Lahcen Lachgar, président du groupe socialiste à la Chambre des représentants, a appelé le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri à traduire les engagements contenus dans son programme en mesures concrètes capables d’améliorer le quotidien des citoyens.
S’exprimant ce jeudi 22 octobre 2026 lors de la discussion du programme gouvernemental, il a estimé que le premier véritable test de la crédibilité des engagements annoncés sera le projet de loi de finances, qui devra révéler les priorités effectives de l’exécutif, les moyens budgétaires mobilisés et leur capacité à répondre aux attentes des ménages, des catégories vulnérables et des différentes régions du Royaume.
Lachgar a expliqué que le passage de l’Union socialiste des forces populaires de l’opposition à la majorité repose sur la convergence de plusieurs orientations gouvernementales avec les revendications défendues par le parti durant la précédente législature. Il a notamment cité la réforme des institutions, la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts, le renforcement de la protection sociale ainsi que l’amélioration des services publics.
Pour le responsable socialiste, la participation à la majorité ne signifie toutefois pas l’abandon du rôle de contrôle et d’alerte. Il a assuré que son groupe entend être à la fois un partenaire dans la mise en œuvre des réformes et l’un des premiers à signaler les blocages ou les retards, estimant que la réussite du gouvernement dépendra avant tout de sa capacité à répondre aux attentes sociales et économiques des Marocains.
Sur le plan institutionnel, Lahcen Lachgar a insisté sur l’importance d’une majorité respectueuse du rôle du Parlement. Il a rappelé que son groupe avait, lorsqu’il siégeait dans l’opposition, alerté contre les risques d’une domination numérique susceptible de marginaliser l’opposition et d’affaiblir les fonctions de contrôle de l’institution législative.
Selon lui, la solidité d’une majorité ne se mesure pas uniquement au nombre de sièges qu’elle détient, mais également à la clarté de sa référence démocratique, à sa capacité d’écoute et à son respect de l’ensemble des composantes du Parlement. Une institution législative forte, a-t-il souligné, ne constitue pas une contrainte pour le gouvernement, mais un facteur de réussite à travers le débat, le contrôle, la législation et l’identification précoce des dysfonctionnements.
Sur les questions nationales, le président du groupe socialiste a appelé à préserver la cohésion du front intérieur et les acquis liés à l’intégrité territoriale du Royaume. Il a également insisté sur la nécessité de concrétiser les orientations royales visant à assurer un meilleur équilibre entre croissance économique, justice sociale et justice territoriale, notamment à travers l’accélération des programmes intégrés de développement territorial.
Concernant la moralisation de la vie publique, Lachgar a salué la place accordée dans le programme gouvernemental à la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts. Il a rappelé que l’USFP avait déjà présenté plusieurs propositions législatives dans ce domaine, notamment sur l’enrichissement illicite et la création d’une instance chargée des affaires de l’État, des initiatives qui, selon lui, avaient rencontré des résistances sous la précédente majorité. Il estime désormais nécessaire de passer des déclarations à la mise en place d’un arsenal juridique clair et de mécanismes efficaces permettant de lutter contre la corruption, les conflits d’intérêts et l’utilisation abusive d’informations privilégiées, avec une reddition des comptes sans exception.
Sur le pouvoir d’achat, Lachgar a insisté sur la nécessité de faire en sorte que les mesures de contrôle des marchés, de lutte contre les monopoles et d’amélioration des circuits de distribution se traduisent réellement par une baisse des prix payés par les consommateurs. Il a mis en garde contre le risque que les aides publiques destinées à soutenir l’approvisionnement des marchés restent captées par des intermédiaires sans bénéficier directement aux citoyens.
Pour lui, le succès de ces politiques doit se mesurer à la disponibilité des produits essentiels à des prix raisonnables. Il a plaidé pour des conditions transparentes d’accès aux aides publiques, un contrôle régulier des prix et la publication des données relatives aux bénéficiaires ainsi qu’à l’impact réel des interventions publiques.
Le projet de loi de finances devra, selon lui, apporter des réponses concrètes sur les prix des produits alimentaires, notamment la viande, le poisson, les légumes et les autres biens de première nécessité. Sur le plan social, le président du groupe socialiste a salué plusieurs engagements annoncés par l’exécutif, dont la hausse progressive de l’aide sociale directe à 1.000 dirhams à la fin de la législature, le relèvement du minimum des principales pensions à 3.000 dirhams par mois ainsi que l’élargissement du droit à la pension de réversion des veuves jusqu’à 100 % de la pension du conjoint décédé.
Il estime que ces mesures vont dans le sens d’une meilleure protection de la dignité sociale et des conditions de vie. Sur le dossier des retraites, Lachgar a plaidé pour une réforme globale fondée sur le dialogue social, l’élargissement de la couverture, la pérennité des régimes et l’amélioration des pensions, tout en préservant les droits acquis et en tenant compte de l’équité entre les générations.
Il a insisté sur le fait que la réforme ne pouvait être réduite à de simples calculs techniques et devait intégrer la réalité vécue par les retraités et leurs familles. Dans le secteur de la santé, il a estimé que la réussite des réformes ne devait pas être mesurée par le nombre de lois ou de nouvelles institutions créées, mais par la capacité réelle des citoyens à obtenir un rendez-vous médical, accéder aux examens, aux médicaments et aux soins hospitaliers dans des délais raisonnables.
Il a appelé à fixer des objectifs mesurables pour les projets de santé, notamment en matière de réduction des délais d’attente, de résorption du manque de ressources humaines et d’amélioration de la répartition territoriale de l’offre de soins. Lachgar a également souligné que son groupe continuera à soutenir les initiatives susceptibles d’améliorer le système public de santé, comme il l’avait déjà fait lorsqu’il siégeait dans l’opposition.
Concernant l’éducation, il a considéré que la réforme de l’école publique devait commencer par l’amélioration des apprentissages fondamentaux, la garantie de conditions dignes pour les élèves et les enseignants et la réduction du décrochage scolaire, particulièrement dans les zones rurales et les quartiers périphériques. Il a également insisté sur la nécessité de consacrer des moyens suffisants à la réhabilitation des établissements et à la valorisation des personnels éducatifs, sans faire peser sur les enseignants seuls la responsabilité des dysfonctionnements de l’ensemble du système.
Le préscolaire doit, selon lui, devenir une composante pleinement intégrée de l’enseignement de base et non rester un dispositif secondaire. Sur l’emploi, le responsable socialiste a appelé à proposer aux jeunes et aux femmes des formations débouchant réellement sur des opportunités professionnelles.
Il a également plaidé pour un meilleur accompagnement des entreprises et pour des mécanismes de financement capables de favoriser la création d’emplois durables. Selon lui, l’efficacité des programmes d’insertion ne doit pas être évaluée par le nombre de participants aux formations, mais par le nombre de bénéficiaires ayant effectivement trouvé un emploi stable.
Il a par ailleurs appelé à une répartition plus équitable des investissements, des emplois et des services publics entre les différentes régions afin de réduire les disparités territoriales. Pour Lahgar, plusieurs orientations du programme gouvernemental rejoignent celles défendues par l’USFP lors des élections de 2026, notamment en matière de développement équitable, de création d’emplois, de dignité sociale et de construction d’un État plus efficace au service des citoyens. Mais cette convergence, a-t-il prévenu, augmente la responsabilité de l’exécutif plutôt qu’elle ne l’allège.
Le prochain projet de loi de finances constituera donc, selon lui, le premier véritable test permettant de vérifier si les priorités annoncées seront accompagnées de financements suffisants, d’un calendrier précis et d’indicateurs permettant au Parlement d’en mesurer les résultats. Il a enfin appelé le gouvernement à faire preuve de transparence concernant les réformes nécessitant davantage de temps, de législation ou de dialogue afin d’éviter que les engagements ne se transforment en promesses indéfiniment reportées.
Lahcen Lachgar a conclu en affirmant que son groupe travaillera à la réussite de la nouvelle expérience gouvernementale, tout en veillant à ce que les engagements annoncés se traduisent concrètement dans le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation et l’emploi. Selon lui, la réussite du gouvernement sera celle des Marocains, tandis que tout échec placera l’ensemble des acteurs concernés devant leurs responsabilités politiques et institutionnelles.






