au Maroc avait été adoptée en fin de mandat de l’ancien régime, avant l’arrivée du nouveau pouvoir qui, selon son analyse, a fait face à des pressions de la part de forces de gauche et d’organisations civiles restées attachées à l’héritage de Kwame Nkrumah et à ses positions liées aux mouvements de libération.

L’analyste politique a ajouté que la situation économique que traverse le Ghana et ses besoins extérieurs constituent également l’un des éléments influençant les mouvements diplomatiques d’Accra, aux côtés de ses craintes face à l’expansion des mouvements extrémistes dans les pays du Sahel limitrophes de la région du nord du Ghana.

M. Chiker a estimé que cette ré-reconnaissance du Polisario comporte, sous cet angle, une tentative de se rapprocher de l’Algérie en tant que puissance sécuritaire et renseignement dans la région, parallèlement à la volonté d’Accra, selon sa lecture, de récolter des gains économiques et commerciaux de ses relations avec l’Algérie.

L’intervenant estime que la démarche ghanéenne est également dictée par un pragmatisme fondé sur la tentative de tirer profit de ses relations avec les deux parties, en préservant ses intérêts économiques avec le Maroc — notamment à travers les relations commerciales avec l’Office chérifien des phosphates (OCP) et ses investissements au Ghana —, et en bénéficiant en contrepartie de l’Algérie dans le domaine énergétique.

M. Chiker a également lié cette évolution aux mouvements menés par la diplomatie algérienne au cours de la période écoulée, estimant que les pressions exercées par l’Algérie sur ce dossier s’inscrivent parmi les facteurs ayant contribué à réajuster la position d’Accra.

Ce développement revêt une sensibilité particulière dans la mesure où le Ghana avait annoncé, en janvier 2025, la suspension de ses relations diplomatiques avec le Front Polisario, qu’il reconnaissait depuis 1979, avant d’annoncer en juillet 2026 son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie comme « seule base réaliste et durable » pour parvenir à un règlement politique négocié du différend autour du Sahara.

Accra avait également salué la résolution 2797 du Conseil de sécurité et les efforts onusiens visant à parvenir à un règlement politique juste, durable et mutuellement accepté, sur la base de l’initiative marocaine d’autonomie et dans le cadre de la Charte des Nations Unies.

Cependant, la réception du représentant du Polisario a relancé les interrogations quant à la trajectoire que suivra la diplomatie ghanéenne à l’avenir, alors qu’aucun communiqué officiel n’a été émis par le ministère ghanéen des Affaires étrangères pour clarifier la teneur de la rencontre ou préciser si cette démarche marque un changement officiel dans la position antérieure d’Accra.

En revanche, l’agence de presse du Polisario a rapporté que le chef de la diplomatie ghanéenne a réaffirmé ce qu’elle qualifie de « position constante » de son gouvernement sur la question du Sahara marocain, ainsi que la disposition d’Accra à renforcer la coordination et la concertation avec le Front sur les questions régionales et internationales.

M. Chiker soutient que le timing de la réception du représentant du Polisario est indissociable des échéances diplomatiques à venir liées au dossier du Sahara marocain, estimant que cette démarche pourrait offrir à l’Algérie l’opportunité de conforter sa position lors de la prochaine réunion du Conseil de sécurité consacrée à l’examen de la mise en œuvre de l’autonomie dans les provinces du Sud.

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