Éducation

À l’UIT, le blocage d’une filière approuvée relance le débat sur l’autonomie universitaire

Le dossier de la filière des Sciences de l’Information et de la Communication à la Faculté des Langues, des Lettres et des Arts de l’Université Ibn Tofaïl ne relève plus aujourd’hui d’un simple débat académique. Il s’est progressivement imposé comme l’un des sujets les plus sensibles au sein de l’enseignement supérieur marocain, soulevant des interrogations qui dépassent largement le cadre pédagogique pour toucher aux rapports entre décision universitaire, administration centrale et contexte politique.

Au cœur de cette controverse, un constat intrigue : une filière officiellement validée par les instances universitaires compétentes a disparu de la cartographie universitaire sans qu’aucune explication institutionnelle claire ne soit réellement fournie.

Pourtant, le projet avait suivi un parcours considéré comme conforme aux procédures en vigueur. Le 23 janvier 2025, lors de la quatrième session du huitième mandat, le Conseil de l’Université Ibn Tofaïl avait adopté le décret n°59/25 portant création de cette filière. Selon l’équipe pédagogique porteuse du projet, toutes les étapes administratives et pédagogiques avaient été respectées, depuis les correspondances officielles adressées au décanat et à la présidence de l’université jusqu’à l’examen du dossier par les commissions et conseils concernés avant son approbation définitive.

Mais quelques mois plus tard, la publication de la note ministérielle n°25/158 du 29 juillet 2025, relative à la carte universitaire de l’année 2025-2026, a créé la surprise : la filière n’y figurait plus. Une absence totale, sans communication officielle détaillée ni justification publique susceptible d’éclairer les raisons de ce retrait inattendu. À partir de ce moment, le dossier a changé de dimension.

De nombreuses voix se sont interrogées sur les circonstances ayant conduit à la mise à l’écart d’un projet pourtant validé par une décision officielle du Conseil de l’université. Pourquoi les éventuelles réserves n’ont-elles pas été signalées avant l’approbation finale ? Pour quelles raisons l’université n’a-t-elle pas été clairement informée d’éventuels dysfonctionnements ? Et surtout, pourquoi les explications du ministère ne sont-elles apparues qu’après l’intervention du Parlement ?

Ces zones d’ombre ont alimenté l’idée, chez plusieurs observateurs, que cette affaire ne serait plus gérée uniquement selon une logique administrative ou académique. Certains y voient désormais l’influence de considérations politiques implicites, d’autant plus que le dossier a émergé dans un contexte marqué par des tensions politiques et électorales particulières.

Plusieurs acteurs universitaires estiment également que les formations liées aux médias et à la communication sont souvent perçues au-delà de leur simple dimension pédagogique, en raison de leur lien direct avec l’opinion publique et l’influence médiatique. Cette spécificité rendrait certains choix les concernant particulièrement sensibles, parfois soumis à des calculs dépassant le seul cadre universitaire.

Le malaise s’est accentué avec la persistance du silence administratif et le contraste frappant entre l’existence d’une décision universitaire officielle et l’exclusion concrète de la filière de la carte universitaire. Une situation que beaucoup interprètent comme le signe d’un dysfonctionnement manifeste dans les rapports entre l’autonomie décisionnelle de l’université et l’administration centrale.

L’affaire a, par ailleurs, pris une ampleur supplémentaire en devenant un sujet de débat parlementaire, médiatique et même associatif. Cette médiatisation a ravivé les interrogations autour des véritables raisons du gel de la filière et de la place qu’occupent désormais les considérations politiques dans certains dossiers académiques au Maroc.

Face à cette polémique, l’équipe pédagogique continue de défendre la légalité et la régularité du projet, affirmant que toutes les procédures réglementaires ont été respectées et que la validation du Conseil de l’université ne saurait être réduite à une simple formalité administrative pouvant être ignorée sans explication.

Derrière ce dossier se dessine désormais une problématique plus large : celle de la portée réelle des décisions universitaires, des limites de l’autonomie des établissements d’enseignement supérieur et de l’influence éventuelle des équilibres politiques sur des questions censées relever exclusivement de critères académiques et institutionnels.

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