Les élections législatives israéliennes du mardi 27 octobre 2026 ont débouché sur une nouvelle impasse politique. Selon les résultats provisoires, aucun des deux principaux blocs ne parvient à obtenir la majorité parlementaire nécessaire pour former un gouvernement, tandis que la progression spectaculaire des partis arabes pourrait leur conférer un rôle déterminant dans les négociations à venir.
D’après les dernières projections publiées mercredi 28 octobre, le bloc du Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu obtiendrait 53 sièges, contre 48 pour l’opposition conduite par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne d’origine marocaine. Les formations arabes totaliseraient, quant à elles, 19 sièges sur les 120 que compte la Knesset.
Avec une majorité fixée à 61 députés, aucun des deux camps ne dispose, à ce stade, des soutiens nécessaires pour gouverner seul. Ces chiffres demeurent toutefois provisoires. La Commission électorale centrale a annoncé le dépouillement de 93 % des bulletins ordinaires, représentant 85,6 % de l’ensemble des suffrages. Près de 600.000 votes déposés sous double enveloppe doivent encore être intégrés au décompte, ce qui pourrait modifier la répartition définitive des sièges.
Pour le politologue Ismaïl Hammoudi, interrogé par le quotidien « Sawt Al Maghrib », ces résultats révèlent deux évolutions majeures : le retour d’une forte polarisation politique au sein de la société israélienne et la progression de la représentation politique des citoyens arabes.
Selon lui, la confrontation entre le camp de droite conduit par le Likoud de Netanyahu et les différentes formations de l’opposition traduit la persistance de fractures profondes dans la société israélienne. Le chercheur établit un parallèle avec la période précédant le 7 octobre 2023, lorsque le projet de réforme judiciaire porté par le gouvernement Netanyahu avait provoqué d’importantes manifestations et une crise politique autour des prérogatives de la Cour suprême.
À ses yeux, les résultats du scrutin montrent que cette polarisation n’a pas disparu et qu’elle continue de peser sur la capacité des forces politiques à constituer une majorité stable. L’autre fait marquant réside dans la progression des partis représentant principalement les citoyens palestiniens d’Israël.
Leur représentation passerait d’environ 10 à 19 sièges, soit presque le double de leur poids parlementaire précédent. Une percée qui pourrait modifier les rapports de force lors des discussions sur la formation du prochain exécutif. Ismail Hammoudi estime que cette progression donne aux formations arabes une capacité d’influence importante, dans la mesure où leur soutien pourrait théoriquement permettre au camp opposé à Netanyahu de dépasser le seuil des 61 sièges.
Cette perspective reste néanmoins politiquement complexe. Plusieurs formations de l’opposition ont exprimé des réserves, voire leur refus, à l’idée de constituer une majorité dépendante du soutien des partis arabes. La progression électorale de ces derniers ne garantit donc pas leur participation au prochain gouvernement, même si elle renforce leur place dans les calculs parlementaires.
Concernant l’avenir politique de Benjamin Netanyahu, le politologue évoque trois scénarios.Le premier serait celui d’un départ du Premier ministre sortant, si celui-ci ne parvient pas à réunir une majorité suffisante autour de son bloc. Une hypothèse que Hammoudi considère comme plausible, tout en rappelant que Netanyahu pourrait tenter d’obtenir le soutien de certaines formations de l’opposition.
Le deuxième scénario reposerait sur une entente entre Gadi Eisenkot et les partis arabes, susceptible de dégager une nouvelle majorité parlementaire et d’ouvrir la voie à un gouvernement dirigé par l’ancien chef militaire. Cette configuration supposerait toutefois de surmonter les divergences politiques au sein du camp anti-Netanyahu, notamment sur la question de la coopération avec les formations arabes.
En outre, le troisième scénario serait celui d’un échec des négociations entre les différentes forces politiques, conduisant à une nouvelle dissolution de la Knesset et à l’organisation d’élections anticipées. Une telle issue prolongerait l’instabilité institutionnelle qu’Israël a déjà connue lors des précédentes crises gouvernementales.
Pour Ismaïl Hammoudi, le principal enseignement du scrutin reste la profondeur des divisions politiques israéliennes. Il estime que le futur gouvernement, quelle que soit sa composition, pourrait rencontrer des difficultés à maintenir une coalition durable. Si Benjamin Netanyahu conserve une avance parlementaire sur son principal rival, cette première place ne lui garantit donc pas un nouveau mandat.
De son côté, Gadi Eisenkot pourrait bénéficier de la progression des formations arabes, mais devrait parvenir à fédérer des partis aux positions parfois difficilement conciliables. Les prochaines consultations seront ainsi décisives pour déterminer si Israel s’oriente vers une coalition de compromis, un changement de majorité ou une nouvelle période d’incertitude électorale. Dans ce contexte, les 19 sièges provisoirement attribués aux partis arabes constituent l’une des principales surprises du scrutin, sans pour autant lever les obstacles politiques à leur participation à une majorité gouvernementale.






