L’affaire dite du « sexe contre un master et un doctorat » à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech a pris une ampleur considérable, passant de la diffusion d’enregistrements audio compromettants à la révocation officielle du doyen de la Faculté des langues. Ce dossier, mêlant questions d’éthique, de gouvernance universitaire et de responsabilité institutionnelle, a profondément ébranlé le milieu académique.
L’affaire a pris un tournant décisif après la circulation d’enregistrements audio attribués à Ahmed Qadem, doyen de la Faculté des langues. Selon les informations largement relayées, ces enregistrements contiendraient des propos à caractère intime ainsi que des allusions à des interventions liées à l’accès aux cycles de master et de doctorat, suscitant une vive polémique au sein de l’université et dans l’opinion publique.
Face à la montée des critiques et aux appels à l’ouverture d’une enquête, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Azzedine El Midaoui, a décidé de relever le doyen de ses fonctions. Cette décision est perçue par plusieurs observateurs comme une mesure destinée à préserver l’image de l’institution, dans l’attente des conclusions des investigations.
Lors de sa première intervention médiatique après son éviction, Ahmed Qadem n’a pas contesté l’authenticité des enregistrements, mais en a proposé une autre lecture. Il affirme que les faits remontent à 2008, lorsqu’il avait reçu l’appel téléphonique d’une femme se présentant comme une étudiante en détresse psychologique et émotionnelle, à laquelle il aurait simplement tenté de venir en aide en l’encourageant à poursuivre ses études.
Selon lui, certains échanges à connotation affective s’inscrivaient uniquement dans le cadre de cette tentative de soutien. Il précise également que son épouse était présente lors du premier appel reçu à son domicile et que cette femme aurait cessé tout contact avec lui dès 2009 après l’avoir bloqué.
L’ancien doyen affirme en outre qu’en 2012, un étudiant lui aurait révélé que cette femme n’était en réalité pas étudiante et qu’elle aurait été utilisée dans le cadre d’une tentative de chantage. Le même étudiant lui aurait également indiqué que d’autres enseignants avaient été ciblés par des méthodes similaires, avant de l’aider à se débarrasser du disque dur contenant les enregistrements. Ahmed Qadem affirme avoir appris par la suite qu’une copie de ces enregistrements était conservée par un enseignant de la même faculté, lequel aurait reconnu les avoir reçus avant d’expliquer qu’ils avaient été perdus lors d’un déménagement.
L’ancien doyen accuse par ailleurs un autre universitaire d’être à l’origine de la réapparition de ces enregistrements près de dix-huit ans après les faits. Selon lui, cette diffusion s’inscrit dans un contexte de rivalité autour du poste de doyen et relève d’une campagne de déstabilisation orchestrée à son encontre. Il assure n’avoir jamais rencontré la femme concernée et affirme détenir des documents et éléments de preuve qu’il se dit prêt à présenter à toute autorité judiciaire ou instance d’enquête afin d’établir sa version des faits.
Il estime également que son éviction est liée à certaines positions qu’il avait prises au sein de l’université, notamment son opposition à la soutenance de travaux académiques qu’il jugeait inappropriés, ainsi qu’à sa dénonciation de pratiques qu’il attribue à certaines associations étudiantes concernant des frais liés à la publication scientifique.
Entre la décision de révocation, les enregistrements ayant suscité une vive émotion et les versions contradictoires des protagonistes, l’Université Cadi Ayyad se retrouve confrontée à l’une des affaires les plus sensibles de ces dernières années. Celle-ci soulève des interrogations majeures sur l’éthique universitaire, l’égalité des chances, la transparence des procédures d’accès aux formations supérieures et la protection des étudiants contre toute forme d’abus.
Dans l’attente des résultats des enquêtes et des éventuelles procédures judiciaires, cette affaire demeure ouverte et alimente les appels à un renforcement des mécanismes de gouvernance, de contrôle et de transparence au sein des établissements d’enseignement supérieur afin de préserver la crédibilité de l’université publique et le principe du mérite académique.






