Le Syndicat national de la presse marocaine a estimé que l’absence d’arrestations de journalistes durant l’année en cours a contribué à l’amélioration du classement du Maroc dans l’index mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.
Le syndicat a toutefois souligné que « le fait marquant » de l’année 2026 réside dans le recours au code pénal pour poursuivre certaines pratiques liées au travail journalistique, interprétées en dehors du cadre prévu par le Code de la presse et de l’édition ainsi que par la loi relative au statut du journaliste professionnel.
Dans son rapport sur le climat des libertés et la situation de la profession, présenté mercredi à Rabat, le syndicat a affirmé que le contexte actuel révèle « un retour des responsables publics aux poursuites contre les journalistes », alors qu’il avait auparavant salué le fait que des responsables gouvernementaux ou territoriaux aient cessé d’engager des actions judiciaires contre les professionnels des médias.
Selon le syndicat, cette évolution aurait dû s’accompagner d’un renforcement du cadre juridique et professionnel, à travers davantage de stabilité, de formation et d’encadrement, afin de limiter ce qu’il qualifie « d’incidents professionnels indésirables ». Or, les développements récents sur les plans juridique et économique traduisent, selon lui, un recul par rapport à ces acquis.
Le rapport souligne également que la fragilité économique des entreprises de presse, combinée à ce qu’il décrit comme une « profonde instabilité juridique », a favorisé le retour des poursuites judiciaires visant des journalistes dans des affaires liées à la presse et à l’édition, certaines ayant été requalifiées sous l’angle du droit pénal.
Le syndicat affirme avoir appelé, dès les premières affaires de ce type, les autorités et responsables concernés à faire preuve de retenue face aux éventuels dépassements et à accélérer les réformes légales du secteur, notamment à travers la mise en place d’un Conseil national de la presse doté d’une forte autorité morale fondée sur la légitimité de la profession et capable de faire face à ces dérives.
L’organisation critique par ailleurs le transfert de plusieurs affaires liées à la presse vers le champ pénal, estimant que cette orientation compromet la construction d’un environnement professionnel responsable, respectueux du droit et de l’esprit de la liberté de la presse.
Le rapport insiste sur le fait que l’absence d’arrestations de journalistes cette année a favorisé la progression du Maroc dans le classement de Reporters sans frontières, où le Royaume occupe désormais la 105ᵉ place mondiale sur 180 pays dans l’édition 2026 du Classement mondial de la liberté de la presse, soit un gain de 15 places par rapport à 2025. Malgré cette amélioration, le pays demeure classé dans la catégorie des « situations difficiles », le rapport international évoquant la persistance de défis structurels majeurs pour le paysage médiatique marocain.
Le syndicat considère néanmoins que l’utilisation du code pénal dans des affaires liées au travail journalistique a créé « une impression d’escalade contre les journalistes », tout en exprimant l’espoir d’une « véritable détente » à travers l’abandon de ces poursuites et l’instauration d’un climat de confiance au sein de la profession.
Il ajoute que l’absence d’une protection juridique efficace des journalistes, notamment face aux campagnes de harcèlement et de diffamation, rend la réforme actuelle du Conseil national de la presse « encore plus préoccupante », avertissant qu’un manque d’indépendance pourrait transformer cette institution en un instrument de restriction des libertés plutôt qu’en mécanisme de protection de la profession.
En outre, le syndicat estime que la comparaison avec plusieurs expériences internationales d’autorégulation démontre que les réformes actuellement engagées au Maroc constituent « un recul manifeste » par rapport aux standards internationaux en matière de pluralisme, d’indépendance et de transparence, y compris dans certains pays en transition démocratique comme Kenya.






