Les initiatives, programmes et partenariats se multiplient au ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, mais derrière cette succession d’annonces, une question demeure : quels changements concrets ces politiques ont-elles réellement produits dans la vie des femmes marocaines ?
Sous la conduite de Naima Ben Yahia, le département a fait de l’autonomisation, de l’égalité, de l’inclusion et de la lutte contre la vulnérabilité des axes récurrents de son action. Conférences, forums, partenariats et programmes de moyen et long terme se succèdent, avec des objectifs qui s’inscrivent parfois dans des horizons allant jusqu’à 2035.
Cette projection dans le temps contraste toutefois avec l’urgence de plusieurs difficultés auxquelles les femmes restent confrontées aujourd’hui, notamment l’accès à l’emploi, la précarité économique, les violences, la faiblesse de certaines formes de protection sociale et les obstacles à l’autonomie financière.
C’est précisément sur ce terrain que le bilan du ministère mérite d’être interrogé. Au-delà du nombre de programmes lancés ou de conventions signées, l’évaluation d’une politique sociale repose d’abord sur sa capacité à produire des résultats mesurables auprès des populations auxquelles elle est destinée.
Combien de femmes ont pu accéder à une autonomie économique durable grâce aux dispositifs mis en place ? Combien d’emplois ont effectivement été créés ou facilités ? Quelle amélioration concrète a été apportée à la prise en charge des victimes de violences ? Et combien de familles ont pu sortir durablement d’une situation de vulnérabilité ?
Ces indicateurs sont d’autant plus importants que la communication institutionnelle autour des politiques destinées aux femmes reste largement dominée par les notions d’autonomisation, de sensibilisation, d’égalité et de gouvernance. Des concepts indispensables dans l’élaboration des politiques publiques, mais dont la portée dépend nécessairement de leur traduction en dispositifs accessibles et en résultats vérifiables.
Pour une femme confrontée à la précarité, l’enjeu immédiat demeure celui du revenu et de l’accès à l’emploi. Pour une victime de violences, il réside dans l’existence d’une protection rapide et effective. Pour une jeune diplômée sans emploi, la priorité est de disposer de véritables perspectives d’insertion économique. Dans ces situations, les campagnes de sensibilisation et les engagements à long terme ne peuvent se substituer à des réponses opérationnelles.
Le ministère se trouve ainsi confronté à une question de fond : la multiplication des initiatives constitue-t-elle le signe d’une politique sociale en construction ou finit-elle par masquer la difficulté à démontrer son impact réel ?
À mesure que les échéances politiques approchent, cette interrogation prend davantage de poids. La responsabilité d’un département chargé de la solidarité, de l’insertion sociale et de la famille ne se mesure pas uniquement à la densité de son agenda institutionnel, mais également à sa capacité à présenter des résultats précis permettant d’évaluer l’évolution des conditions de vie des catégories ciblées.
Naima Ben Yahia est donc attendue sur le terrain du bilan. Les programmes annoncés et les stratégies à horizon 2030 ou 2035 peuvent fixer une direction, mais ils ne dispensent pas le ministère de rendre compte des résultats obtenus aujourd’hui. Pour les femmes marocaines confrontées quotidiennement à la précarité, au chômage ou aux violences, le véritable indicateur de réussite reste moins le nombre de nouvelles initiatives annoncées que leur capacité à transformer concrètement leur situation.






