Alors que de vastes régions de l’est et du nord de l’Algérie étaient confrontées à l’une des vagues d’incendies les plus meurtrières de ces dernières années, faisant officiellement 12 morts, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a rapidement brandi la menace de la « peine maximale », évoquant le rétablissement de la peine de mort contre toute personne reconnue coupable d’avoir provoqué volontairement des feux de forêt. Une annonce intervenue avant même que les conclusions définitives des enquêtes ne soient rendues publiques ou que des éléments tangibles ne viennent établir les causes exactes de la catastrophe.
Lors d’une réunion consacrée à la situation des incendies, Tebboune a ordonné la modification du Code pénal avant le 15 septembre prochain, appelant le gouvernement et le Parlement à accélérer l’adoption du texte. Il a ensuite affirmé d’un ton catégorique : « Nous rétablirons la peine de mort contre les auteurs d’incendies volontaires. »
Cette orientation soulève de nombreuses interrogations sur la rapidité avec laquelle le discours officiel est passé de la gestion d’une catastrophe humaine et environnementale à la recherche de responsables et à la menace des sanctions les plus sévères. L’attention aurait pourtant pu se concentrer en priorité sur les éventuelles défaillances du dispositif de prévention, le niveau de préparation des services d’intervention et de secours, ainsi que sur les facteurs ayant contribué à l’extension des incendies et à l’aggravation du bilan humain.
Plutôt que de présenter à l’opinion publique un bilan précis des causes de la catastrophe et de l’ampleur des pertes humaines et matérielles, les autorités algériennes semblent avoir, une nouvelle fois, privilégié la logique de « l’ennemi intérieur » et l’hypothèse de « l’acte criminel » comme grille de lecture immédiate du drame, dans l’attente des conclusions des enquêtes judiciaires.
Une telle approche nourrit les craintes de voir la tragédie des incendies transformée en nouvelle occasion de durcir l’arsenal répressif, au lieu d’ouvrir un débat de fond sur la responsabilité de l’État en matière de protection des populations et des forêts, ainsi que sur sa capacité à anticiper et à gérer les catastrophes naturelles.
Les critiques prennent une autre dimension lorsqu’on rappelle que l’Algérie n’a procédé à aucune exécution depuis 1993, malgré le maintien de la peine capitale dans son arsenal juridique. Dans ce contexte, l’annonce de Tebboune apparaît davantage comme un message politique particulièrement ferme que comme une réponse concrète aux causes profondes du problème.
La réactivation de la peine de mort en pleine catastrophe nationale relance également le débat sur l’efficacité des sanctions extrêmes dans la prévention de la criminalité, face à la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, de détection précoce et les capacités opérationnelles de lutte contre les incendies.
Les autorités algériennes ont annoncé l’arrestation de plusieurs personnes soupçonnées d’être impliquées dans le déclenchement des feux. Selon les données officielles, au moins 12 personnes ont péri dans les environs de Béjaïa, Jijel et Tizi Ouzou, alors que des inquiétudes persistent localement quant à un bilan qui pourrait être plus lourd.
Depuis le début des incendies, des images de citoyens pris au piège des flammes se sont largement diffusées sur les réseaux sociaux. Ces scènes ont ravivé les interrogations sur le niveau de préparation des autorités et leur capacité à intervenir rapidement face aux catastrophes. Le discours présidentiel a toutefois semblé se concentrer avant tout sur le durcissement des sanctions et la recherche des « coupables », plutôt que sur des réponses précises quant aux raisons ayant conduit à une telle ampleur des pertes.
Alors que les incendies de forêt se répètent chaque été en Algérie, particulièrement dans les régions du nord, sous l’effet combiné des vagues de chaleur et de la sécheresse, une question demeure centrale : brandir la peine de mort constitue-t-il réellement une réponse efficace face aux incendies criminels, ou s’agit-il d’un discours politique de fermeté destiné à détourner l’attention d’un débat plus urgent sur la responsabilité des autorités en matière de prévention, de préparation et de protection des citoyens ?
Le véritable enjeu ne réside pas dans l’attente du déclenchement des incendies pour rechercher ensuite des suspects et leur infliger les sanctions les plus lourdes. Il consiste à bâtir un dispositif capable d’empêcher la catastrophe avant qu’elle ne survienne et de protéger les vies humaines lorsqu’elle éclate.
Transformer une tragédie ayant causé des morts et d’importantes destructions en tribune pour brandir la menace de la potence ne répond pas, à elle seule, à la question que les Algériens attendent de voir éclaircie : qui est responsable des défaillances ayant empêché de prévenir la catastrophe et d’en limiter les conséquences ?






