De récents chiffres de Bank Al-Maghrib font état de difficultés croissantes pour les ménages marocains à honorer leurs engagements financiers envers les banques. L’encours des crédits en souffrance s’est établi à 44,3 milliards de dirhams, soit 4 430 milliards de centimes, à fin septembre 2026, en hausse de 5 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Cette évolution intervient alors que les crédits bancaires aux particuliers continuent de progresser, malgré une légère baisse des taux d’intérêt au troisième trimestre de l’année. Elle traduit la persistance des difficultés rencontrées par un certain nombre d’emprunteurs pour faire face à leurs obligations.
Selon le rapport mensuel de Bank Al-Maghrib sur la conjoncture économique, monétaire et financière de novembre, la part des créances en souffrance des ménages atteint 10,9 % du total des financements qui leur sont accordés. Autrement dit, plus d’un crédit sur dix consenti aux particuliers connaît des difficultés de remboursement et de recouvrement.
Parallèlement, l’encours total des crédits bancaires aux ménages s’est établi à 405,5 milliards de dirhams à fin septembre, en progression annuelle de 3,5 %. Il se répartit notamment entre 262,8 milliards de dirhams de crédits à l’habitat et 63,8 milliards de dirhams de crédits à la consommation, en hausse respective de 2,6 % et de 5,4 %.
La comparaison des deux indicateurs montre que les créances en souffrance augmentent plus vite que l’ensemble des crédits accordés aux ménages : 5 % contre 3,5 %. Ce qui témoigne de l’élargissement du volume d’échéances que les emprunteurs ne parviennent plus à régler dans les délais.
D’après les mêmes données, les créances en souffrance avaient enregistré une hausse annuelle de 6,7 % à fin août, avant que le rythme de progression ne retombe à 5 % le mois suivant. Leur encours a par ailleurs reculé de 0,8 % par rapport à août, sans que cela n’interrompe leur hausse sur un an.
Crédits immobiliers et à la consommation
Les crédits immobiliers continuent de représenter la plus grande part des financements aux ménages, avec un encours de 262,8 milliards de dirhams, dont 260,4 milliards destinés au financement de l’habitat, en hausse annuelle de 2,6 %.
Les crédits à la consommation, eux, ont atteint 63,8 milliards de dirhams, en progression de 5,4 %, contre 5,1 % à fin août. Cette accélération reflète l’appétit pour ce type de financements, liés à l’achat de véhicules et d’équipements domestiques ou à la couverture de dépenses personnelles diverses.
Ces chiffres soulèvent des interrogations sur la capacité des ménages à supporter leurs charges bancaires, en particulier pour les emprunteurs qui remboursent à la fois un crédit immobilier et un crédit à la consommation, avec le poids que cela fait peser sur leurs revenus mensuels.
Des taux en légère baisse
Les taux d’intérêt appliqués aux crédits aux particuliers ont légèrement reculé : leur moyenne est passée à 5,56 % au troisième trimestre 2026, soit une baisse de trois points de base par rapport au trimestre précédent, tandis que la moyenne générale des taux bancaires s’est repliée à 4,57 %.
Cette baisse concerne les financements immobiliers, dont le taux moyen s’est stabilisé à 4,50 %, ainsi que les crédits à la consommation, dont le taux a perdu 13 points de base pour s’établir à 6,68 %. En revanche, les taux associés aux comptes débiteurs et aux crédits de trésorerie aux particuliers ont augmenté de 98 points de base, pour atteindre 6,49 %.
Toutefois, la baisse des taux ne signifie pas nécessairement une diminution des mensualités pour tous les emprunteurs, compte tenu de la diversité des contrats bancaires et des conditions de financement, ainsi que de la durée de remboursement restante et du montant initial du prêt.
Une part de 42 % dans les créances en souffrance
Pour l’ensemble des crédits bancaires, les créances classées en souffrance ont atteint 105,5 milliards de dirhams à fin septembre 2026, en hausse annuelle de 2,3 %, même si leur part dans le total des crédits est retombée à 7,9 %, contre 8,2 % en août.
Les créances en souffrance sur les entreprises privées non financières s’élèvent à 60,4 milliards de dirhams, en augmentation annuelle limitée à 0,5 %, avec un taux de défaut de 11,8 % dans cette catégorie, contre 10,9 % pour les ménages.
Ces chiffres montrent que les ménages concentrent environ 42 % de l’ensemble des créances bancaires en souffrance, ce qui fait des crédits aux particuliers l’une des principales sources de risque pour la qualité du portefeuille de financements des établissements bancaires.
Cette évolution coïncide avec la poursuite de l’expansion de l’activité de crédit des banques : l’encours total des crédits distribués a atteint 1 333,3 milliards de dirhams à fin septembre, en hausse annuelle de 12,2 %, tandis que les financements destinés au secteur non financier ont atteint 1 084,3 milliards de dirhams, en progression de 11,2 %.
Les crédits accordés aux entreprises privées non financières ont augmenté de 13,8 %, contre seulement 3,5 % pour les ménages, ce qui reflète un net écart dans le rythme auquel les différents acteurs économiques bénéficient des financements bancaires.
Un marché du travail sous pression
Ces indicateurs surviennent dans un contexte de pression persistante sur le marché du travail : Bank Al-Maghrib indique que l’économie nationale a perdu 173 000 emplois entre les deuxième et troisième trimestres de l’année, alors que le taux de chômage a atteint 10,5 % au niveau national et 12,5 % en milieu urbain.
Ces données posent des défis supplémentaires aux ménages qui dépendent de salaires mensuels ou de revenus professionnels pour couvrir leurs dépenses et rembourser leurs crédits, d’autant que la stabilité de leurs ressources peut être affectée par les fluctuations du marché du travail. Il convient toutefois de préciser que les chiffres disponibles n’établissent pas de lien direct entre les pertes d’emplois et la hausse des créances en souffrance.
Ces évolutions replacent la question de l’endettement des ménages marocains au cœur du débat économique, alors que les crédits à l’habitat et à la consommation continuent de croître et que les échéances en difficulté de recouvrement s’accumulent. Les banques sont ainsi confrontées au défi de concilier l’expansion du financement et la limitation des risques de défaillance des emprunteurs.
Endettement des ménages : les crédits en souffrance atteignent 44,3 milliards de dirhams






