Au lendemain de son déplacement à Ceuta, le roi d’Espagne Felipe VI et la reine Letizia se sont rendus, ce mercredi 14 octobre 2026, à Melilla, où ils ont été accueillis par une foule brandissant des drapeaux espagnols et scandant des slogans en leur honneur, selon des images diffusées par la télévision espagnole.
Cette visite revêt une portée particulière puisqu’il s’agit du premier déplacement d’un souverain espagnol à Melilla depuis celui effectué en 2007 par Juan Carlos Ier, père de Felipe VI. À l’époque, cette visite avait provoqué une crise diplomatique avec Rabat, sur fond de différend persistant autour du statut de Ceuta et Melilla.
Le déplacement du couple royal intervient cette fois dans un contexte régional particulièrement sensible, quelques mois seulement après l’arrivée sans précédent de plus de 70 000 migrants en provenance du Maroc à Ceuta, à la fin du mois de juillet 2026. Cet afflux massif avait placé l’enclave sous une pression humanitaire, sécuritaire et logistique considérable, tout en remettant la coopération migratoire entre Rabat et Madrid au centre des débats.
La visite intervient également à moins de sept semaines des élections législatives anticipées prévues en Espagne le 29 novembre. La question migratoire devrait occuper une place centrale dans la campagne, alors que les partis espagnols multiplient les prises de position sur la gestion des frontières, la politique d’asile et les relations avec le Maroc.
Lors de son déplacement à Ceuta, mardi, Felipe VI avait tenu des propos particulièrement fermes sur le statut des deux villes. « Ceuta et Melilla font partie intégrante de la réalité politique et nationale que représente l’Espagne. La souveraineté de notre pays et son intégrité territoriale ne sont pas négociables », avait déclaré le souverain. Une prise de position notable de la part d’un monarque qui intervient rarement de manière aussi explicite sur des sujets politiques sensibles.
Felipe VI avait toutefois parallèlement insisté sur la nécessité pour l’Espagne d’entretenir des « relations de bon voisinage » avec le Maroc, illustrant le délicat équilibre que Madrid tente de préserver entre affirmation de ses positions sur Ceuta et Melilla et maintien d’un partenariat stratégique avec Rabat.
Le souverain avait également assuré aux quelque 80 000 habitants de Ceuta que l’État espagnol ne les laisserait « ni seuls ni sans protection », dans une ville encore profondément marquée par les conséquences de la crise migratoire de l’été.
Une visite suivie de près à Rabat
Ces déplacements successifs à Ceuta et Melilla interviennent alors que les relations maroco-espagnoles traversent une séquence particulièrement sensible. Quelques jours auparavant, le roi Mohammed VI avait défendu le caractère stratégique du partenariat avec l’Espagne tout en rejetant fermement toute logique de « pression » ou de « chantage ».
Dans son discours devant les représentants de la Nation à l’occasion de l’ouverture du Parlement, le souverain marocain avait souligné les avancées importantes enregistrées dans les relations avec Madrid, notamment dans le domaine de la lutte contre l’immigration irrégulière, tout en reconnaissant que cette coopération faisait désormais face à des « défis majeurs ».
La migration demeure en effet l’un des piliers, mais aussi l’un des dossiers les plus sensibles, de la relation entre les deux voisins. Le Maroc joue un rôle déterminant dans le contrôle des départs irréguliers vers l’Espagne, tandis que Ceuta et Melilla constituent les seules frontières terrestres entre le territoire européen et le continent africain.
Les événements de juillet ont néanmoins montré les limites de ce dispositif et replacé au premier plan la question du partage des responsabilités entre Rabat, Madrid et l’Union européenne en matière de gestion des flux migratoires. Au-delà de sa dimension protocolaire, la tournée de Felipe VI dans les deux villes possède donc une forte charge politique et symbolique.
Pour Madrid, ces déplacements permettent de réaffirmer la présence de l’État espagnol et de rassurer des populations confrontées aux pressions migratoires. Pour Rabat, ils interviennent sur un dossier historiquement sensible, alors que le Maroc conteste la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla.
La difficulté consiste désormais, pour les deux capitales, à éviter que ces désaccords ne fragilisent une relation devenue stratégique dans de nombreux domaines, allant de la sécurité et de la migration aux échanges commerciaux, à l’énergie et à la coopération économique.
Entre affirmation de souveraineté côté espagnol et défense de ses positions côté marocain, la visite de Felipe VI à Melilla intervient ainsi à un moment où chaque geste et chaque déclaration sont susceptibles d’être interprétés bien au-delà de leur dimension protocolaire.






