Pour plusieurs formations politiques, la participation au futur gouvernement n’a plus rien d’une hypothèse d’école. Les réunions de leurs instances décisionnelles, ce samedi, ont acté le passage des déclarations d’intention aux logiques de marchandage politique. C’est dans ce climat d’âpres tractations que Fatima Ezzahra El Mansouri s’apprête à engager une nouvelle phase de consultations, décisive pour dessiner les contours de la majorité que le Parti Authenticité et Modernité (PAM) entend bâtir.
La patronne du PAM aborde ce rendez-vous crucial avec une marge de manœuvre totale. Le Conseil national du parti s’est en effet gardé de verrouiller ses options, lui déléguant les pleins pouvoirs pour conduire les négociations et sceller les alliances. Elle sera épaulée dans cette tâche par un comité restreint composé de Fouzi Lekjaa, Ahmed Akhchichine et Abdellatif Ouahbi.
Ce chèque en blanc n’a pourtant pas été délivré sans heurts. Fatima Ezzahra El Mansouri a elle-même reconnu des débats « houleux », témoignant des vives tensions internes entre partisans d’un cordon sanitaire autour de certaines formations et défenseurs d’un dialogue sans exclusive. Ce tiraillement montre bien que la constitution de l’attelage gouvernemental ne répondra pas qu’à une simple arithmétique parlementaire, mais devra composer avec les sensibilités d’un parti sous pression.
RNI et Istiqlal : des prétendants empressés mais divisés
Dans le camp d’en face, le Rassemblement National des Indépendants (RNI) et le Parti de l’Istiqlal ont été les premiers à abattre leurs cartes. Le parlement du RNI s’est dit prêt à rempiler, confiant à son président, Mohamed Chouki, le soin d’arbitrer selon « l’intérêt national ». Côté Istiqlal, le conseil national a mandaté Nizar Baraka et son comité exécutif pour reprendre la langue avec la direction du PAM.
Derrière cette volonté affichée, la reconduction de la coalition sortante est pourtant loin d’être acquise. Au sein du PAM, une fronde menée par Hicham El M’haddari s’oppose ouvertement à toute alliance avec le RNI. Côté Istiqlal, les applaudissements nourris ayant salué l’annonce — vite démentie par Nizar Baraka — d’une prétendue éviction du parti de la « Colombe » révèlent une réelle aversion pour la formule précédente.
Une réaction qualifiée d’« inattendue » par un cadre dirigeant du RNI, qui y voit un signal politique lourd de sens. Preuve, s’il en fallait, que les échanges à venir dépasseront le cadre de la simple intégration à la majorité pour se concentrer sur le rapport de force et le partage de l’influence au sein du futur cabinet.
Prudence tactique pour la deuxième ligne
Face à ce duo pressé, le Mouvement Populaire (MP), l’Union Constitutionnelle (UC) et l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) préfèrent temporiser. Le MP a chargé son secrétaire général, Mohamed Ouzzine, de tâter le terrain avant de trancher. L’UC a accordé les mêmes prérogatives à Mohamed Joudar, tandis que l’USFP a laissé sa session ouverte, confiant à Driss Lachgar le soin de conduire les pourparlers avec la cheffe du gouvernement désignée.
Quant au Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), il réserve encore sa réponse dans l’attente d’une réunion extraordinaire de son comité central mardi. À l’inverse, le Parti de la Justice et du Développement (PJD) a rapidement coupé court aux spéculations en annonçant son boycott des tractations, se posant d’ores et déjà en chef de file de l’opposition pour la législature à venir.
Fatima Ezzahra El Mansouri se retrouve ainsi face à trois blocs distincts : des alliés déclarés, des indécis en quête de garanties et un opposant résolu. Tout l’enjeu des jours à venir ne sera pas seulement d’atteindre le seuil de la majorité absolue, mais de bâtir une coalition politique réellement viable.
Négociations gouvernementales : entre démonstrations de force et manœuvres en coulisses






