En dépit des tensions politiques récurrentes entre Rabat et Madrid, la communauté marocaine établie en Espagne continue d’injecter des milliards de dirhams dans l’économie nationale. En 2025, ses transferts ont atteint près de 1,589 milliard d’euros, soit l’équivalent de plus de 1 % du produit intérieur brut du Royaume.
Selon le quotidien espagnol « El País », qui s’appuie sur les données de la Banque d’Espagne, le pays ibérique est désormais devenu la deuxième source des transferts effectués par les Marocains résidant à l’étranger, représentant près de 15 % de l’ensemble des fonds acheminés vers le Maroc.
La France occupe la première place, avec des transferts avoisinant 3,4 milliards d’euros par an, soit plus de 30 % du total. Cette prépondérance s’explique notamment par la présence d’une communauté marocaine de plus de 1,5 million de personnes. L’Italie arrive en troisième position, avec près de 800 millions d’euros.
Au total, les transferts des Marocains du monde atteignent près de 12 milliards d’euros par an, soit l’équivalent de 7,5 % du produit intérieur brut, un niveau proche des recettes générées par le secteur touristique.
À la lumière de ces chiffres, le Maroc figure parmi les principaux pays africains bénéficiaires des transferts de fonds de leur diaspora, aux côtés de l’Égypte et du Nigeria, et ce malgré les écarts considérables de population entre ces trois pays.
Le quotidien espagnol souligne l’importance de ces flux financiers pour une économie marocaine qui demeure tributaire des devises étrangères afin de financer ses importations, lesquelles représentent environ 53 % du produit intérieur brut, dans un contexte marqué par une forte dépendance à l’égard des biens et produits provenant des marchés extérieurs.
Les transferts effectués depuis l’Espagne vers le Maroc ont plus que triplé au cours de la dernière décennie, progressant à un rythme supérieur à celui de l’ensemble des fonds envoyés depuis l’Espagne vers le reste du monde, dont le montant global s’est établi à 12,2 milliards d’euros en 2025.
« El País » attribue cette progression, entre autres, au recours accru des membres de la diaspora marocaine aux circuits bancaires et aux sociétés spécialisées dans les transferts d’argent depuis la pandémie de Covid-19, au détriment du transport d’espèces lors des déplacements vers le Maroc. La hausse du salaire minimum en Espagne a également contribué à cette dynamique.
Depuis 2018, le salaire minimum mensuel sur le marché du travail espagnol a augmenté de plus de 60 %, pour atteindre 1 221 euros, contribuant ainsi à améliorer les revenus des travailleurs marocains et, par conséquent, leur capacité à transférer davantage d’argent à leurs familles.
Cité par le quotidien, le chercheur Íñigo Moré estime que les Marocains figurent parmi les principaux bénéficiaires des revalorisations successives du salaire minimum, une proportion importante d’entre eux exerçant dans des secteurs caractérisés par de faibles rémunérations, notamment l’agriculture et la construction.
Selon la même source, les difficultés linguistiques limitent toutefois la mobilité d’une partie des travailleurs marocains vers les métiers des services, de l’hôtellerie et de la restauration, ce qui contribue à concentrer leur présence dans les activités reposant davantage sur le travail manuel.
Les données de l’Institut national espagnol de la statistique montrent ainsi que les travailleurs africains représentent 15,6 % des personnes employées dans l’agriculture et 14 % de celles travaillant dans le secteur de la construction, tandis que leur présence demeure plus limitée dans l’hôtellerie et la restauration.
Les estimations de l’Organisation internationale du travail indiquent, par ailleurs, que le pouvoir d’achat d’un salarié rémunéré au salaire minimum en Espagne est près de trois fois supérieur à celui de son homologue au Maroc. Un écart qui continue d’alimenter les aspirations de milliers de Marocains à émigrer vers la rive nord de la Méditerranée.
Plus d’un million de personnes d’origine marocaine résident aujourd’hui en Espagne, constituant ainsi la première communauté étrangère du pays. Le poids croissant de leurs transferts dans l’économie marocaine se confirme ainsi, y compris durant les périodes marquées par un regain de tensions politiques ou frontalières entre les deux pays.






