Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a durci le ton à l’encontre de plusieurs partenaires de son pays au sein de l’Union européenne. Il a accusé certains gouvernements d’adopter des positions qualifiées d’« égoïstes, polarisantes et illégales » dans la gestion de la crise migratoire qu’a connue la ville de Ceuta, tout en appelant à une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur de l’UE afin de coordonner une position européenne unifiée.
Les déclarations de M. Sánchez figurent dans une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au président du Conseil européen, António Costa, ainsi qu’au premier ministre irlandais, Micheál Martin, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE. Le chef du gouvernement espagnol y exprime son inquiétude face aux réactions de certains gouvernements européens à la suite de l’afflux massif de migrants vers Ceuta.
Le dirigeant espagnol a affirmé que la majorité des États membres avaient fait preuve de solidarité envers Madrid, tandis que d’autres gouvernements ont choisi d’attaquer l’Espagne et de réclamer la suspension de sa participation à l’espace Schengen. Il a estimé que ces prises de position reposent sur des « préjugés, des fausses informations et des calculs politiques », en contradiction avec le droit européen et le principe de solidarité entre les pays membres.
Ces développements interviennent alors que l’Italie a annoncé la suspension de sa coopération avec l’Espagne dans le cadre de l’accord de Schengen, tandis que le Danemark et la Finlande ont appelé à étudier des mesures similaires, après l’arrivée d’environ 50 000 migrants en provenance du Maroc à Ceuta en un court laps de temps, ce qui a replacé la question migratoire au cœur du débat européen.
M. Sánchez a souligné que les autorités espagnoles ont réussi à reprendre le contrôle des frontières en moins de 48 heures. Il a précisé que Madrid a renvoyé « la quasi-totalité » des migrants entrés de manière irrégulière dans la ville et a empêché leur passage vers le reste des pays européens, en coordination avec les autorités marocaines.
S’appuyant sur les données de l’agence Frontex, le président du gouvernement espagnol a fait remarquer qu’entre 2021 et 2026, l’Espagne a enregistré environ la moitié du nombre d’entrées irrégulières recensées par l’Italie, bien qu’elle soit le seul pays européen à posséder des frontières terrestres directes avec le continent africain.
Il a également rappelé que la ville de Ceuta ne fait pas partie de l’espace Schengen, estimant que les demandes visant à suspendre l’Espagne de cet accord ne reposent sur aucun fondement juridique et ne correspondent pas à la réalité du terrain après le rétablissement du contrôle frontalier.
En revanche, l’Italie et le Danemark, à travers une lettre conjointe rejointe par l’Allemagne et plus de vingt autres pays européens, ont exigé la tenue d’une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur. Ces pays ont appelé à un durcissement des politiques migratoires et au renforcement de la protection des frontières extérieures de l’UE, estimant que les programmes de régularisation des migrants peuvent constituer un facteur d’attraction pour l’immigration irrégulière.
Le gouvernement espagnol a rejeté cet argument, affirmant que son programme de régularisation ne donne aux bénéficiaires le droit de travailler qu’en Espagne, sans leur accorder la liberté de circulation ou de travail dans les autres pays de l’Union européenne.
Parallèlement, l’Union européenne a engagé des consultations d’urgence pour contenir les répercussions de cette crise. Celles-ci ont inclut des contacts entre ministres de l’Intérieur et des appels à des réunions de coordination pour examiner la situation, sur fond de divisions croissantes entre partisans d’un durcissement des contrôles frontaliers et défenseurs d’une approche fondée sur le respect des engagements juridiques et humanitaires ainsi que le partage des responsabilités entre États membres.
M. Sánchez a conclu sa lettre en réaffirmant que la protection des frontières extérieures est une responsabilité collective. Il a appelé à une réponse européenne rapide et coordonnée, avertissant que les positions unilatérales compromettent l’unité de l’Union face aux défis de l’immigration.






