Les partis politiques marocains sont entrés dans la course électorale avec l’ambition de décrocher les premières places lors des élections législatives prévues le 23 septembre 2026. Ils dévoilent progressivement leurs programmes, assortis de promesses dont certaines sont, selon des experts, impossibles à concrétiser sur le terrain.
Une situation qui impose aux formations politiques d’expliquer comment elles comptent mettre en œuvre ces engagements, parfois séduisants pour les citoyens, tout en évitant les discours populistes destinés uniquement à attirer les voix des électeurs.
Face à la multiplication des promesses électorales, la question de leur financement, de leur réalisme et de leur faisabilité se pose avec acuité. Les électeurs sont également appelés à examiner ces programmes avec un regard critique et à se méfier des engagements dépourvus de chiffres, de mécanismes de mise en œuvre et de calendriers précis.
La compétition électorale ne devrait pas se transformer en « marché des promesses », mais reposer sur un contrat politique fondé sur le réalisme et la reddition des comptes.
Dans ce contexte, l’économiste et analyste Mohamed Jadri estime que la mise en œuvre de plusieurs promesses avancées jusqu’à présent par les partis politiques demeure, dans les faits, « impossible sur le terrain », tandis que d’autres lui paraissent « logiques et facilement réalisables ».
Il appelle ainsi les partis à expliquer clairement comment ils entendent concrétiser leurs engagements électoraux, plutôt que de se contenter de formuler des promesses destinées à séduire les électeurs.
Jadri souligne que les partis devraient accompagner leurs promesses d’une présentation précise de la méthodologie et des mécanismes qu’ils comptent mobiliser pour les mettre en œuvre. Selon lui, une grande partie des engagements actuellement avancés s’apparente davantage à un discours populiste visant à flatter les attentes des citoyens qu’à des propositions réalistes et véritablement applicables.
Dans le même sens, l’économiste et président du Centre marocain pour la gouvernance et la gestion, Youssef Karaoui El Filali, considère que les citoyens n’ont pas seulement besoin de « promesses inscrites sur quelques lignes dans les programmes électoraux », mais de « mécanismes concrets et de solutions de terrain » clairement détaillés.
Il cite notamment le chantier de la protection sociale. Selon lui, un parti qui promet d’en améliorer l’efficacité doit présenter des solutions concrètes permettant, par exemple, de revoir la méthode de calcul des indicateurs utilisés par le gouvernement pour déterminer l’éligibilité aux aides, au lieu de se limiter à des engagements généraux sans préciser les modalités de leur application.
L’économiste insiste ainsi sur la nécessité de soumettre les programmes électoraux à un « examen scientifique et technique rigoureux », reposant sur des critères précis permettant d’identifier les mécanismes susceptibles d’améliorer chaque mesure proposée et d’en garantir l’application effective.
Concernant plus particulièrement la protection sociale, il estime nécessaire de travailler sur l’amélioration des revenus des cotisants et des affiliés à l’Assurance maladie obligatoire de base, qui constitue l’une des principales sources de financement des prestations.
El Filali appelle également les partis à intégrer dans leurs programmes des indicateurs, des tableaux et des données chiffrées, plutôt que de multiplier les promesses vagues susceptibles d’être utilisées pour attirer les électeurs. Selon lui, la crédibilité exige de dépasser les slogans généraux pour présenter des solutions mesurables et réalisables.
S’agissant des promesses impliquant des dépenses publiques importantes, Mohamed Jadri souligne qu’un engagement visant à accorder une aide sociale de 1 000 dirhams représenterait une charge supplémentaire de 24 milliards de dirhams pour les finances publiques. Une telle mesure serait, selon lui, particulièrement difficile à maintenir durablement pour le prochain gouvernement compte tenu des contraintes financières actuelles.
Jadri estime également que le relèvement du montant minimum des pensions dans des caisses de retraite menacées d’épuisement financier constitue un objectif difficile à atteindre au cours des cinq prochaines années. Il en va de même, selon lui, des promesses portant sur une baisse de l’impôt sur le revenu, qui se heurtent à plusieurs contraintes économiques.
L’analyste considère par ailleurs qu’une augmentation excessive des dépenses publiques serait en contradiction directe avec les objectifs de réduction du déficit budgétaire et de maîtrise de l’endettement. Il appelle donc à soumettre les promesses ayant un impact financier important à une évaluation rigoureuse tenant compte de la capacité réelle des finances publiques à en supporter le coût.
De son côté, Youssef Karaoui El Filali estime que la réforme du système des retraites nécessite une « véritable audace politique ». Il appelle les partis à présenter des programmes concrets précisant notamment les modalités d’un relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite dans le secteur public, afin de préserver les caisses confrontées à un risque d’épuisement financier.
Dans ce cadre, El Filali propose de permettre aux personnes ayant atteint l’âge de 60 ans et disposant encore de la capacité de travailler de poursuivre leur activité professionnelle lorsqu’elles le souhaitent. Il préconise également une approche différenciée selon les professions, avec une prolongation qui pourrait être obligatoire dans certains métiers et facultative dans d’autres, parallèlement à des réformes réglementaires et sanitaires destinées notamment à limiter le recours au marché informel.






