L’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH) a appelé à l’ouverture d’une enquête indépendante et exhaustive sur l’ensemble des décès, blessures et allégations de violations des droits humains, aussi bien du côté marocain que dans la partie de Ceuta et Melilla occupées administrée par l’Espagne. Cette demande intervient dans le contexte des événements liés aux tentatives de franchissement collectif ayant marqué la ville de Ceuta fin juillet 2026 et de leurs différentes conséquences, notamment les accusations de privation de nourriture visant des migrants, ainsi que des violences sexuelles contre des migrantes, des actes de violence et des discours racistes.
Lors d’une conférence de presse tenue mardi 18 août 2026 au siège de l’organisation pour présenter son rapport consacré aux opérations de franchissement vers Ceuta et Melilla occupées, le président de l’OMDH, Noufel El Baamrani, a appelé à rendre publics les résultats des enquêtes, à garantir aux victimes et à leurs familles leur droit à la vérité et à la réparation, ainsi qu’à mettre en œuvre des mesures de réparation conformément aux normes juridiques et aux standards internationaux en matière de droits humains.
Dans le cadre des violations relevées, Noufel El Baamrani a appelé les autorités espagnoles à ouvrir rapidement une enquête sur les soupçons de privation de nourriture visant les migrants en situation irrégulière arrivés à Ceuta occupée, notamment à la suite de la fermeture de commerces.
Le président de l’OMDH a indiqué avoir lui-même constaté la fermeture de plusieurs commerces lors d’une visite de terrain dans la ville et avoir recueilli les témoignages de jeunes faisant état de leurs difficultés liées au manque de nourriture. Il a insisté sur la nécessité de déterminer si ces commerces avaient été fermés sur décision des autorités administratives de Ceuta ou à l’initiative de leurs propriétaires.
Le militant des droits humains a également fait état de témoignages de migrants affirmant avoir subi des pressions de la part de patrouilles militaires leur demandant de repartir et les avertissant que s’ils restaient sur place, ils risquaient de « mourir de faim ».
Noufel El Baamrani a souligné que si l’existence de décisions officielles des autorités administratives espagnoles ordonnant la fermeture des commerces et la privation de nourriture des migrants était établie, de tels actes constitueraient, selon lui, une grave violation commise à l’encontre de ces personnes.
Le président de l’OMDH a par ailleurs appelé les autorités espagnoles à surseoir à l’inhumation des victimes de la migration irrégulière. Il a fait référence à des informations faisant état de l’inhumation prochaine d’environ 80 dépouilles, dont une vingtaine appartiendraient à des personnes non musulmanes, dénonçant ce qu’il qualifie de « discrimination dans le traitement des victimes » des récents mouvements migratoires collectifs.
Noufel El Baamrani a affirmé que l’administration de Ceuta occupée opérerait une distinction entre les dépouilles de musulmans et de non-musulmans sur la base de la couleur de peau. Selon ses déclarations, les personnes à la peau blanche seraient enterrées au cimetière Sidi Mbarek comme étant considérées comme musulmanes, tandis que celles à la peau plus foncée, notamment en raison de l’exposition au soleil, seraient enterrées dans le cimetière des étrangers en étant considérées comme non musulmanes.
Le président de l’organisation a souligné que les familles des victimes se trouvent dans une situation psychologique et sociale extrêmement difficile. Il a demandé que l’identité des dépouilles soit vérifiée avant toute inhumation et appelé à accélérer la coordination entre les autorités marocaines et espagnoles afin de permettre le rapatriement des dépouilles des victimes marocaines et leur inhumation dans la dignité.
L’OMDH a également fait état de témoignages concordants faisant état de violences et d’agressions contre certaines personnes présentes dans la ville, notamment des femmes et des jeunes filles. Cinq cas avaient officiellement été signalés.
Selon l’organisation, les médias locaux faisaient état, le 14 août 2026, d’une hausse du nombre de cas à 12. Des témoignages recueillis par l’OMDH évoquent quant à eux une trentaine de cas potentiels d’agressions sexuelles. L’organisation souligne toutefois qu’il est difficile de confirmer avec certitude ce dernier chiffre, rapporté par un acteur associatif local, et appelle les autorités de Ceuta à ouvrir une enquête sérieuse sur ces faits.
Noufel El Baamrani a également fait état de l’arrivée dans la ville de militants espagnols d’extrême droite, appartenant soit au mouvement radical « Noyau national », soit aux dirigeants du parti Vox, dans le but, selon lui, d’attiser les discours racistes contre les personnes en situation de transit et les migrants en général.
L’OMDH affirme que les habitants musulmans marocains de Ceuta ont fait face à ces mobilisations, qu’elle accuse d’alimenter les discours discriminatoires et racistes, déplorant l’absence d’intervention significative des autorités gouvernementales espagnoles ou de l’administration locale de Ceuta pour contrer ces initiatives jugées provocatrices.
L’organisation a également appelé à l’arrêt immédiat de toutes les campagnes de propagande et des discours racistes alimentant les discriminations contre les migrants à Ceuta et Melilla occupées.
L’OMDH estime qu’une partie importante de la crise ayant alimenté les tentatives de franchissement collectif, notamment chez les mineurs et les jeunes, est étroitement liée à la circulation d’informations trompeuses et de contenus numériques encourageant la migration.
L’organisation recommande à cet égard le lancement de campagnes de sensibilisation fondées sur des informations fiables et précises, ainsi que le renforcement des programmes d’éducation au numérique auprès des jeunes. Elle préconise également d’associer la société civile, les plateformes numériques et les médias nationaux aux efforts de prévention et de sensibilisation.
Les opérations de franchissement collectif ayant marqué Ceuta occupée à la fin du mois de juillet 2026 ont été caractérisées par d’importants écarts entre les chiffres communiqués par les différentes parties. Les autorités espagnoles ont estimé à environ 70.000 le nombre de personnes arrivées dans la ville, contre quelque 40.000 selon les données du ministère marocain de l’Intérieur.
Concernant le bilan humain, le ministère marocain de l’Intérieur a fait état de 14 décès par noyade, tandis que les autorités espagnoles ont évoqué près de 100 morts, en plus de plusieurs personnes portées disparues ou dont le sort demeure inconnu.






