La scène politique marocaine entre de plein pied dans sa phase post-électorale, esquissant ses premiers contours sur fond de tractations complexes et de positions tranchées. Tandis que le Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM) affiche une ouverture mesurée à tous les schémas d’alliance, le Parti de la Justice et du Développement (PJD) dresse un barrage net à toute participation sous une houlette menée par les tractations du « PAM ».
Au cœur de cette dynamique, Fatima-Zahra Mansouri, coordinatrice générale de la direction collégiale du PAM, a réaffirmé la disposition de sa formation à dialoguer sans exclusive. Selon elle, aucun veto ne sera opposé aux partis respectant les constantes fondamentales du Royaume. Tout en soulignant que les pourparlers officiels n’ont pas encore débuté au sein de son instance, elle a insisté sur le fait que l’élaboration des programmes et la réponse aux grands défis nationaux constitueront les boussoles des futures concertations.
Mme Mansouri a ainsi tendu la main à l’ensemble des forces politiques, y compris ses plus féroces contradicteurs de la campagne électorale. Pour elle, la page des urnes doit être tournée au profit de l’intérêt général, exigeant de la classe politique un sursaut d’éthique et de responsabilité.
À l’opposé, le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, a opposé une fin de non-recevoir à l’idée d’intégrer un exécutif piloté par le PAM. Si cette position reflète pour l’heure une conviction personnelle, elle reste toutefois suspendue à la validation formelle du Conseil national du parti.
Ces postures irréconciliables dessinent une pluralité de scénarios pour l’architecture de la prochaine majorité, redéfinissant les équilibres au sein d’un échiquier parlementaire profondément remanié.
Décryptage : Entre continuité et nouvelles équations
Pour l’analyste et expert politique Mohamed Chiker, ces résultats électoraux n’opèrent pas de rupture radicale avec la configuration précédente. L’ossature de l’ancien gouvernement se maintient aux premiers rangs, bien que les urnes en aient subtilement redistribué les poids.
M. Chiker attribue la percée du PAM, désormais premier aux dépens du Rassemblement National des Indépendants (RNI), à sa stratégie d’attractivité des notables ainsi qu’à l’adhésion remarquée de Fouzi Lekjaa à son bureau politique. En parallèle, le PJD a su capitaliser sur le vote contestataire ciblant le RNI pour doubler sa représentation parlementaire, tout en profitant de l’âpre duel entre le PAM et le RNI pour récupérer des sièges laissés vacants. De son côté, l’Istiqlal consolide sa traditionnelle troisième place malgré son ancrage dans la coalition sortante.
Les trois scénarios de l’exécutif
La physionomie du futur gouvernement dépendra, d’une part, du choix royal quant à la personnalité désignée à la Primature et, d’autre part, de la nature des compromis partisans. M. Chiker esquisse trois scénarios majeurs :
La reconduction de la formule sortante : Malgré les escarmouches et les rejets mutuels affichés par le RNI et le PAM en pleine campagne, un statu quo prolongeant l’ancienne alliance demeure envisageable.
L’alternative centriste et progressiste : Une coalition menée par le PAM s’alliant à l’Istiqlal, à l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) et au Parti du Progrès et du Socialisme (PPS).
L’hypothèse d’ouverture élargie : Un attelage improbable mais techniquement possible associant le PAM, l’Istiqlal et le PJD, que les frictions historiques et personnelles entre les deux derniers partis rendent toutefois hautement hypothétique.
En guise de conclusion, l’analyste souligne que la dégringolade du RNI — qui concède près de 36 sièges — confère à la logique démocratique l’impératif de voir le second parti des urnes basculer vers l’opposition. Un tel positionnement permettrait d’éviter l’écueil de la législature précédente, marquée par un déséquilibre criant entre une majorité pléthorique et une opposition exsangue et numériquement affaiblie.






