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Un rapport officiel appelle à réformer le système de stockage des carburants au Maroc

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a mis en lumière les faiblesses structurelles du système marocain de stockage des produits pétroliers, alertant sur des dysfonctionnements susceptibles de compromettre la sécurité énergétique du Royaume en cas de crise, dans un contexte marqué par une dépendance totale aux importations de produits pétroliers raffinés et par la volatilité des chaînes d’approvisionnement ainsi que des prix internationaux.

Dans son rapport annuel au titre de l’année 2025, le Conseil souligne que les produits pétroliers représentent toujours 51 % du mix énergétique national. La consommation totale de gazole, d’essence et de fioul atteint près de 12,8 millions de tonnes, dont le gazole représente à lui seul 73 %.

Le document prévoit une hausse de la demande nationale en produits pétroliers d’environ 16 % à l’horizon 2030, ce qui accentuera la pression sur les capacités de stockage et renforcera la nécessité de disposer de réserves suffisantes pour garantir la continuité de l’approvisionnement en période de perturbations internationales.

Le CESE rappelle que l’arrêt de la raffinerie Samir en 2015 a rendu le Maroc entièrement dépendant des importations de carburants raffinés, augmentant ainsi son exposition aux retards de livraison, aux perturbations du transport maritime et aux fluctuations des marchés internationaux.

Le rapport critique également l’absence de publication régulière et transparente des données relatives aux stocks nationaux, estimant que les informations disponibles sont diffusées de manière irrégulière, sans mécanisme institutionnel garantissant leur actualisation et leur accessibilité aux opérateurs économiques et au grand public.

Selon les indicateurs officiels et les rapports de la Cour des comptes, les réserves nationales demeurent inférieures au seuil légal fixé à soixante jours de consommation, ce qui complique l’évaluation de l’évolution réelle des stocks et de la capacité du pays à faire face aux crises. Le modèle marocain repose sur l’obligation faite aux sociétés privées importatrices et distributrices de constituer et de gérer les stocks, sans que l’État ne dispose d’une réserve stratégique publique mobilisable en cas de circonstances exceptionnelles.

Le Conseil relève que plusieurs pays ont adopté d’autres modèles, fondés soit sur un stockage public direct, soit sur un système mixte combinant réserves stratégiques de l’État et stocks obligatoires détenus par les opérateurs privés. Le rapport met également en évidence le caractère obsolète du cadre juridique régissant le secteur, datant de 1971, ainsi que le manque de clarté des règles de calcul des volumes de stockage imposés aux importateurs et des obligations applicables aux entreprises assurant à la fois l’importation et la distribution.

Il estime en outre que les sanctions en vigueur ont perdu leur caractère dissuasif, faute d’avoir été actualisées depuis 1973, alors que les contrôles demeurent limités et que les mesures répressives à l’encontre des entreprises en infraction sont insuffisamment appliquées. Le CESE précise que les contrôles reposent essentiellement sur les déclarations périodiques des entreprises, sans inspections systématiques permettant de constater officiellement les infractions et d’engager les responsabilités juridiques correspondantes.

Le rapport établit enfin un lien étroit entre sécurité énergétique et pouvoir d’achat, soulignant que la disponibilité des carburants doit s’accompagner de prix accessibles, compte tenu de leur impact direct sur le transport, les coûts de production ainsi que le prix des biens et des services. Le Conseil recommande une réforme globale de la législation encadrant les stocks stratégiques, avec une définition claire des objectifs de stockage, des modalités de financement, des conditions de mobilisation et des mécanismes de contrôle. Il préconise également la mise en place d’un système combinant une réserve stratégique publique et des stocks obligatoires détenus par les opérateurs privés.

Parmi ses recommandations figurent également le recours à des outils numériques permettant un suivi en temps réel des stocks disponibles, la création d’un corps d’inspecteurs assermentés, le renforcement des sanctions, ainsi que l’étude d’un mécanisme visant à affecter une partie des marges bénéficiaires des compagnies pétrolières au financement de l’extension des capacités de stockage.

En outre, le CESE appelle à simplifier les procédures d’autorisation pour la construction de nouveaux dépôts, à faciliter la mobilisation du foncier et à orienter les investissements vers les régions souffrant d’un déficit en infrastructures de stockage, afin d’assurer une répartition plus équilibrée des réserves et de réduire les risques de rupture d’approvisionnement.

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