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Du port au marché : comment le prix de la sardine grimpe ?

Les prix de la sardine ont récemment connu une hausse notable dans plusieurs marchés du Maroc, suscitant un large débat parmi les consommateurs et les professionnels sur les raisons de cette augmentation touchant un produit longtemps associé à la consommation populaire au sein des ménages marocains.

Selon des professionnels du secteur de la pêche maritime, une série de coûts et de charges explique l’évolution du prix de la sardine depuis le port jusqu’aux marchés. Au port d’El Jadida, par exemple, la dernière enchère a débuté autour de 9 dirhams le kilogramme pour se stabiliser à 10 dirhams lors de la première vente.

Cependant, ce prix augmente progressivement après le débarquement du poisson au port, en raison de divers frais et prélèvements liés aux services de commercialisation, aux taxes communales et à d’autres charges professionnelles.

Ces coûts sont estimés à environ 1,5 dirham par kilogramme, auxquels s’ajoutent des contributions liées à la sécurité sociale et d’autres frais professionnels avoisinant 0,5 dirham. À cela s’ajoutent les coûts liés à la conservation du poisson, notamment la glace, les caisses et les matériaux d’emballage, estimés à environ 1 dirham par kilogramme.

Les frais de transport par camions frigorifiques depuis le port vers les marchés de Casablanca atteignent également près de 1,5 dirham par kilogramme, sans compter les salaires des ouvriers chargés du déchargement, du chargement et de la distribution.

Après l’ensemble de ces charges, le coût approximatif du kilogramme atteint environ 17,5 dirhams avant sa mise en vente au détail. Les commerçants y ajoutent ensuite une marge destinée à couvrir les frais de location, d’électricité et les pertes éventuelles.

En outre, le prix de la sardine dans plusieurs marchés oscille désormais entre 20 et 25 dirhams le kilogramme, avec des niveaux parfois plus élevés dans certaines villes de l’intérieur comme Fès, Meknès et Rabat.

Les professionnels attribuent également cette situation à des facteurs naturels propres au secteur de la pêche. La période actuelle correspond en effet à la saison de reproduction de la sardine, à laquelle s’ajoutent les effets des conditions météorologiques et de l’état de la mer, entraînant parfois une baisse des quantités pêchées et une pression accrue sur les prix.

Certains acteurs du secteur estiment par ailleurs que le débat sur les prix de la sardine remonte à des transformations intervenues dans la pêche maritime depuis le début des années 1990, lorsque les autorités ont décidé de geler l’octroi de nouvelles licences de pêche afin de limiter la pression sur les ressources halieutiques et préserver la durabilité des stocks.

Au fil des années, la flotte de pêche a connu une évolution technique importante, avec une augmentation notable de la capacité de nombreux bateaux. Dans la pêche côtière, la capacité des embarcations est ainsi passée d’une fourchette de 2 à 30 tonnes à parfois près de 90 tonnes, ce qui a accru la capacité globale de capture.

Des pêcheurs opérant dans ce segment indiquent que ces transformations sont désormais perceptibles en mer : les sorties en mer peuvent nécessiter plus de temps pour localiser les bancs de sardines qu’auparavant.

Certains professionnels soulèvent également la question de l’autorisation de chalutiers équipés de systèmes de refroidissement à l’eau de mer, capables de capturer de grandes quantités de poisson en un temps réduit, alimentant le débat sur l’impact de ces techniques sur l’équilibre des stocks halieutiques.

Le système de commercialisation du poisson joue aussi un rôle important dans la formation des prix au Maroc. Dans la plupart des ports, les poissons sont vendus aux enchères dans les marchés de gros, où les prix se déterminent selon l’équilibre entre l’offre et la demande.

Lorsque les quantités disponibles sont limitées par rapport à la demande des commerçants ou des unités de transformation et de mise en conserve, les prix augmentent automatiquement lors des enchères avant d’être répercutés sur les marchés de détail.

Les facteurs naturels restent également déterminants pour le volume des captures maritimes. Les déplacements des poissons dépendent de cycles biologiques liés aux périodes de reproduction et de migration, ainsi que des conditions météorologiques qui peuvent parfois empêcher les petites embarcations de sortir en mer.

Pour de nombreux professionnels, le débat autour des prix de la sardine reflète un défi plus large : trouver un équilibre durable entre l’exploitation des ressources marines et leur préservation.

Ils soulignent que la gestion des ressources halieutiques nécessite de réguler la capacité de la flotte de pêche, de respecter les périodes de repos biologique et de renforcer la recherche scientifique maritime afin de suivre l’évolution des stocks.

Dans ce contexte, la sardine demeure un indicateur révélateur des transformations du secteur de la pêche au Maroc, entre exigences du marché, protection des ressources marines et nécessité d’assurer l’approvisionnement du marché national en produits de la mer.

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