Le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, est rentré au Maroc de manière inattendue moins de deux jours après le début de ses vacances d’été aux îles Baléares, en Espagne, au moment où une vive polémique entourait son séjour, coïncidant avec la vague de passages massifs vers la ville occupée de Ceuta. Dans le même temps, des médias espagnols ont révélé que son fils, le DJ connu sous le nom d’Ahmed Spins, animait une soirée à Ibiza la nuit des événements.
Aziz Akhannouch avait quitté le Maroc à destination de Palma de Majorque à bord de son avion privé, accompagné de membres de sa famille et d’amis, après avoir pris part à la cérémonie d’allégeance organisée à Tétouan à l’occasion de la Fête du Trône. Il a toutefois interrompu son séjour et regagné le Royaume dans les plus brefs délais.
Selon le média espagnol The Objective, ce retour précipité serait intervenu « à la suite d’un ordre explicite du Palais royal », après la vague de critiques suscitée par son voyage en Espagne alors que la crise migratoire à Ceuta occupait le devant de la scène. Le média affirme qu’« Aziz Akhannouch est rentré d’urgence au Maroc sur instruction directe du Palais royal, après que son déplacement eut provoqué la colère du roi Mohammed VI ».
Le même média indique avoir consulté le plan de vol de l’avion privé immatriculé CN-RAK, qui a décollé de l’aéroport de Palma dans la nuit du dimanche au lundi 3 août 2026. L’appareil aurait survolé Ibiza puis les côtes espagnoles avant d’entrer dans l’espace aérien marocain, où il a atterri peu après 1 h 10 du matin.
Dans le même contexte, le reportage révèle qu’Ahmed Akhannouch, fils du chef du gouvernement âgé de 25 ans, participait, la nuit de la vague de passages vers Ceuta, à une soirée musicale d’environ douze heures au célèbre club DC10 d’Ibiza, aux côtés de plusieurs DJ internationaux.
Le média ajoute qu’Ahmed Akhannouch, actuellement étudiant à Boston, aux États-Unis, est apparu durant la soirée vêtu d’un tee-shirt portant le nom de Casablanca, alors que des milliers de Marocains tentaient de rejoindre Ceuta.
Le reportage établit également un parallèle entre cette soirée et le séjour du chef du gouvernement, soulignant que la présence du père et du fils aux Baléares durant cette période a suscité de nombreuses critiques au Maroc, en raison de sa concomitance avec la crise humanitaire qui a fait des dizaines de victimes lors des tentatives de traversée.
Le site affirme par ailleurs qu’Aziz Akhannouch séjournait à l’hôtel Four Seasons de Formentor et que le voyage avait été effectué à bord de l’avion privé appartenant au groupe Akwa, dont il est propriétaire.
Selon The Objective, la divulgation de ces vacances a provoqué une importante vague d’indignation au Maroc, d’autant plus qu’elle est intervenue alors que la crise migratoire mobilisait l’attention de l’opinion publique nationale et internationale.
La ville occupée de Ceuta a connu une crise sans précédent après que plusieurs dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière depuis le Maroc en l’espace de quelques jours, dans ce qui constitue la plus importante vague de passages collectifs enregistrée dans la région. Ces événements ont fait de nombreuses victimes et placé la question au cœur des débats politiques et médiatiques au Maroc, en Espagne et au sein de l’Union européenne.
À la suite de cette vague migratoire, d’importantes opérations de retour ont été organisées depuis Ceuta vers le Maroc. Des milliers de personnes ont regagné le Royaume par le poste-frontière de Tarajal, soit dans le cadre des reconduites menées par les autorités espagnoles en coordination avec leurs homologues marocaines, soit de leur propre initiative après avoir renoncé à s’installer dans l’enclave.
Les autorités espagnoles estiment que la crise a causé plus de 80 décès, principalement des migrants noyés en tentant de rejoindre Ceuta à la nage, tandis que plusieurs médias espagnols ont ensuite évoqué un bilan approchant la centaine de victimes, au fur et à mesure de la découverte de nouveaux corps en mer.
Dans son premier communiqué officiel sur ces événements, le ministère marocain de l’Intérieur a attribué la responsabilité de cette crise aux campagnes de désinformation diffusées sur les réseaux numériques, aux réseaux de traite d’êtres humains ainsi qu’à ce qu’il a qualifié de « mauvaises interprétations » de certaines décisions judiciaires espagnoles relatives aux procédures de retour des migrants en situation irrégulière. Le ministère a indiqué qu’environ 40 000 personnes s’étaient dirigées vers Ceuta, contre 1 135 vers Melilla, tout en faisant état de 11 décès à la date de publication du communiqué.
À l’inverse, les services de renseignement espagnols ont conclu, selon le quotidien El País, que les autorités marocaines n’avaient pas planifié la crise à l’avance, mais qu’elles avaient laissé les flux migratoires se poursuivre sans intervenir immédiatement avant d’en tirer un bénéfice politique et médiatique. Le gouvernement espagnol a, pour sa part, qualifié les faits d’« atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne », tandis que la crise a suscité de nombreuses réactions au sein de l’Union européenne et relancé le débat sur la migration et les relations entre Madrid et Rabat.






