Le ministre de l’Économie, des Finances et de l’Efficacité publique, Fouzi Lekjaa, a tenu à dissiper la confusion entre l’allègement de l’impôt sur le revenu et une augmentation directe des salaires. Il a précisé que la réforme fiscale ne signifie pas une hausse générale et uniforme des rémunérations, rappelant que toute nouvelle revalorisation salariale devra être négociée dans le cadre du dialogue social entre le gouvernement et les organisations syndicales.
Intervenant lors d’une émission télévisée diffusée sur la deuxième chaîne nationale, le ministre a expliqué que l’amélioration du salaire net dont pourraient bénéficier certains employés résulte d’une réduction de leur charge fiscale, et non d’une décision gouvernementale accordant une augmentation salariale d’un montant déterminé.
Cette distinction est importante, a-t-il souligné, dans la mesure où une baisse de l’impôt permet à certains salariés de conserver une part plus importante de leur rémunération, sans pour autant modifier leur salaire brut. Fouzi Lekjaa a également rappelé que les nouvelles augmentations salariales ne peuvent être décidées unilatéralement dans le cadre de la loi de finances. Elles doivent découler des négociations menées avec les syndicats et les représentants des différentes catégories professionnelles, avant que leur coût ne soit intégré dans les prévisions budgétaires de l’État.
Revenant sur les engagements sociaux pris durant la précédente législature, le ministre a indiqué que les accords conclus dans le cadre du dialogue social avaient représenté une charge financière d’environ 50 milliards de dirhams, selon les chiffres avancés lors de son intervention. Il a également évoqué des crédits supplémentaires liés à l’exercice 2027, mettant en évidence le poids des engagements sociaux sur les finances publiques.
Pour le ministre, la question des salaires doit ainsi être abordée en tenant compte à la fois des attentes des travailleurs, de la nécessité d’améliorer leur pouvoir d’achat et de la préservation des équilibres budgétaires. Au-delà de la fiscalité et des rémunérations, Fouzi Lekjaa s’est également exprimé sur la hausse des prix des produits de consommation, en abordant notamment le rôle des intermédiaires dans les circuits de commercialisation.
Le ministre a reconnu la nécessité d’examiner les dysfonctionnements qui peuvent apparaître entre le producteur et le consommateur, particulièrement lorsque la multiplication des intermédiaires contribue à renchérir les prix de vente. Il a toutefois insisté sur le fait que la réforme envisagée ne vise pas à exclure les commerçants ou à pénaliser les différents intervenants économiques.
L’objectif, selon lui, consiste plutôt à réorganiser les circuits de distribution afin de garantir une rémunération équitable aux producteurs, tout en permettant aux consommateurs d’accéder aux produits à des prix raisonnables. Dans cette perspective, Lekjaa a évoqué un projet de création d’une société ou d’un mécanisme commercial destiné à intervenir dans les opérations d’achat et de distribution.
Le dispositif nécessiterait, selon les premières orientations présentées, une capitalisation et des équipements adaptés, avec un montant d’environ un milliard de dirhams évoqué pour accompagner sa mise en place. Le ministre n’a toutefois pas présenté ce mécanisme comme une structure dont les modalités de fonctionnement seraient déjà définitivement arrêtées.
Il a précisé que le projet devra faire l’objet de discussions entre les départements gouvernementaux concernés, notamment ceux de l’Intérieur, du Commerce et des Finances, sous la supervision de la cheffe du gouvernement. Cette concertation devrait ensuite être élargie aux professionnels du commerce ainsi qu’aux représentants des consommateurs.
L’enjeu sera notamment de déterminer les conditions dans lesquelles cette éventuelle structure pourrait acheter et distribuer les produits, les secteurs dans lesquels elle serait appelée à intervenir et les moyens nécessaires pour améliorer réellement le fonctionnement des circuits commerciaux.
Fouzi Lekjaa a également assuré que le gouvernement restait ouvert aux propositions émanant de la majorité, de l’opposition, des professionnels et des associations de protection des consommateurs. Il a insisté sur la nécessité de fixer des échéances précises afin que les discussions débouchent sur des décisions concrètes, plutôt que de se prolonger sans résultats.
Cette orientation traduit la volonté affichée de traiter la question du pouvoir d’achat au-delà des seuls mécanismes de soutien public ou des augmentations de revenus. En s’intéressant directement à la formation des prix et au fonctionnement des circuits de distribution, l’exécutif entend agir sur les facteurs susceptibles d’alourdir la facture supportée par les ménages.
Reste toutefois à déterminer si le mécanisme envisagé permettra effectivement de réduire les coûts de commercialisation et de limiter les marges excessives sans perturber les circuits existants. Pour Fouzi Lekjaa, la réussite de cette réforme reposera sur la recherche d’un équilibre entre trois impératifs : garantir aux agriculteurs et aux producteurs des revenus satisfaisants, préserver une activité commerciale viable et permettre aux consommateurs de bénéficier de prix plus accessibles.
Entre les attentes salariales, la fiscalité et les tensions sur les prix, le gouvernement devra désormais démontrer que les mesures annoncées peuvent produire des effets concrets sur le pouvoir d’achat des Marocains.






