Le gouvernement s’oriente vers un renforcement du stock stratégique de produits énergétiques, par l’élargissement des capacités de stockage et l’accélération de la réalisation de nouveaux projets, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés internationaux et par des inquiétudes croissantes quant à la continuité de l’approvisionnement en carburants. Charafat Afailal, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, a révélé que les capacités totales de stockage du Royaume dépassent 3 millions de mètres cubes, réparties entre 2,4 millions de mètres cubes de produits pétroliers liquides et 805 000 mètres cubes de produits pétroliers gazeux.
Présentant le budget sectoriel de son département au titre de 2027 devant la commission des Infrastructures de la Chambre des représentants, ce mardi, Mme Afailal a expliqué que 90 % des capacités de stockage de produits pétroliers liquides sont situées dans les ports, contre 91 % pour les produits pétroliers gazeux, ce qui illustre l’importance des infrastructures portuaires dans la sécurisation des stocks nationaux.
Des niveaux de couverture inégaux selon les produits
Concernant le niveau de couverture de la consommation, la ministre a indiqué que les stocks actuels permettent de couvrir 94 jours pour l’essence super, 87 jours pour le fuel, 77 jours pour le gasoil et 61 jours pour le carburant d’aviation, contre 58 jours pour le gaz butane, par rapport au seuil de référence fixé à 60 jours.
Ces chiffres font apparaître des écarts entre les produits énergétiques : les réserves d’essence super dépassent le seuil de référence de 34 jours, celles de fuel de 27 jours et celles de gasoil de 17 jours, tandis que l’écart n’est que d’un jour pour le carburant d’aviation. Le gaz butane, lui, accuse un déficit de deux jours par rapport au niveau de référence.
Des capacités en forte hausse depuis 2009
Sur le plan de l’évolution des infrastructures, les capacités de stockage des produits pétroliers liquides ont progressé de 129 % entre 2009 et 2026, tandis que celles du gaz butane ont augmenté de 127 %, grâce aux investissements consacrés au développement des installations de stockage, en particulier dans les ports du Royaume.
Dans le cadre du renforcement de la sécurité énergétique, le ministère table sur l’ajout de plus de 1,7 million de mètres cubes aux capacités de stockage actuelles entre 2026 et 2030, dont plus de 700 000 mètres cubes supplémentaires devraient entrer en service d’ici fin 2027.
Cette stratégie comprend le développement des infrastructures de stockage selon une planification anticipative et intégrée, qui tient compte des besoins de chaque région et de la nature des produits énergétiques. Elle suppose aussi une coordination avec les différents intervenants, l’accompagnement des opérateurs du secteur et le suivi du respect de leurs engagements dans la réalisation des projets d’investissement annoncés.
Un dispositif d’anticipation des tensions d’approvisionnement
Face à la volatilité des marchés internationaux, les données présentées aux députés font état de la volonté de mettre en place un mécanisme d’anticipation pour la gestion de l’approvisionnement en produits pétroliers, fondé sur une coordination permanente concernant les programmes d’importation, les stocks disponibles et les dates de déchargement des navires transportait des carburants dans les ports nationaux.
Cette approche repose sur quatre mécanismes principaux. Le premier est la création d’une cellule de veille, dont la composition, les attributions, la périodicité des réunions et les seuils d’alerte seront définis. Le deuxième est l’adoption de tableaux de bord pour suivre les stocks, les importations, les navires, les ports et les régions. Le troisième est le renforcement de la coordination entre les opérateurs économiques, les ports, les administrations et les services extérieurs. Le quatrième consiste à prendre des mesures préventives en cas de tensions ou de retards dans les opérations d’approvisionnement.
Le ministère entend par ailleurs activer un suivi continu de la situation de l’approvisionnement, au moyen d’une cellule de veille garantissant un échange régulier d’informations avec les différents intervenants, avec une surveillance renforcée des stocks et des programmes d’importation pendant les périodes de tension, afin de repérer les éventuels dysfonctionnements et d’intervenir en temps opportun.
Parallèlement, le dispositif gouvernemental prévoit l’élaboration d’un plan d’urgence pour la gestion des crises d’approvisionnement, fondé sur les enseignements des expériences passées, notamment les perturbations liées aux conditions météorologiques et aux crises énergétiques internationales. Il définira les scénarios possibles, les responsabilités, les mécanismes de coordination et les mesures prioritaires pour garantir la continuité des approvisionnements.
Gaz naturel : trois axes de projets structurants
Par ailleurs, Mme Afailal a présenté les grands projets liés au développement des infrastructures de gaz naturel, qui s’articulent autour de trois axes principaux : les installations et équipements portuaires, la création d’un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) et le développement des gazoducs de transport de gaz naturel.
Dans ce cadre, les projets portuaires comprennent la construction d’un quai destiné à accueillir le terminal gazier au port de Nador West Med, ainsi que des ducs-d’Albe d’amarrage et des travaux de dragage. L’axe terminal concerne la mise en place d’une unité flottante de réception, de stockage et de regazéification du GNL, ainsi que l’équipement des infrastructures gazières à l’intérieur du port.
S’agissant des réseaux de transport, les projets prévoient la construction d’un nouveau gazoduc reliant le terminal gazier du port de Nador West Med au Gazoduc Maghreb-Europe, afin d’alimenter les centrales électriques en gaz naturel, ainsi que la réalisation d’un autre gazoduc reliant ce dernier aux zones industrielles de Kénitra et de Mohammedia.






