Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a réitéré son appel à la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, estimant que la privation continue de l’Afrique d’une représentation permanente au sein de l’organe onusien constitue une « injustice historique » qui ne peut plus durer face aux mutations géopolitiques et aux défis sécuritaires et de développement que connaît le monde. Lors de déclarations de presse faites depuis la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, M. Guterres a souligné que la question de la représentativité de l’Afrique ne relève pas de considérations symboliques ou de privilèges politiques, mais de la nécessité de renforcer la légitimité du Conseil et d’accroître son efficacité ainsi que sa capacité à faire face aux défis internationaux actuels.
Les déclarations du responsable onusien interviennent à l’issue de sa participation au 10ème Sommet annuel conjoint entre l’Union africaine et les Nations Unies, qui marque sa dernière participation avant la fin de son second mandat à la fin de cette année. Il a souligné que l’Afrique est devenue un acteur incontournable dans les débats internationaux relatifs à la paix, au développement et au changement climatique, notant que l’organisation continentale représente désormais la voix collective des pays en développement et porte les revendications de réforme du système international.
Au cœur de ce débat croissant sur l’élargissement de la catégorie des membres permanents du Conseil de sécurité, le Maroc émerge comme l’un des pays africains les plus pressentis pour occuper un siège permanent à l’avenir. Cela s’explique par son important capital diplomatique et sécuritaire accumulé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du continent, en plus de ses contributions continues aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et de son engagement dans la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine et pour le renforcement de la stabilité régionale. Le Royaume est également perçu comme un partenaire fiable dans la gestion des crises internationales, grâce à son approche basée sur la coopération Sud-Sud et le soutien au développement et à la stabilité de plusieurs pays africains.
M. Guterres a précisé que ses discussions avec les dirigeants africains ont porté sur quatre axes principaux : le renforcement du partenariat institutionnel entre l’Union africaine et l’ONU, le financement du développement durable, la lutte contre les changements climatiques, ainsi que l’accélération des efforts pour « faire taire les armes » sur le continent. Il a également annoncé la signature d’une nouvelle déclaration de coopération avec le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, visant à approfondir la coordination politique et institutionnelle entre les deux parties.
Le Secrétaire général de l’ONU a souligné que le « Pacte de l’avenir » adopté en 2024 a réaffirmé de manière claire la nécessité de réformer le Conseil de sécurité et d’accorder aux organisations régionales un rôle plus important dans la gouvernance des affaires internationales. Il a estimé que l’Afrique dispose aujourd’hui d’atouts économiques et stratégiques majeurs qui rendent sa présence indispensable au sein des centres de décision internationaux, notamment grâce à ses immenses richesses naturelles, sa population jeune, l’essor des projets d’énergie propre et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).
En revanche, M. Guterres a critiqué la lenteur des progrès dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063 et des Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030. Il a imputé au système financier mondial la responsabilité de l’aggravation de la vulnérabilité des économies africaines, en raison de la lourdeur de la dette et du coût élevé du financement, ce qui rend les dépenses dans des secteurs vitaux tels que la santé, l’éducation et l’eau plus onéreuses que dans le reste du monde. Il a toutefois salué les initiatives africaines visant à réformer l’architecture financière internationale, notamment le projet de création d’une agence africaine de notation de crédit, ainsi que les efforts de la Banque africaine de développement pour bâtir un système financier plus juste pour le continent.
Sur le front du changement climatique, M. Guterres a prévenu que l’Afrique est l’une des régions les plus touchées par le réchauffement climatique malgré sa contribution limitée aux émissions de gaz à effet de serre. Il a fait remarquer qu’en contrepartie, le continent possède un potentiel immense pour devenir une puissance mondiale dans le domaine des énergies renouvelables d’ici 2040, ce qui lui permettrait de produire dix fois plus d’électricité que ses besoins et d’approvisionner des centaines de millions d’habitants qui en sont actuellement privés.
Il a également révélé que l’Afrique n’attire qu’une part infime des investissements mondiaux dans l’énergie propre, en raison de la faiblesse des infrastructures et des perturbations des chaînes d’approvisionnement. Il a ainsi appelé les pays industrialisés à doubler les financements dédiés à l’adaptation climatique et à renforcer le Fonds pour les pertes et préjudices. Il a conclu ses déclarations en insistant sur la nécessité de mettre fin à l’exploitation des richesses du continent et d’orienter les investissements vers des industries manufacturières capables de diversifier les économies africaines et de renforcer leur autonomie en matière de développement.






