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Benabdallah face à l’épreuve des résultats : gouverner, c’est rendre des comptes

Par Saad Bouachrine : Président de l’Institut International de la Gouvernance

Demander du temps est légitime. Mais, en politique, le temps ne vaut que par ce qu’on en fait. En prenant les rênes de l’Éducation nationale, Mohamed Nabil Benabdallah hérite de réformes engagées, d’accords sociaux en attente et de revendications pressantes. Ses premières déclarations posent une question essentielle : comment transformer les engagements politiques en résultats tangibles pour les citoyens ?

En sollicitant du temps pour agir, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Nabil Benabdallah, rappelle une réalité souvent oubliée dans le débat politique : une réforme structurelle ne produit pas ses effets en quelques semaines. Mais cette vérité ne saurait devenir un argument pour différer indéfiniment les réponses attendues. Car si les chantiers sont anciens, la responsabilité d’agir est désormais présente.

C’est toute l’ambiguïté du passage de l’opposition au gouvernement. Hier, il s’agissait de dénoncer les insuffisances et de défendre des revendications. Aujourd’hui, il faut arbitrer, décider, mobiliser des moyens et rendre compte. Les engagements politiques changent alors de nature : ils ne sont plus seulement des promesses, mais deviennent des obligations de mise en œuvre.

Le dossier des éducateurs du préscolaire en constitue le premier test. Retards de rémunération, revenus insuffisants, précarité des conditions de travail : ces difficultés interrogent directement la cohérence d’une réforme qui ambitionne de faire de l’éducation un levier de réduction des inégalités. Peut-on étendre le préscolaire sans consolider les conditions professionnelles de celles et ceux qui l’assurent ? Peut-on parler de qualité éducative sans garantir la stabilité de l’encadrement ?

Le dialogue annoncé par Benabdallah sera jugé non pas au nombre de réunions organisées, mais aux engagements qu’il permettra de concrétiser. Des échéances précises, des responsabilités identifiées et des résultats vérifiables : voilà ce que les professionnels sont en droit d’attendre.

La même exigence s’impose aux accords sociaux négociés en 2023 et aux réformes déjà engagées. Le ministre affirme la nécessité de préserver la continuité des chantiers éducatifs, notamment celui des écoles pionnières. Il a raison sur un point : changer de responsable ne signifie pas repartir de zéro. Mais la continuité n’est pas une fin en soi. Elle ne se justifie que si elle améliore les apprentissages, réduit les inégalités et renforce la qualité de l’école publique.

C’est ici que la gouvernance doit prendre le relais du discours politique. Une réforme ne peut être pilotée à la seule mesure des intentions affichées. Elle doit reposer sur des objectifs clairs, des indicateurs de performance, un suivi régulier et une évaluation des résultats. Combien d’engagements ont été exécutés ? Dans quels délais ? Avec quels effets sur les élèves, les personnels et les familles ? Ces questions devraient désormais structurer le débat public.

La lutte contre le décrochage scolaire illustre également cet impératif. Repérer les absences, développer les écoles de la deuxième chance et renforcer la formation par alternance sont des leviers utiles. Encore faut-il mesurer leur efficacité réelle : combien de jeunes sont effectivement réintégrés ? Combien poursuivent leur parcours ? Combien accèdent à une qualification ? Sans cette évaluation, l’action publique risque de confondre l’existence d’un dispositif avec la preuve de son efficacité.

Au-delà de l’école, les déclarations du secrétaire général du PPS touchent à des enjeux plus larges : pouvoir d’achat, protection sociale, corruption et défiance démocratique. Là encore, la crédibilité gouvernementale dépendra de la capacité à transformer les orientations en améliorations perceptibles. Une aide sociale se juge à son effet sur les conditions de vie. Une politique anticorruption se mesure à l’effectivité des contrôles et à la transparence des décisions. La confiance institutionnelle se construit lorsque les citoyens constatent que les engagements sont suivis d’effets.

La participation du PPS au gouvernement place donc ses responsables devant une exigence particulière : démontrer que les principes défendus dans l’opposition peuvent devenir des politiques publiques efficaces. Mais cette responsabilité ne repose pas sur un seul ministre. Elle engage l’ensemble de l’Exécutif, les administrations concernées et les mécanismes de coordination qui doivent permettre aux décisions de produire leurs effets.

Le véritable enjeu n’est pas de demander au gouvernement de tout résoudre immédiatement. Il est d’exiger qu’il établisse des priorités, fixe un calendrier crédible, rende visibles les progrès et explique les retards. Gouverner, ce n’est pas promettre l’impossible ; c’est rendre compte du possible et démontrer ce qui a été accompli.

Benabdallah demande du temps. Les citoyens, eux, attendent des preuves. Entre les deux doits s’installer une gouvernance fondée sur la responsabilité, la mesure des résultats et l’évaluation de l’impact. Car, au bout du compte, la réussite d’un ministre ne se juge ni à ses déclarations ni à ses intentions, mais à ce qui change réellement dans la vie des citoyens. Le temps politique peut être négocié ; la nécessité des résultats, elle, ne peut être indéfiniment reportée.

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