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Sahara : le rapport de Guterres dévoile les contours des négociations relancées en 2026

Le dossier du Sahara est entré dans une nouvelle séquence diplomatique. Dans son dernier rapport consacré à la question, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, dévoile les coulisses des négociations relancées en 2026 et détaille les pistes actuellement discutées pour tenter de parvenir à un règlement politique.

Daté du 1er octobre 2026 et portant la référence S/2026/781, le document constitue le premier rapport du secrétaire général depuis l’adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Celle-ci a placé la proposition marocaine d’autonomie au cœur du nouveau processus de négociation.

Le rapport fait surtout état d’une évolution majeure : après plusieurs années d’impasse, le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie ont repris des discussions directes au cours du premier trimestre 2026, pour la première fois depuis près de sept ans.

Selon le rapport, trois rounds de discussions ont été organisés sous la coprésidence de l’envoyé personnel du secrétaire général pour le Sahara, Staffan de Mistura, et des États-Unis.

La première rencontre s’est tenue à Washington les 18 et 19 janvier 2026. Le Maroc y a présenté une version développée de son initiative d’autonomie de 2007, élaborée sous la forme d’un « projet de statut d’autonomie ».

Ce document avait préalablement été transmis à l’envoyé personnel, aux États-Unis ainsi qu’aux autres participants au processus. Il n’a toutefois pas été rendu public.

Le rapport précise que le projet marocain est conçu comme une base destinée aux négociations et non comme un accord dont le contenu serait déjà définitivement arrêté.

Durant cette première rencontre, la délégation marocaine a présenté les contours du projet et répondu aux questions et observations des participants. Rabat a également exprimé sa disposition à travailler avec le Front Polisario dans le cadre de négociations visant à parvenir à une formule finale issue d’un accord entre les parties.

De son côté, le Front Polisario a présenté ses propres propositions. Le mouvement avait adressé en octobre 2025 au secrétaire général de l’ONU un document développant notamment ses idées relatives aux garanties susceptibles d’accompagner un règlement.

Une deuxième rencontre s’est ensuite tenue à Madrid les 8 et 9 février. Les discussions ont alors dépassé l’exposé des positions traditionnelles pour aborder certains mécanismes susceptibles d’accompagner une éventuelle solution politique.

Le rapport révèle ainsi que plusieurs questions particulièrement sensibles ont été placées sur la table des discussions.

Parmi elles figure la possibilité de mettre en place un conseil de transition chargé d’accompagner une éventuelle période transitoire et de constituer un cadre permettant de négocier les modalités détaillées du règlement.

Les discussions ont également porté sur les garanties internationales qui pourraient accompagner un accord, le partage des ressources, l’amnistie et la réconciliation, ainsi que les questions liées au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration.

Les participants ont par ailleurs abordé les futurs arrangements sécuritaires et les systèmes électoraux susceptibles d’être envisagés.

Ces échanges ont conduit à travailler sur une version révisée d’un projet d’accord-cadre pour une éventuelle période de transition. Celui-ci pourrait servir de support à des négociations plus détaillées sur un modèle d’autonomie et sur les modalités d’une consultation de la population concernant le règlement.

Aucun de ces mécanismes ne constitue cependant, à ce stade, une décision définitive. Le rapport décrit des options discutées dans le cadre du processus politique, dont l’issue reste tributaire des négociations.

La proposition marocaine d’autonomie occupe une place centrale dans cette nouvelle dynamique. Les négociations ont été menées sur la base de cette initiative, conformément au cadre établi par la résolution 2797 du Conseil de sécurité.

Cette évolution constitue un changement important dans la trajectoire du dossier, la discussion portant désormais également sur le contenu et les modalités qu’un statut d’autonomie pourrait comporter.

Dans ses observations, António Guterres appelle les parties à poursuivre des négociations coordonnées et de bonne foi afin d’explorer la possibilité de parvenir à une « véritable autonomie », dans le cadre d’un règlement politique durable.

Le secrétaire général se montre par ailleurs encouragé par la reprise du dialogue direct entre les protagonistes après plusieurs années de blocage.

L’envoyé personnel Staffan de Mistura a toutefois rappelé que la résolution 2797 fournit le cadre des négociations sans prédéterminer à elle seule leur résultat final. La participation aux discussions ne signifie donc pas que chacun des protagonistes accepte à l’avance leur issue.

L’un des principaux enseignements du rapport réside ainsi dans le niveau de détail atteint par les discussions.

Au-delà du principe général d’un règlement politique, les échanges ont commencé à aborder ce qui pourrait constituer l’architecture institutionnelle d’une éventuelle solution : période transitoire, institutions, garanties internationales, gouvernance, sécurité, ressources et mécanismes de consultation. Le rapport ne présente toutefois pas cette architecture comme un accord déjà conclu.

Il rend compte d’un processus encore en cours, dans lequel plusieurs options sont examinées et restent soumises à la négociation entre les participants.

Le rapport aborde également la question des populations vivant dans les camps de Tindouf. António Guterres évoque notamment l’idée de permettre des visites individuelles et volontaires de réfugiés sahraouis vers Laâyoune et Dakhla.

Une telle initiative permettrait aux personnes concernées de se rendre directement dans les deux villes et pourrait contribuer aux mesures de confiance entre les populations séparées par le conflit.

La question humanitaire demeure parallèlement une composante importante du dossier, dans un contexte marqué par la dépendance d’une partie des populations des camps à l’aide internationale.

La reprise du dialogue politique n’a pas pour autant fait disparaître les tensions sur le terrain. Le rapport décrit une situation toujours marquée par des hostilités de faible intensité entre le Maroc et le Front Polisario, dans un contexte où le cessez-le-feu établi en 1991 demeure fragilisé depuis la reprise des hostilités en novembre 2020.

La situation sécuritaire reste donc l’un des paramètres suivis par les Nations unies parallèlement aux efforts diplomatiques. Le document revient notamment sur différents incidents intervenus durant la période couverte par le rapport, alors que la MINURSO continue d’assurer une présence sur le terrain.

Le rapport intervient à quelques semaines d’une nouvelle échéance concernant la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), dont le mandat arrive à échéance le 31 octobre.

Créée en 1991, la mission reste l’un des principaux dispositifs de présence des Nations unies sur le terrain. Son avenir est désormais étroitement lié à l’évolution du processus politique. La question de son adaptation aux éventuels progrès des négociations figure parmi les enjeux qui accompagneront les prochaines discussions au Conseil de sécurité.

Le rapport de Guterres constitue ainsi moins l’annonce d’un règlement déjà acquis que la photographie d’un processus qui a changé de rythme et de contenu.

Pour la première fois depuis plusieurs années, les protagonistes se sont retrouvés autour d’une même table et les discussions sont entrées dans des questions concrètes touchant à l’organisation institutionnelle, aux garanties, à la sécurité, aux ressources et à une éventuelle période de transition.

À l’approche des prochaines discussions du Conseil de sécurité, l’enjeu sera désormais de savoir si cette reprise du dialogue pourra être transformée en compromis politique durable ou si les divergences persistantes entre les protagonistes ramèneront le dossier à une nouvelle phase de blocage.

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