Éducation

Parlement:La réponse du ministre suffit-elle à expliquer le gel de la filière Communication à l’UIT?

Le débat autour de la filière des Sciences de l’Information et de la Communication à la Faculté des Langues, des Lettres et des Arts de l’Université Ibn Tofaïl a pris une nouvelle ampleur après la réponse du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation à la question parlementaire portant sur ce dossier sensible. Loin d’apaiser les interrogations, cette réponse semble au contraire avoir ravivé les doutes au sein des milieux universitaires quant à la gestion institutionnelle de cette affaire.

Au centre de la controverse, un paradoxe demeure difficile à expliquer : comment une filière officiellement validée par le Conseil de l’université peut-elle être ensuite écartée de la carte universitaire sans clarification préalable ni coordination transparente avec les structures concernées ?

Dans sa réponse, le ministre a évoqué des insuffisances liées aux procédures d’accréditation et de coordination pédagogique, laissant entendre que le projet n’aurait pas rempli toutes les conditions requises. Pourtant, les éléments avancés par l’équipe pédagogique ainsi que les documents circulant dans le dossier indiquent que le projet avait suivi un processus administratif et académique complet, conformément aux mécanismes réglementaires en vigueur au sein de l’université.

Le 23 janvier 2025, lors de la quatrième session du huitième mandat, le Conseil de l’Université Ibn Tofaïl avait d’ailleurs adopté officiellement le décret n°59/25 portant création de la filière des Sciences de l’Information et de la Communication. Une validation institutionnelle qui rend aujourd’hui difficile toute tentative de considérer le dossier comme un simple projet inachevé ou irrégulier.

Cette situation soulève alors plusieurs interrogations de fond. Si des anomalies procédurales existaient réellement, comment le projet a-t-il pu parvenir jusqu’à l’étape de validation par la plus haute instance décisionnelle de l’université ? Le Conseil universitaire aurait-il pu approuver un projet ne respectant pas les dispositions réglementaires et pédagogiques en vigueur ?

Plus troublant encore, aucun rappel officiel ni demande institutionnelle de régularisation ne semble avoir été adressé à temps par le ministère. Le projet a poursuivi son parcours au sein des circuits universitaires jusqu’à son adoption formelle, avant d’être finalement absent de la carte universitaire publiée ultérieurement, dans un contexte marqué par le silence administratif et l’absence d’explications détaillées.

Le dossier dépasse désormais le simple cadre technique ou pédagogique. Pour de nombreux observateurs, c’est la place même du décisionnel universitaire qui se retrouve aujourd’hui questionnée. Car traiter un arrêté validé par le Conseil de l’université comme une décision pouvant être suspendue implicitement, sans justification institutionnelle claire, alimente les interrogations sur la gouvernance de l’enseignement supérieur et sur les limites réelles de l’autonomie universitaire.

Par ailleurs, la réponse ministérielle n’a pas répondu à une interrogation centrale qui continue d’alimenter le débat au sein de la communauté universitaire : pourquoi aucun dialogue direct n’a-t-il été engagé avec l’université et l’équipe pédagogique afin de corriger d’éventuelles insuffisances avant d’en arriver à une situation de blocage et de confusion ?

Beaucoup estiment qu’il aurait été plus cohérent, de la part du ministère en tant qu’autorité de tutelle et d’encadrement, d’opter pour une logique de coordination institutionnelle plutôt que pour une gestion marquée par l’ambiguïté et les décisions tardives. Car l’université ne peut être réduite à une simple structure administrative secondaire ; elle demeure une institution académique disposant de mécanismes de délibération et de compétences reconnues par les textes.

Réduire aujourd’hui le dossier à des arguments techniques tardifs ne suffit donc pas à effacer le fait essentiel : la filière avait obtenu une validation officielle du Conseil de l’université, tandis que l’équipe pédagogique affirme avoir respecté l’ensemble des procédures administratives et pédagogiques requises.

Au fil des semaines, l’affaire s’est transformée en une question beaucoup plus large touchant à la valeur réelle des décisions prises par les Conseils universitaires dans le système marocain d’enseignement supérieur. Ces décisions possèdent-elles encore une véritable portée institutionnelle, ou peuvent-elles être suspendues, réinterprétées ou neutralisées administrativement à tout moment ?

Une chose semble certaine : loin de clore la polémique, la réponse ministérielle a renforcé les zones d’ombre entourant ce dossier, en laissant persister une contradiction majeure entre l’existence d’une décision universitaire officielle et la disparition effective de la filière de la carte universitaire.

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